28-3 Un conte de fée

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Je ne comprends pas pourquoi je suis en colère. Il a été clair. Il ne baise pas dans son lit et c'est bien ce qu'il a l'intention de faire avec moi: me baiser. Oui mais j'en veux plus, j'en ai marre qu'on me relègue aux petites copines éphémères, au second rôle, à celui de la maîtresse le temps que ces messieurs trouvent leur moitié, que celle-ci soit d'ailleurs une femme ou un putain d'homme. Barbara fera bien l'affaire. Il faut bien qu'il se vide les couilles, ces pauvres hommes. "Peu importe le contenu tant qu'on a l'ivresse". Je sais. Je deviens vulgaire et c'est si loin de ma façon de m'exprimer.  Mais moi, JE VEUX ETRE AIMEE.

De rage, je traverse la salle à manger. Amaury ne me laisse pas faire et il stoppe ma course.

— Ce n'est rien de tout ça. Demain, ma famille sera là et je pensais que ce serait bien que tu aies ton endroit à toi...

— Et pourquoi j'aurai besoin d'un endroit à moi ? lui demandé-je interloquée, arrêtant de me débattre.

— Parfois, je vois bien que tu as besoin de t'isoler, surtout si tu n'es pas à l'aise. Je veux te laisser la possibilité d'avoir un refuge.

Devant moi, son air désespéré me confirme qu'il a bien fait cela pour moi. Il est suspendu à mes lèvres, et le temps se fige. Ai-je vraiment le souhait de partir et de me priver de lui par peur de passer au " vrai" stade supérieur ? Et ai-je accessoirement envie de retourner à Paris pour retrouver l'adorable mère d'Owen, se moque une petite voix dans ma tête. A cette idée, je suis persuadée que les parents d'Amaury ne peuvent pas être aussi mesquin qu'Annabelle, surnommée Bella par elle-même. A côté, Cruella est un ange. S'il fallait démontrer son caractère narcissique, je pourrais écrire un livre voire deux sur elle. Sans parler qu'en quelques minutes, elle m'a reproché mon manque d'empathie et de bienveillance envers son fils alors que j'ai passé des heures à remonter le moral de ce dit-fils malgré son foutu caractère.

— Et cette chambre, elle a un jacuzzi ?

Ma question le prend de court et il s'empresse de me répondre que si c'est la condition pour que je reste, il appelle un plombier tout de suite pour en poser un dans la soirée. A défaut, il m'installe dans une jolie chambre au ton saumon avec une salle de bain équipée d'une baignoire balnéo. Je la joue grande reine et j'accepte la vie de château qu'il me propose. Le temps de défaire mes valises et de suspendre mes vêtements, Amaury coule un bain. Je m'amuse à sentir toutes les bombes à bain et en trouve une qui en s'ouvrant libère des pétales de rose. Mon hôte s'éclipse me laissant goûter au bienfait de l'eau chaude sur mon corps.

Apaisée, mes yeux se sont fermés. Le son d'une musique me sort de ma torpeur. Deux coupes de champagne à la main, il me sourit. Déposant les verres sur le rebord, j'assiste à son effeuillage. Les ombres des bougies dansent sur son torse ciselé que je n'avais jusque-là qu'entre aperçu. Son pectoral droit est recouvert d'encres noires prenant la forme d'une rose des vents, une chaîne la relie à une ancre située sur ses abdominaux gauches parfaitement dessinés. Je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas découvrir ce somptueux tatouage avant. Il m'hypnotise. Mes doigts voudraient l'effleurer, danser sur sa peau.

— Tu penses qu'il y a assez de place pour deux dans cette baignoire, me demande-il en me regardant à travers ses longs cils noirs,

— Cela dépend pourquoi faire, lui répondis-je taquine.

Mon ton me surprend. Je ne suis plus timide, gênée. Je me sens à ma place. Je ne me demande pas ce qu'il va penser de moi, de mes paroles, de mon corps. Il m'a prouvé qu'il m'acceptait entièrement sans vouloir me modeler, me modifier, m'améliorer. Son sourire percute mon cœur qui se met à tambouriner dans ma poitrine. Est-ce que je l'aime ? Je n'en sais rien et je n'ai pas envie de me poser la question.

Cet instant me semble unique , partagé . Il n'y a plus rien pour nous arrêter, freiner ce désir dans ses yeux est le reflet du mien. Il finit de se dénuder et je ne détourne pas le regard. Je m'abreuve de la vision qu'il m'offre. Nous avons pris notre temps et cette attente a exacerbé mes sens. Je me sens ivre sans avoir goûté au champagne qui pétille sur le rebord de la baignoire. Il s'avance et son corps se fond dans le bain mousson. L'eau déborde mais cela ne l'empêche pas de s'approcher de mes lèvres. Il s'arrête à quelques centimètres. Je franchis l'espace entre nous.

Ma patience a atteint ses limites. Je le veux. Ici et maintenant.

XXX

Barbara a enfin choisi Amaury. Il la rend plus forte, plus belle. Elle n'était pas dans sa zone de confort mais elle a dépassé ses peurs qui restent encore nombreuses et profondes pour vivre enfin une relation amoreuse plus saine.

Nous arrivons bientôt à la fin du roman voir à la fin de  cette emprise mais Owen acceptera-t-il si facilement de la perder ?

Un mot, un commentaire, une étoile.

Le Phénix.

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