Comme quand nous étions enfants, aux premières lueurs, Owen a quitté mes draps. Mais aujourd'hui, pas de parents pour surprendre notre complicité, mais un amant endormi derrière le mur de ma chambre qui risque de ne pas être de bonne humeur ce matin. Alors que moi, j'ai passé une excellente nuit, apaisée par le souffle régulier de mon demi-frère. Même si elle avait pu être encore bien meilleure. Mais je m'égare.
Il dépose un baiser léger sur ma tempe. Je frissonne. Il se méprend et me borde craignant que je n'attrape froid. Aucune couverture ne peut le remplacer. Son corps qui me quitte me laisse un vide immense dans ce lit trop grand pour une seule personne. Après avoir entendu la porte se refermer doucement, je me retourne et respire le parfum qui reste sur son oreiller. Un long soupir s'échappe de ma cage thoracique.
J'ai encore beaucoup de travail pour l'oublier surtout s'il continue à me rejoindre dans ma chambre.
Le réveil sonne et je grogne. Une heure ou deux de plus, ce serait merveilleux. L'odeur du café s'engouffre dans mes narines. J'ouvre les yeux et découvre Théo assis sur mon lit, une tasse fumante dans la main, m'épiant comme si j'étais un curieux animal.
— Bien dormi, Princesse !
Malgré son sourire, son ton est sec. Le dos bien droit, il me détaille et après son inspection, me tend finalement le mug. Sans bien comprendre si ses intentions vis-à-vis de moi sont bonnes ou mauvaises, j'accepte le précieux breuvage et le remercie du bout des lèvres. Sa présence dans ma chambre me gêne. Je le connais à peine. Je n'aime pas trop qu'on rentre ainsi dans mon intimité. Je ne me sens vraiment pas chez moi. En même temps, je ne suis pas chez moi, mais chez eux. Je ne peux donc rien dire sans paraître impolie.
— Je t'amène à la fac dans trente minutes.
Ce n'est pas une question, juste une information. C'est clair. Il ne me donne pas le choix. Théo se lève sans attendre de réponse de ma part. Son autorité démontre qu'il est habitué à ne pas être contredit ou... qu'aujourd'hui, il est de mauvaise humeur. L'escapade d'hier de mon demi-frère l'aurait-elle contrariée ?
— Tu n'es pas obligé. Je peux me débrouiller toute seule. J'ai un plan des bus et...
— Ça me fait plaisir et me rappellera de vieux souvenirs. Il y a si longtemps qu'Owen et moi avons quitté les bancs de la fac. Un vrai retour dans le passé pour nous, se moque-t-il.
— Tu connais Owen depuis tes études ? m'étonné-je sans relever le ton de sa voix qui appelle à d'autres questions.
— Non, mais Owen et moi sommes du même âge, affirme-t-il en appuyant sur le mot « même ». Cette période fait partie de son passé pour lui, Barbara, continue-t-il en me fixant intensément, insistant ainsi sur le fait qu'il ne parle plus de leurs études, mais bien de moi.
Je ne sais pas quoi lui répondre ni si je dois lui répondre. Son attitude a tellement changé entre notre première rencontre et cet instant. Après un court silence, sa voix claque dans la pièce.
— Dépêche-toi, gamine ! Tu vas nous mettre en retard, s'énerve-t-il.
Je vais avoir plus de mal à m'en faire un ami que je le pensais. Je m'extirpe de mes draps vieux rose et croise mon reflet dans le miroir de ma coiffeuse. Bizarre de choisir ce meuble-là plutôt qu'un bureau qui m'aurait été plus utile en tant qu'étudiante !
Je ne suis pas un garçon manqué. Je fais attention à mon apparence, mais de là à passer des heures à me pomponner. Je me demande ce qu'Owen a pu lui dire pour qu'il opte pour ce genre de meuble. Je ne doute pas que Théo a dû vouloir me faire plaisir. Je ne vais quand même pas lui reprocher d'avoir décoré ma chambre comme si j'étais une pom-pom girl américaine.
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Emprises
RomanceEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
