Aerin, princesse du royaume elfique d'Eryn Vorn, croise la route de Thorin Écu-de-Chêne et de sa compagnie.
Étant à Imladris pour affaire, elle décide, sans en informer les siens, d'aider les nains à reconquérir Erebor.
Entre danger, colère, amour...
Je tentais de me débattre en vain alors que Voronwë m'escortait, me traînait, à travers cette cité qui me paraissait à présent si sombre et étouffante. Je savais que si mon père était au fait de mes agissements, je devrais craindre de rentrer chez moi, car il vouait une haine sans haine au peuple de Durin. La porte claqua dans mon dos et je me retrouvais alors seule dans mes quartiers. Désespérée, je me laissais glisser contre la porte en bois, fermée à clé. Des larmes de rage et de frustration m'échappèrent alors que je me demandais comment et quand j'allais pouvoir sortir de cet endroit, de cette prison dorée. Je restais ainsi un long moment, et je du puiser profondément en moi la force de me relever.
Les trois jours qui suivirent, mes seules visites furent celles de Voronwë qui venait trois fois par jour afin de m'apporter mes repas. Mais j'étais bien décidée à ne pas coopérer. Je ne ferais pas ce plaisir au roi de ce peuple si froid. Alors, à chacune de ses visites, il récupérait le repas précédent que je n'avais pas touché.
Le matin du quatrième jour, le commandant vint me quérir pour me mener au roi. Si j'ignorais les raisons pour lesquelles Thranduil souhaitait s'entretenir avec moi, j'étais bien décidée à ne pas lui adresser un mot, encore moins à coopérer. Je me retrouvais alors face au souverain sinda, le regardant avec toute l'impassibilité dont je pouvais faire preuve. Un silence pesant s'installa et perdura pendant de longues minutes, moi debout, au centre de la pièce, faisant face à Thranduil, installé sur son trône. D'un simple geste de main, il congédia l'ensemble des gardes présents, et je me retrouva seule avec cet elfe qui m'inspirait tant de sentiments contradictoires : confiance, adoration, colère, méfiance... Avec sa prestance naturelle il se redressa avant de descendre les marches de son trône.
- Thranduil : combien de temps allez-vous jouer à ce petit jeu, rin Aerin ?
Mais je l'ignorais royalement et reportais mon regard vers un point invisible. Pensait-il réellement que j'accepterais mon sort sans broncher ?
- Thranduil : je vous ordonne de répondre !
Je haussais un sourcil, à la fois stupéfaite et contrariée par le ton qu'il venait d'employer. Il eut droit à, pour unique réponse, un regard noir qui le fit bouillonner d'exaspération.
Pov Thranduil
L'elleth qui me faisait face me mettait dans tous mes états et son comportement faisait grimper en moi une colère noire. Je n'avais pas pour habitude qu'on me résiste, qu'on me contredise ou qu'on me désobéisse. Seul Legolas osait aller à l'inverse de ma volonté, à mon plus grand malheur. L'attitude d'Aerin avait le don de faire naître des sentiments contradictoires en moi. Lorsque Voronwë m'avait indiqué qu'elle refusait de s'alimenter, j'avais osé espérer qu'il ne s'agissait là que d'une lubie, mais ce ne fut pas le cas et je m'étais vu obligé d'intervenir alors que je n'aspirais qu'à une chose : me tenir éloigner d'elle. Car outre la colère, je ressentais une émotion que je n'avais jamais expérimenté : l'attirance. Concernant son comportement, j'aurais dû agir et sanctionner sévèrement la princesse. Mais ce ne fut pas le cas, car j'en étais, bien malgré moi incapable, même s'il m'était difficile de l'avouer. En quelques jours, je m'étais attaché plus que je ne l'aurais dû à la sinda. L'elleth avec qui j'avais longtemps conversé lors de son arrivée et de notre dîner avait développé en moi une affection que j'avais du mal à cerner. J'étais cependant tout à fait conscient que ce sentiment était tout à fait différent de celui d'un père envers son enfant.
Voyant qu'elle refusait de réagir d'une autre façon qu'en m'ignorant, je me rapprochais d'elle, me penchant légèrement en avant pour lui faire face.
- Thranduil : Aerin, cessez de me défier ainsi, ce n'est pas digne d'une elfe de votre rang !
Elle releva le regard vers moi et je pu y lire un certain trouble, j'en profitais donc, enroulant délicatement un doigt autour d'une mèche de cheveux.
