En force brut, capacité de travail, persévérance et capacité de calcul la machine est loin devant nous les humains. Mais si vous enfermez une machine dans une pièce avec un crayon et des feuilles, elle attendra des siècles s'il le faut sans rien faire. l'humain lui se mettra à créer.
Pensées du soir de Tien Kong
Les cheveux blonds rejetés négligemment en arrière, elle était vêtue simplement d'un jean et d'une chemise changeant de couleur en fonction de la température, dessinant sur son corps des arabesques orangées ou rouges sur un fond bleu nuit. Natacha Andrioukhine était confortablement installée sur un des gravitic fauteuil qu'elle affectionnait, dans le laboratoire attribué à ses expériences et qui lui servait bien souvent de pièce de vie.
Elle tenait dans sa main un verre d'un liquide aux reflets verts, jurant un peu avec sa chemise, et contemplait ses nouveaux enfants. Les humachines, humains produits dans un utérus artificiel et qui avaient bénéficiés de la greffe d'une puce électronique à la fin de la phase embryonnaire s'activaient autour d'elle.
Ils étaient élevés presque uniquement par des robots, elle n'allait tout de même pas leur changer les couches ! Elle était la seule humaine qu'ils fréquentaient au sein du complexe souterrain de la base de Titan. En position d'apprenant le plus souvent, avec peu de temps libre et peu de distractions, ils présentaient une maturité bien supérieure à leur âge physiologique. Leur développement se déroulait simplement, sans crises ni opposition, sans qu'il soit possible de déterminer si c'était le résultat de la puce implantée dans leur cerveau ou d'une éducation sous le joug des machines. Devant la Chronobiologiste ils révélaient leur formidable potentiel à tous les exercices auxquels ils étaient soumis. Les trois humachines se trouvant devant Natacha avaient tout juste 5 ans. Pourtant, surstimulés et avec des capacités de mémorisation exceptionnelles, ils ne se comportaient pas vraiment comme des enfants humains. Une fille métissée et deux garçons à la peau sombre apprenaient inlassablement grâce au stimulateur d'environnement.
L'univers était en guerre et la chronobiologiste savait que ses créatures devraient faire leurs preuves sur ce terrain pour être acceptés par tous, humains et machines. Il fallait en faire des machines de guerre. Si pour le moment personne n'osait s'opposer au Professeur Andrioukhine, elle n'ignorait pas l'hostilité régnant à son égard et contre ses enfants.
Allan ne comprenait pas l'intérêt de sa démarche mais il la laissait faire comme s'il s'agissait, pour la chronobiologiste, d'un hobby banal. Allan ne s'opposait jamais à elle de toute façon, tout comme elle ne s'opposerait jamais à lui.
Ce n'était pas le cas des autres. Une altercation récente, sur un sujet futile, avec le techno-énergéticien Mosi Sadji avait suffi à lui faire voir son isolement parmi les humains de Titan. Elle avait demandé aux techniciens de la base de nouveaux casques de connections neuronales et Sadji qui avait entendu la conversation était intervenu violement pour lui reprocher la création des humachines. Il ne comprenait pas, personne ne comprenait vraiment. Comme elle-même en tant qu'immortelle, ses enfants étaient rejetés à la fois par les machines et les humains car, métisses du monde moderne, ils se situaient à la frontière des deux mondes et n'appartenaient à aucun.
Cette mise à l'écart ne la dérangeait pas. Elle avait l'habitude d'être seule depuis toujours. Elle était fille unique. Son père, sous-marinier, partait pour de longues missions sans jamais leur révéler où il se trouvait. Sa mère, professeur de physique quantique, s'enfermait le soir dans son bureau pour travailler. Sa vie étudiante, dans la sélective université de médecine de Saint-Petersbourg, s'était déroulé le plus souvent enfermé dans des bibliothèques. Elle avait poursuivi sa formation par la suite à Moscou, auprès d'un professeur de chronobiologie. Passionnée par ses recherches, elle avait tout de même pris le temps de se marier et d'élever deux enfants. Mais ce vernis de sociabilité qu'elle avait finalement réussit à construire autour d'elle s'était effondrée. Son mari avait été assassiné, sans que l'on ne retrouve jamais les commanditaires (les a-t-on vraiment cherchés ?). Quelques mois plus tard, elle avait réussi à produire un traitement capable de modifier le génome pour accroître fortement l'espérance de vie humaine. Elle se retrouva dans le bureau de son patron pour lui présenter sa découverte. Dans la plus pure tradition de la recherche médicale, elle lui proposa de tester le mélange sur elle-même, afin d'éviter la lourdeur administrative et la perte de temps d'un essai humain sur volontaire. Il refusa immédiatement estimant, avec raison, les risques trop importants. Le regardant dans les yeux avec défis, Natacha Andrioukhine s'injecta la seringue dans la cuisse. Elle fut immédiatement virée. Cette décision ne lui fit aucun effet. Utilisant ses fonds propres, elle fit construire sa propre clinique de l'immortalité. Sa découverte se révéla un succès éblouissant, en quelques mois sa fortune était faite. Et pendant toutes ses années de travail, des babouchkas s'occupaient de ses enfants qu'elle ne voyait pas grandir. Elle n'en ressentait aucun manque, ce suffisant à elle-même.
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Xeno-mondes
Fiksi Ilmiah2099, l'humanité est entrée dans une phase d'expansion que rien ne semble pouvoir contrarier. Les progrès technologiques rendent facilement accessible les voyages spatiaux, l'intelligence artificielle permet dans tous les domaines une révolution sci...
