"Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas."
Paul Léautaud
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Chargée de mon sac de course, j'extirpe difficilement ma clé mais je n'ai pas le temps de l'introduire dans la serrure qu'Owen apparaît.
—T'êtez où ? questionne-t-il d'un ton virulent.
Je ne l'avais jamais vu si inquiet. Je devrai en retirer un certain orgueil mais sa voix possessive m'interpelle. A-t-il toujours été ainsi où les mots de Théo ont provoqué un électrochoc et je le regarde autrement ?
Il prend mes provisions et les dépose brusquement sur l'îlot à la limite de les faire tomber. Enfouissant une main dans ses cheveux noirs, ses épaules carrés roulent sous le tissu de sa veste noire tendant de se décontracter. J'ai envie de tendre la main et d'apaiser la colère qui émane de lui.
Sa tenue prête à confusion. Vient-il de rentrer ou s'apprête-t-il à sortir ? Prévoyait-il de me retrouver dans cette grosse toile d'araignée parisienne ou l'a-t-il fait et s'est-il retrouvé impuissant à me ramener chez lui ?
Il empoigne le rebord du meuble comme s'il tentait de se calmer avant de me parler. Son comportement démontre qu'il n'y arrive pas.
— Comme je me suis levée tôt, j'ai décidé de visiter enfin la capitale, l'informé-je.
— Seule ?
— Drôle de question, Owen, dis-je en fronçant malgré moi les sourcils.
Il se retourne et plonge son regard émeraude dans le mien. J'y lis de l'angoisse, de la peur, de la crainte et ... du désir, impression éphémère. La fatigue de la journée doit me provoquer des mirages. Il s'appuie sur le meuble et croise ses bras sur son torse.
— J'aurai pu t'accompagner. Les rues ne sont pas aussi sûres que chez nous. Tu aurais pu te perdre ou pire.
J'agite devant lui mon portable.
— Je sais utiliser WAZE.
— Et si on t'avait volé ton portable.
— Nous ne sommes pas en plein désert du Sahara. Ici, les gens parlent français, me moqué-je. J'aurai demandé mon chemin. On dirait Charly. Vous vous inquiétez bien trop pour moi. Je ne suis plus une petite fille.
— Merci, je l'avais remarqué, dit-il en me toisant. Le problème est que tu fais trop facilement confiance. C'est dangereux.
Je hausse les épaules, le contourne et déballe une à une mes courses. Je ne veux pas aller sur ce terrain avec lui. J'ai décidé de passer cette journée à ne faire que ce que j'aime et me disputer avec Owen n'en fait assurément pas partie.
Il est vingt heures, un peu tard pour démarrer de la grande cuisine mais Les raviolis chinois sont un projet bien plus intéressant que de me défendre face à un grand frère protecteur. Il continue son monologue mais je n'écoute plus. C'est une de mes aptitudes que j'ai acquise au contact de mon père. Mon paternel est très doué pour m'énerver. Mais là aussi, je veux me détendre aujourd'hui et penser à mon cher papa n'est pas à l'ordre du jour.
Première étape pour cuisiner : ne pas abîmer ma veste en cuir. Je compte rendre ce cadeau bien trop beau pour moi. Je vais pour la déposer dans ma chambre quand Théo me barre la route. Ses mains me prennent mon précieux trésor.
— Sacrée copie ! On dirait un vrai, dit-il en respirant l'odeur du cuir neuf.
— Parce que c'en est un, lui réponds-je sèchement piquée dans mon amour propre.
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Emprises
RomanceEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
