Jeudi, Léonie n'a rien laissé au hasard et le nez dans ma tisane, je l'écoute me donner ses conseils pour être resplendissante, inoubliable. On n'attire pas les mouches avec du vinaigre m'assure-t-elle.
La robe noire qu'elle m'a prévu ne ressemble en rien à du vinaigre. Elle est faussement sobre et la fermeture éclair telle une invitation s'étend du haut de mon dos au rebord de l'ourlet. Un simple geste et je serai nue. Très mal à l'aise, je n'ose plus respirer tellement le tissu ne cache rien de mes courbes féminines. Les manches aux trois quarts permettent d'habiller mes poignets de jolies bracelets prêtés pour l'occasion. Je suis toujours surprise de l'incroyable garde-robe de ma copine. La mienne n'est faite que de jean et de sweats larges. Quand je sors de ma chambre, les yeux de Théo pétillent de fierté.
— Tu es la plus jolie de toutes mes belles-sœurs, me dit-il sincèrement.
— Je croyais être ta seule belle-sœur, le taquiné-je.
Il me fait tourner sur moi-même et me prend dans ses bras.
— Tu as fait un remarquable travail, Léo. Notre petite poupée ressemble enfin à une femme.
Forte de leurs compliments, je m'endors rassurée. Je me sens bien et belle. J'ai passé l'examen Léonie-Théo et ce n'est pas rien. Théo a radicalement changé. Souriant, drôle, il a tout fait pour que je me sente bien, sûr de moi pendant toute la semaine.
Une première rencontre est toujours intimidante et là où j'habite, tout le monde se connaît depuis l'enfance. C'est mon premier rendez-vous que je pourrai qualifier de « à l'aveugle ». A l'aveugle, oui mais pas sans filets puisque Léonie et Alex m'accompagnent.
Le lendemain, c'est la douche froide. Changement de programme. Léonie est malade et Alex ne souhaite pas faire seul mon chaperon. Je peux le comprendre. J'ai les mains moites et la gorge sèche. Quand je sors de ma chambre, Théo m'attend et Owen n'est toujours pas rentré. Il travaille tellement que je l'ai à peine vu ces derniers jours.
Malgré son sifflement d'admiration dès qu'il m'aperçoit, j'ai toujours autant de peine à me sentir prête. Je dois rejoindre Amaury mais j'hésite à annuler. Si je ne lui plais pas, si je m'ennuie, si je l'ennuie, si la soirée se passe mal ? Mon beau-frère m'assure que ce ne sera pas le cas. Peu convaincu, mes doigts glissent sur l'écran de mon portable à la recherche de son numéro de téléphone.
— Oh, non, ma belle, tu ne vas pas te défiler. Le plus dur, c'est la première fois. Tu vas enfin rencontrer un vrai homme et pas tous ces petits gamins boutonneux de Provence.
— Ce n'est pas gentil pour mes ex, sourié-je en triturant nerveusement mes doigts.
— Mais c'est complètement vrai. C'est pour ça que ce sont tes ex. Tu as besoin d'un male dans ta vie, un vrai, pas un avorton.
La porte claque derrière moi et sans un bonsoir, un voix froide m'interpelle :
— Où vas-tu habillée comme ça ?
Étonnée par son animosité, je me retourne et je tombe sur ses yeux sombres. Il est indéniablement en colère mais je ne comprends pas la raison. J'entends Théo soupirer et s'éloigner de moi.
— J'ai un rendez-vous.
— En pleine semaine, s'étonne-t-il en levant son sourcil gauche.
— Nous sommes vendredi, rétorqué-je.
— Je pensais que tu étais venue ici pour étudier mais apparemment, je me suis trompée.
— Laisse-la profiter un peu ! intervient Théo doucement afin de ne pas l'énerver plus.
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Emprises
Roman d'amourEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
