— Je dérange ?
Mince ! Je me dégage rapidement de notre position compromettante, me relève et vais vite récupérer mes courses, sous l'œil hostile de Théo. Il ne dit plus rien et va s'enfermer dans leur chambre. Owen soupire, il se lève et le rejoint. Les cris de son mec me parviennent sans que j'en saisisse un mot. Ce qui me choque pourtant le plus, c'est le ton enragé de mon frère, si fort qu'il me percute. Je ne l'avais jamais entendu hurler.
— Elle reste. C'est ma sœur, il faut que tu t'y fasses !
Si j'avais des doutes, je n'en ai plus. Il est plus qu'évident que Théo ne m'aime pas. Que dois-je faire ? J'avais promis à Owen d'essayer de devenir son amie, mais même sans rien faire, il me déteste.
J'allume le four. J'ai décidé de préparer un gâteau au chocolat, cela adoucira peut-être le compagnon de mon frère. Le silence a envahi l'appartement , mais quand un premier râle non équivoque arrive jusqu'à moi, je me jette sur mon casque audio. Je ne veux pas entendre leur réconciliation sur l'oreiller.
J'occulte tout ce qui se passe autour de moi. Je sais si bien le faire. La musique me fait oublier où je suis et avec qui je suis, mais particulièrement avec qui je ne suis pas. Un vrai remède salvateur !
Le gâteau embaume la pièce et certainement toute la rue vu que j'ai laissé les portes-fenêtres ouvertes sur le petit balcon de l'appartement. J'en profite pour me préparer mon déjeuner de demain midi. La cuisine, c'est mon hobby. Elle me détend, me remonte le moral.
Maintenant que tout est prêt, je me recule et admire mon travail. Ils ont dû finir. Du moins, je l'espère puisque je me risque à retirer donc mes écouteurs.
— Alors, cette journée, tu as survécu ?
Je sursaute de surprise. Depuis combien de temps Théo m'observe-t-il ? J'essaie de reprendre mon souffle et une main sur mon cœur qui palpite à fond, je lui réponds aussi calmement que possible :
— Parfait ! Je me suis même fait une amie, affirmé-je d'un ton faussement joyeux.
— Ravi pour toi, me rétorque-t-il d'une voix vide qui contredit ses mots.
Il se lève du tabouret de l'îlot central et s'apprête à partir.
— Je suis désolée.
Dos tourné, il s'immobilise.
— De quoi ?
— Je n'étais pas au courant pour vous. Autrement, j'aurais trouvé à m'héberger ailleurs. Tu sais, je ne veux pas faire du tort à votre couple.
— Et tu n'en fais aucun ! m'interrompt sèchement Owen.
Il apparait subitement dans mon champ de vision me faisant sursauter encore une fois.
Bon sang ! Ils ne peuvent pas prévenir quand ils arrivent. Une main sur le cœur, mon attention se reporte à nouveau sur Théo resté silencieux.
— Nous devons juste apprendre à cohabiter. N'est-ce pas Théo ? continue-t-il.
— Oui, mon amour, acquiesce le grand blond.
Le ton de sa voix est neutre. Il ne se retourne même pas vers moi, je ne peux pas voir l'expression de son visage, je n'ai définitivement droit qu'à son immense dos. Je n'insiste pas. Chacun doit faire des efforts et la situation n'est que temporaire. Quand nous nous connaitrons mieux, peut-être, nous nous apprécierons tous.
Nous nous installons autour de la table. Face à mes plats, Owen a les yeux qui pétillent. Il est gourmand et sa fourchette fait honneur à mon émincé de veau aux olives accompagné de son gratin dauphinois. Mon gâteau prend le même chemin et remplit son estomac en fête. Je jubile. Le voir heureux me rend heureuse. Son sourire rencontre le mien et malgré le début de soirée chaotique, je suis bien.
— Il ne faudrait pas manger tous les jours ainsi ! Grogne Théo.
Je me retourne vers le briseur d'ambiance. Le nez retroussé sur sa part de dessert, il joue avec sa petite cuillère et effrite son morceau de manière dédaigneuse.
— Je sais bien que tu ne fais pas attention à ta ligne, Barbara. Mais on n'est pas tous comme toi. On n'a plus ton âge. Le menu est bien trop lourd pour un soir. Si encore, nous allions faire la fête après, nous pourrions éliminer.
Je le regarde interdite. Ce repas, je l'avais aussi fait pour lui. Ma mère m'a toujours dit que le meilleur moyen pour plaire à un homme est de séduire son estomac. Apparemment pas pour Théo ! Il n'est pas branché femmes et il n'aime pas manger, enfin pas ce que je cuisine en tout cas. Ce n'est vraiment pas gagné.
— Théo, profite ! lui rétorque Owen en avalant sa dernière bouchée. Si tu veux, on pourra refaire du sport en chambre après.
Les yeux écarquillés face aux propos d'Owen, je me promets intérieurement de ne faire que des salades pour les dîners afin de ne plus avoir à entendre ce genre de parole.
Heureusement pour moi, les projets de Théo pour ce soir sont différents. Il doit aller voir un collègue et ne reviendra que vers onze heures.
Dans le divan, tisane en main, Owen et moi entamons une série Netflix « Le jeu de la Dame ». Nous ressemblons à un vieux couple d'amoureux. Cette idée me plaît, même si en réalité, nous sommes tout simplement à un frère et sa sœur sur un canapé.
Quand Théo revient, je ne demande pas mon reste et m'échappe aussitôt. SI je dois retenir quelque chose de cette journée éprouvante, forte en émotions, c'est qu'un couple, aussi cool soit-il, a besoin d'intimité.
— Attends ! m'interpelle Owen.
Il se lève et m'embrasse sur la joue. Ses lèvres douces m'offrent le réconfort auquel j'aspirais après les derniers événements, et sa barbe qui commence à devenir râpeuse laisse une trace chaude sur ma peau blanche. Il plonge ses yeux verts dans les miens. Je frissonne sous le poids de son regard. Je me sens à la fois si fragile et si forte quand il est là.
— Fais de beaux rêves, bébé ! me murmure-t-il, rien que pour moi.
Théo s'approche de nous et, d'un geste possessif, enlace son homme. D'une voix ferme, il nous sort de notre bulle et rompt notre échange visuel.
— Je suis fatigué. On va se coucher, mon amour, minaude-t-il auprès d'Owen. Bonne nuit, gamine.
Ses derniers mots sont beaucoup moins mielleux.
— Bonne nuit, Théo ! Bonne nuit, Owen !
Les deux hommes me laissent sur le seuil de ma chambre aux tons un peu trop roses pour moi. J'ai cette impression d'être devenue leur enfant d'un coup.
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Emprises
RomanceEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
