6.2 Le Malamour

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— Cela ne sert à rien, m'informe Théo. Ill rentrait en réunion quand il m'a appelé.

— Tu aurais pu me le passer ...

— Je lui ai proposé mais il a refusé, m'informe-t-il avec un sourire satisfait sur le visage.

Mon sang quitte tout mon corps. Ai-je été trop loin avec lui pour qu'il refuse de me parler ? Quelle bêtise ai-je dite ou faite ? L'ai-je choqué à ce point pour qu'il refuse de m'entendre ? Est-ce que je le répugne?

— Je t'ai dit que tu en entendrais parler longtemps, continue-t-il. Laisse-le-lui digérer le fait que tu n'es pas tout à fait comme il le pensait !

— Comme il le pensait ? murmuré-je.

— Il te voit comme une enfant à protéger, une jolie princesse de conte de fée, une jeune vierge qui ignore que le loup existe, se moque-t-il. Ce matin, il a découvert que tu n'étais en rien un bébé. Grâce à toi, Owen a découvert que la perfection n'existe pas dans ce monde.

— Je ne comprends pas, bredouillé-je.

— Barbara, depuis que tu es ici, dit il plus fermement, il te met sur un piédestal. Il ne sort plus, cale sa vie sur la tienne, te couve comme une mère poule. Au début, je t'en ai voulu de me l'accaparer autant. C'était difficile à vivre. Ce matin, j'ai compris que tu n'y es pour rien et je m'en veux de t'en avoir fait baver.

Théo me prend la main pour appuyer ce qui ressemble le plus à des excuses. Son touché est délicat comme s'il craignait ma fuite. Son attention au lieu de me rassurer provoque des frissons qui remontent le long de ma colonne vertébrale engendrant des fourmis dans ma nuque. Je n'aime pas cette proximité et j'en viens même à préférer ses attaques à sa gentillesse.

— Tout ceci n'est pas sain, continue-t-il doucement sans se douter un instant de tous les tourments qu'il fait naître en moi. Tu ne peux pas vivre dans son ombre, te conformer à ses attentes, t'oublier. Tu es un être à part entière. Tu dois couper le cordon puisqu'il en est complétement incapable.

— Mais qu'est-ce que j'ai fait ? dis je sentant les larmes me monter aux yeux.

Je ne suis pas dupe. Théo ne m'a jamais voulu du bien depuis notre rencontre. Chacun de ses mots ont certainement été choisis pour me blesser. Je ne peux pas abandonner Owen, moi qui ai été si souvent abandonnée. S'il est heureux en me voyant ainsi , je suis prête à le rester. Je sais trop ce que cela fait de se sentir seule.

— Tu n'étais pas que drôle ce matin, sourit-il. Tu étais sexy, terriblement sexy et il ne t'avait jamais vu ainsi. Pour lui, tu es un être androgène, un ange tombé du ciel. Au quotidien, tu te caches derrière tes vêtements difformes. Ça lui convient parfaitement. Tu ressembles à une gamine de douze ans avec des complexes à la pelle, à ne jamais oser regarder les gens en face. C'est si simple de s'attendrir pour toi.

Soudain, il recule et nerveusement, fait des allers-retours évitant mon regard. Son débit de voix devient rapide.

— Barbara, vous ne pouvez plus être aussi fusionnels. Je sais bien que c'est lié à votre histoire commune mais ce n'est pas normal, dit-il gêné. Que direz un psy de votre relation ? Elle est biaisée par un contexte familial tordu. Tour à tour, il est ton frère, ton père, ton meilleur pote. Et toi, tu es sa poupée, son bébé, sa fille, sa copine. Vous avez une relation déséquilibrée. Si je n'avais pas autant confiance en vous, je pourrais presque penser que parfois, vous jouez à dupliquer l'histoire d'amour de vos parents.

Sur ces derniers mots, il s'arrête et me scrute. Je ne sais pas comment réagir. L'idée me paraît tellement délirante. Est-il vraiment sérieux ?

— Il n'est pas Charly. Tu comprends. Et toi, tu n'es pas ta mère même si tu en es son parfait sosie, insiste-t-il. Et ça aussi, c'est malsain cette similitude entre sa belle-mère et toi. Je ne sais jamais si ce sont des photos d'elle ou de toi qu'il regarde. Je m'y perds.

EmprisesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant