« Mon cœur est enchainé depuis tant d'années qu'il ne sait pas à quoi ressemble la liberté. Mes ailes se sont atrophiées, mon plumage est devenu terne. Mon brasier s'est éteint. Il ne me reste qu'une flamme solitaire dans la nuit. La renaissance est-elle encore possible ? »
Le Phénix Rouge
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Mes parents se sont quittés quand j'avais six ans et leur séparation s'est clairement mal passée.
Ma mère était persuadée que mon père avait demandé ma garde afin d'avoir toujours un regard sur elle. Une manière de la garder au chaud.
De mon côté, je pensais que c'était son amour qui le guidait, qu'il avait autant besoin de moi que j'avais besoin de lui. Il était seulement maladroit et ça, ma maman ne pouvait pas le comprendre. Oui, j'avais rêvé qu'ils se remettent ensemble, j'avais rêvé que notre famille serait à nouveau réunie.
Pourtant, mon père qui avait si souvent accusé ma mère de vouloir le tromper avec un autre, s'était remis très rapidement dans la course à l'amoureuse. Voulait-il la rendre jalouse ? Avait-il besoin de la blesser pour qu'elle réagisse ?
J'étais persuadé qu'il était triste, malheureux de la situation. J'étais persuadée qu'il était victime d'un coup de sang de ma mère, d'une envie subite de vouloir remettre les compteurs à zéro, de cette fameuse crise de la quarantaine qui lui était arrivée de manière précoce. Il n'y avait pas d'autres explications. Autour de moi personne ne comprenait leur rupture et encore moins que cela aille jusqu'au divorce. Ils formaient un si beau couple, un couple dont on rêve et qu'on aimerait former. Ils étaient connus jeune, avaient supporté les aléas de la vie avec brio alors pourquoi vouloir tout changer ?
Comme il n'avait géré ni la maison ni mon éducation, il s'est vite trouvé dépassé par les événements et après plusieurs alertes de l'école sur mon absentéisme, il a dû faire face au juge des affaires familiales à défaut de trouver un compromis avec ma mère.
Je me souviens. Papa avait naïvement pensé qu'en me mettant un réveil le matin, il pouvait partir sereinement au travail et que j'allais me gérer toute seule en primaire.
Ce souvenir provoque un sourire terne sur mes lèvres. A mes côtés, Amaury m'écoute sans m'interrompre. Je ne me suis jamais confiée à quelqu'un d'autre qu'Owen et l'exercice est difficile alors je regarde mes jambes, coince mes mains entre elles pour cacher leur léger tremblement. Nous sommes assis sur le lit. La porte est fermée mais je parle si bas que même ouverte, personne ne pourrait m'entendre. Pour m'encourager à continuer, il s'approche et me caresse le dos.
Les premiers mois, j'étais heureuse avec lui. Tous les jours, c'était la fête. Je mangeai ce que je voulais. J'étais d'ailleurs un peu ronde à l'époque. Sucrerie, Mac do, il ne savait pas dire non à sa princesse. Il me bombardait de mots d'amour. C'était nous contre le monde entier. Je n'osais pas lui avouer que ma mère me manquait. C'était le début de tous mes mensonges.
Plus le temps passé, plus il s'énervait quand j'évoquai maman. Plus le temps passé et plus aussi la ressemblance physique avec ma mère s'est précisée. Les gens autour de nous n'arrêtaient pas de le lui dire. Et puis sans que je comprenne comment et pourquoi les choses avaient basculées, il se mettait en colère, s'énervait, tapait sur les murs et partait s'enfermer dans sa chambre pendant de longues heures.
Plus tard, j'ai compris que ma mère était en train de se battre pour ma garde et il ne le supportait pas. Elle m'a reprise en milieu d'année scolaire. C'était dur, et j'ai redoublé mon CP. Je n'ai plus vu mon père qu'un week-end sur deux. A mon second CP, j'ai atterri dans une nouvelle ville, une nouvelle école.
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Emprises
RomansEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
