Je suis bien au chaud dans mon lit et mes yeux refusent de s'ouvrir. C'est sans compter sur mon estomac qui s'agite, grogne, se révolte. Il rêve de nourritures, Monsieur est insatisfait. Il a été privé ce soir. Sur le joug de mes émotions, il a accepté d'attendre mais il n'en peut plus. Je déteste devoir me lever surtout quand le froid a envahi ma chambre. Je tends un pied en dehors de ma couette. Il est frigorifié mais cela ne suffit pas à raisonner mon ventre.
Prenant mon courage et un peignoir de mémé, je quitte mon antre et me dirige d'un pas mal assuré vers la cuisine. Les volets n'ont pas été fermés laissant les lumières de la ville pénétrer dans la pièce. Je trouve facilement le frigo et j'extrais le restant de pâtes nature. Ma gourmandise m'interdit de me satisfaire d'un si piètre festin. Je fouille dans les placards en tentant d'atténuer le moindre petit bruit. L'obscurité ne rend pas la chose aisée et quand enfin satisfaite, je m'installe autour de l'îlot central, la lumière crue du plafonnier me blesse la rétine. Un bras devant mon visage, je peine à distinguer l'homme qui me fait face. Sa pâleur et son silence provoquent des frissons désagréables.
— Je ne me sens pas bien, m'annonce-t-il.
— Tu as attrapé froid, dis-je en enfournant une grosse bouchée de nouilles devenues au demeurant excellentes grâce à ma sauce.
— Je ne sais pas comment tu fais pour manger en plein milieu de la nuit.
Il fronce ses sourcils. Son dégoût est visible mais je m'en fous, j'ai faim et je continue mon repas sans lui prêter plus d'attention. Il s'installe en face de moi. Soudain, il porte sa main à son cœur et grimace. Je stoppe ma progression et il en profite pour plonger son regard émeraude dans le mien.
— J'ai mal au cœur. J'espère que ce n'est pas grave. Ça dure depuis des semaines. Cela m'empêche de dormir. J'ai pris rendez-vous chez le médecin mardi.
— Bonne idée.
— C'est tout ce que tu trouves à dire. S'il m'arrive quelque chose, tu te rends compte. Ce serait dramatique.
— Ne t'inquiète pas inutilement ! Tu aurais un problème au cœur, tu aurais d'abord mal au bras ...enfin, je crois.
— C'est pas la peine de dire des conneries pour me rassurer. Avoue-le ! Tu n'en as plus rien à foutre de moi. Je peux bien crever que tu continuerais à manger tes foutues pâtes, s'emporte-il en prenant mon assiette de force.
Il la jette dans la poubelle, vaisselle comprise. Tel un ressort, je quitte mon tabouret et mets une distance de sécurité entre nous. La peur m'envahit, me recouvre d'horribles frissons mais j'ai aussi honte de moi. Je me sens mal qu'il puisse penser cela de moi. Ses poings serrés sur l'îlot, je peux voir ses avant-bras nus tressauter. Le tissu de son t-shirt se soulève rapidement sous l'impact de sa respiration trop rapide. J'hésite entre fuir et l'affronter ou ... le rassurer.
— Merde, Barbara. Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu me fais vivre ce calvaire ? Tu es ma seule amie, gronde-t-il.
Tête toujours baissée, son regard reste figé sur le plan de travail. Je ne peux pas discerner ses traits et je me prépare à sa prochaine attaque. Soudain, tel un félin ayant trouvé sa proie, il fonce sur moi, rapide, dangereux. Mon corps se prépare à l'impact. Sa main attrape la mienne et il me tire violemment vers sa chambre.
— Je n'y arriverai pas. Je ne peux pas dormir sans toi. Viens ! ordonne-t-il. Il est tard et moi, je bosse demain.
Je n'ai pas mon mot à dire. Je suis devenue sa poupée, son bébé. Il est plus fort et je suis si faible. Il nous allonge et me prend aussitôt dans ses bras. Enfin radouci, je le sens sourire contre mes cheveux. J'ai envie de partir mais il est trop tard. J'ai cédé. C'est à mon tour d'avoir mal au cœur. J'ai pactisé avec le diable en revenant près de lui.
VOUS LISEZ
Emprises
RomantizmEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
