Chap14- It 's the end

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« La rupture, c'est comme avoir le pire cauchemar, après avoir eu le plus beau rêve. »

Anonyme.

XXX

Je quitte l'appartement d'Amaury sans lui dire au revoir. Au réveil, Alex m'a appris que son grand-frère contrairement au mien est un gros dormeur.

J'adore me lever tôt estimant perdre mon temps au lit. Cette différence entre l'homme aux yeux saphirs et moi ne me déplaît pas. Au contraire, j'aime le silence matinal, cet instant de solitude bienfaitrice. Cela me manque depuis mon arrivée à Paris. Cette ville ne dort jamais. Tôt le matin ou tard le soir, elle bouillonne.

En vérité, mes deux colocataires sont la source de mon manque de temps solo. L'un est du soir, l'autre du matin. Dans ces conditions, difficile de se retrouver avec soi-même.

Je me sens toute légère. Mes pas s'envolent sur le pavé. La rue, les passants, les bruits des voitures, tout est plus beau, plus joyeux. Le souvenir de la soirée me baigne dans un nuage de bonheur, un chant de louanges. La simplicité de nos échanges est incroyable. Deux jours, deux petits jours et c'est une évidence. Je veux vivre cette histoire. Je suis prête à lui donner le temps qu'il me demande.

N'est ce pas cela un amour d'adulte  ? Savoir prendre son temps, apprendre à se connaître d'abord.

Quand j'entre dans l'immeuble, une dure vérité se rappelle à moi : Owen. Comment va-t-il m'accueillir ?

L'appartement est bizarrement silencieux et pourtant, il est bien là. Le regard ailleurs se perdant dans la contemplation des nuages, une tasse entre les mains. Je pourrai traverser le salon, me réfugier dans ma chambre mais quelque chose me retient dans son attitude. Aucune onde de colère ne crépite dans l'air. Ses traits sont tirés. Sa peau trop pâle dénonce une nuit sans sommeil

— C'est fini, énonce-t-il en tournant lentement son visage vers moi.

Mon cœur bondit dans ma poitrine. Un immense froid envahit mon corps. Des fourmis investissent mes mains. Mes jambes perdent leurs forces et c'est par miracle que je ne me fracasse pas par terre.

Owen me vire. Owen ne veut plus de moi. Des larmes s'invitent à l'orée de mes yeux. S'il me quitte, je n'y survivrai pas. Il est mon univers, mon repère. Que vais-je faire ici dans cette ville, dans ce monde ? Je ne sais pas. J'ai besoin de lui même en colère, même comme un second père. Je suis prête à tout lui donner plus pour rester auprès de lui, en sécurité.

Je faisais la fière mais il a raison. Paris va me manger sans mon gardien.

Et avant que mon corps ne m'abandonne, je chute sur le canapé.

Je ne veux pas. Je refuse. Non, je ne peux pas m'éloigner de lui, pas maintenant. Avec lui, j'avance. Cette année, je réussis tout ce que j'entreprends : les études, les amis. Je prends de l'assurance. Il me fait grandir. Et il ne m'aide pas que matériellement. Le temps qu'il passe avec moi me rend puissante. J'étais une enfant en arrivant ici. Je deviens une femme. Sous son regard, je suis une chenille qui se transforme en papillon.

S'il me quitte, s'il me met dehors, qui vais-je devenir ?

Il se rapproche, marque un instant avant de s'asseoir à côté de moi.

— Ça ne pouvait plus continuer. On se fait trop de mal, dit-il avec douceur.

Non, notre relation est mouvementée mais je peux changer. Je peux être celle qu'il veut. Mon souffle court m'empêche de lui dire tous les mots qui se terre dans mon cœur, mon âme. Je ne veux pas qu'on m'abandonne, pas encore.

Mes mains tirant nerveusement mes cheveux et mon dos recroquevillé l'empêchent de voir ma tristesse, mon effondrement. Dans ma tête, j'implore un être supérieur de m'aider. Lequel ? Je ne sais pas. Je ne suis pas croyante mais j'ai besoin de garder espoir.

— Je n'étais pas fier de notre relation, continue-t-il en stoppant ma main au moment où elle allait attraper une nouvelle mèche. Tout ça, ce n'était pas moi. Hier, ma façon de t'accuser m'a fait honte. Tu ne mérites pas mes colères, mes sautes d'humeur. Je ne suis pas cet homme. Je ne veux pas le devenir.

En soufflant très fort, il se cale contre l'assise tout en gardant mes doigts captifs.

— Je ne veux plus revivre cela. Je n'aspire qu'à la paix. J'ai un métier très stressant. Je ne peux pas rentrer en faisant le juge entre vous. Ça m'épuise. Je dois y mettre un terme même si c'est dur et que j'aurai aimé que les choses soient différentes.

Alors tous mes efforts n'ont servi à rien. Théo et moi sommes même devenus amis mais c'est insuffisant. Je ne suis plus qu'un immense brasier à l'intérieur. Si je pars, il ne restera plus rien. Je serai encore celle qu'on n'a pas choisi. Je ne serai même plus une option, un second choix. Je disparaitrai complètement de l'équation, de  son histoire.

Soudain, je me retrouve ailleurs, dans une autre maison, à une autre période, en face d'un autre homme qui lui aussi ne m'a pas choisi. Moi, sa propre fille. 

Je n'ai pas plus les mots aujourd'hui qu'hier pour crier ma colère, ma tristesse. Je n'ai toujours que ce foutu silence. Il me colle à la peau comme un vieil ami. Je me déteste. Je me hais. Je voudrais être Théo ou Léonie: oser dire ce que je ressens plutôt que rester stoique comme si cela ne me faisait rien.

Je ne veux pas être moi. Mes avant bras me grattent. Owen a toujours en otage ma main. Je cherche désespérément un moyen d'arrêter cette démangeaison. Maintenant, c'est ma nuque qui m'implore de la soulager. Je veux déchirer ma peau, me soulager jusqu'au sang, ressentir une douleur physique pour oublier le reste. Je frotte mes chevilles l'une sur l'autre pour occuper mon esprit, le détourner des zones de tension.

Comment est-ce possible ? Pourquoi je ne suis jamais l'héroïne dans l'histoire.

— Barbara, ça va ? s'inquiète-t-il un peu tard.

Je ne sais plus si mon coeur bat encore. Je ne sais plus si mon sang coule dans mes veines. Je ne sais plus si je suis encore capable de respirer.  Je ne sais plus. Je ne sais plus. JE NE SAIS PLUS.

Et toujours ce putain de silence qui m'obstrue la gorge.

— Tu es toute blanche. Je sais que tu détestes les changements mais prends un peu de recul ! Ce n'est pas la fin du monde.

Mais si c'est pour moi pire que la mort. 

Il m'a fallu si peu de temps pour que tu te lasses de moi, que tu ne puisses plus me supporter. La première fois, j'avais trouvé milles excuses à ton départ: tes études, la mauvaise entente avec ton père, le besoin de vivre de nouvelles expériences loin de ta famille. Aujourd'hui, tu me demandes de partir et tout est de ma faute, uniquement de ma faute. Je ne suis pas restée à ma place. Je n'ai pas suivi tes règles. Je me suis prise pour la reine alors que je n'étais que moi et je l'avais oublié.

Alors, est-ce vraiment la fin entre nous, Owen? 

As-tu aussi décidé que je n'étais plus à la hauteur de tes attentes, que je n'ai plus rien à faire dans ta vie ? Mais ai-je vraiment une place quelque part et où est-elle si elle n'est pas à tes côtés pour le reste de ma vie ?

Tu connais tout de moi : mes forces, mes faiblesses. Si tu ne veux plus de moi, toi qui me connais comme personne, qui pourra vouloir de moi ?

XXX

Qu'as tu ressenti? As tu noté qu'Owen intervient peu et que tu étais complétement en immersion dans la tête de Barbara qui passe du paradis en enfer, du passé au présent.

Ce chapitre est plutôt court  mais a été très intense pour moi. Il m'a vidée. La première écriture ne me convenait plus,  j'ai donc tout réécrit en une heure changeant complétement la scène. 

Si la réécriture s'est faîte  instinctivement, c'est parce que le travail de fond sur l'aspect psychologique de Barbara et sa vision d'elle dans le monde  a duré 2 ans. Je voulais une héroine réaliste. Forte et faible à la fois. 

Une étoile , un commentaire,  j'en serai ravi.



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