« Le mensonge n'a qu'une jambe, la vérité en a deux ».
Proverbe Hébreu
XXX
Me voilà sur le seuil de l'appartement d'Owen après un week-end tendre dans les bras d'Amaury.
Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi mes pas m'ont ramenée à cette porte que j'avais fuie pendant plusieurs jours ? Pourquoi avais-je cette envie d'être avec lui alors qu'il me faisait tant souffrir ? Suis-je maso ?
Depuis notre dernière rencontre, je me suis refusée à appeler mon demi-frère, ne cessant de douter de ma décision de revenir, me donnant ainsi la possibilité de faire demi-tour, déchiré entre ses mots blessants et l'envie de renouer avec lui.
Devant Amaury, je n'ai cessé d'être souriante, gaie. Mon masque ne s'est pas fissuré une seule fois depuis cette nuit. Je me suis confiée sur ceux qui me paraissent acceptables. La vie est si mouvante. Je ne devais me fier à personne. Les amis d'un jour peuvent devenir vos pires ennemis en un claquement de doigts. Si je perds le contrôle, je deviens fragile.
J'apprécie énormément Amaury mais il me fait aussi très peur. Sa bienveillance m'effraie. Son écoute me perturbe. Je ne suis pas habituée et cela me semble profondément irréel.Qu'est-ce qu'il a à gagner à être aussi gentil ?
Et puis, il a continué à refuser toutes approches plus charnelles. Cela en devient très frustrant. Je me suis même demandé si cela ne cachait pas une homosexualité refoulée. Ou pire encore, est-ce que cela vient de moi ? Est-ce qu'à mon contact, les hommes se mettent à préférer les hommes ? Est-ce que je suis attirée par ce profil de mec ?
J'ai honte de ce manque de confiance en moi, de mes failles, si ridicule pour mon âge mais Noël approche et je deviens hypersensible à cette période. Pour me préserver, j'ai bien tenté d'éviter les appels de ma mère et les SMS oppressant de mon père. Ils continuent à se chamailler à qui m'aura pour le réveillon. Comme il n'y a plus de juge pour les départager, la situation est plus que pesante. Bientôt, Charly prendra le relais et se fera l'avocat de sa femme. Je comptais un peu sur Owen cette année pour rendre ces fêtes moins pénibles. Je crois que ma carte joker a brûlé le jour où je lui ai écarté mes cuisses. Je regrette cet instant d'égarement. Mon demi-frère est passé d'allié à traître en une matinée.
Les mains tremblantes, je tourne la clé dans la serrure. Dès que j'entre dans l'appartement, tout en moi me crie qu'il est là, qu'il m'observe. Je sens son odeur, son attention sur moi. Il ne dit pas un mot et je m'éclipse dans ma chambre le nez dans mes chaussures. Après avoir fermée à clé, j'expire toute l'air retenue dans mes poumons. Je viens de réaliser le premier pas vers lui.
Que me réserve l'avenir maintenant ? Avec une lenteur fébrile, je remets un à un mes vêtements dans l'armoire, dépose mon ordinateur portable sur la coiffeuse en me promettant d'acheter un bureau plus propice à mes études que ce meuble de princesse. Cela m'évitera de passer du temps dans la pièce commune.
Les draps sentent la lavande. Le ménage a été fait récemment comme s'il savait que j'allais revenir, que c'était une évidence. Cette idée me déplaît. Il doit prendre conscience que je ne suis pas sa marionnette. Prenant mon courage à deux mains, je pars l'affronter. Il ne doit plus jamais rentrer dans mon espace.
Ebahie, je le retrouve le nez dans les fourneaux, lui qui ne cuisine jamais. Son plat n'a rien de compliqué, des pâtes aux beurres mais c'est si rare et là, là-aussi, cela me dérange. Silencieux, nous nous attablons et je picore dans mon assiette plus que je mange.
— Ça ne te plait pas ? me demande-t-il inquiet.
— C'est OK, répondis-je laconique.
Il fronce les sourcils creusant une ride du lion qui durcit son visage puis comprenant que je ne parle absolument pas du plat, ses épaules s'affaissent.
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Emprises
RomanceEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