- Aerin : que faîtes-vous ? - Thranduil : vous n'avez donc pas perdu votre langue, voilà une excellente nouvelle !
Elle soupirait et je savais que j'avais gagné cette bataille. Alors qu'elle allait répliquer, nous fûmes coupé par Voronwë qui entra dans la pièce avec hâte. Je tâchais de me reculer le plus naturellement possible, jetant un regard réprobateur à l'intrus.
- Thranduil : qu'y a-t-il Voronwë ? Nos us et coutumes ne veulent-ils pas que vous vous annonciez ? - Voronwë : veuillez m'excuser Aran nin (mon roi). Les nains ont réussi à s'évader ! Ernil (prince) Legolas et la garde se sont lancés à leur poursuite. - Thranduil : voilà une bien mauvaise nouvelle !
D'un signe de main, j'indiquais au chef de la garde de se retirer, reportant mon attention sur l'elfe d'Eryn Vorn qui semblait en proie à une certaine inquiétude.
- Thranduil : et ils vous ont laissé ici... - Aerin : ne jouez pas à cela ! - Thranduil : à quoi, rin (princesse) Aerin ? - Aerin : votre tentative de manipulation ! Le dernier jour de Durin approche et ils ne savent pas où je suis, comment pourraient-ils me venir en aide ? - Thranduil : vous n'avez pas besoin d'aide, vous êtes ici en sécurité. Bien plus que si vous les suiviez ! - Aerin : ne comprenez-vous pas ?! Je ne cherche pas à être en sécurité, et je n'ai que faire de votre protection.
Je me rapprochais à nouveau de l'elfe et la contournais, la regardant avec attention. Pourquoi cherchait-elle à constamment me défier ? Était-il consciente que son attitude me mettait dans une colère noire ?
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- Thranduil : c'est tout à fait vrai, vous n'avez rien demandé. Mais j'ai moi-même choisi de vous protéger au sein de mes terres . - Aerin : pourquoi faites-vous cela ? Qu'est-ce que vous y gagnez ? - Thranduil : je ne sais pas moi-même pourquoi je vous traite ainsi. J'aurais exilé ou enfermé n'importe quel créature, qu'il soit homme, nain ou elfe, qui aurait osé la moitié de vos agissements et de vos paroles depuis votre arrivée à Mirkwood. Mais je ne peux me résoudre à agir ainsi avec vous...
C'était tout à fait vrai. En temps normal, j'aurais fait enfermer Aerin, malgré son appartenance à la royauté. Elle avait, à maintes reprise, outre-passé ses droits, commis plusieurs outrage envers ma personne. Pourtant, je ne pouvais me contraindre à la sanctionner, à l'enfermer dans un cachot humide. Je soupirais, conscient du trouble que la princesse créait en moi.
- Thranduil : sachez que je n'hésiterais pas à vous enfermer et à vous nourrir moi-même à la petite cuillère pour éviter que vous ne vous lanciez dans cette quête vouée à l'échec.
Pov Aerin
Surprise ? Je l'étais. La déclaration à moitié voilée du roi sinda me laissait muette. J'étais abasourdie. Intérieurement, les paroles de l'elfe gris m'ébranlaient au plus profond de mon être. Le sentiment de colère que je ressentais quelques secondes plus tôt s'était évanouie d'un claquement de doigts alors que mon cœur battait à présent à un rythme anormalement élevé. J'observais avec attention le roi qui me tournait le dos, semblant lui aussi en grande réflexion. Enfin, il se tourna et s'avança vers moi, entrant à nouveau dans mon espace vital. Il posa cette fois-ci sa main contre ma joue et je ne pu réprimer un frisson au contact froid de sa bague sur ma peau. Je plongeais dans les yeux profondément bleus de Thranduil, cherchant un quelconque piège.
- Thranduil : ne commettez aucune imprudence, rin nin. Ce n'est pas un ordre, mais une demande...
J'acquiesçais silencieusement et le roi déposa un tendre baiser dans mes cheveux avant de reculer, instaurant ainsi une distance raisonnable entre nous. Nous restâmes ainsi à nous observer dans le plus grand des silences, jusqu'à ce que des bruits de pas se fassent entendre. Legolas et Tauriel apparurent alors, le prince forçant un orc à le suivre, sa dague dangereusement positionnée sous la gorge du monstre.