J'ai tout refusé.
J'ai refusé la main qu'il m'a tendu, refusé de partir avec lui, refusé d'aller à la police, refusé d'aller à l'hôpital. Refusé, refusé, refusé.
Je ne voulais qu'une chose, les bras de Léonie me portant jusqu'à chez elle. J'ai traversé Paris trébuchante, sonnée, à peine vivante. Je me sentais victime, coupable et bourreau à la fois. Plus rien ne pourrait effacer ce que j'avais vécu. L'instant était gravé dans ma tête, dans mon corps, dans mon âme.
Non, ce n'était pas vrai. J'ai rêvé. Oui, j'ai rêvé. J'ai cauchemardé car c'est impossible. Cela ne peut m'être arrivé. Il n'a pas pu. Mes gestes, mon attitude ont dû le tromper. Il n'aurait jamais été aussi loin. Personne ne peut aller loin sans raison. Je le connais. Il me connaît. Oui, j'ai dû faire quelque chose pour attiser ce comportement.
Mais enfin, il ne sait rien passé ! Il est juste tombé sur moi et j'ai paniqué. J'ai réagi comme une enfant. D'ailleurs, il le dit tout le temps que je ne suis qu'un bébé. Il a bien raison. J'ai affolé tout le monde et maintenant, ils vont le prendre pour un monstre. Il ne le supportera pas. Il m'en voudra. Me pardonnera-t-il ?
Sur le palier de l'appartement, l'homme de tout à l'heure nous attend. Léonie le laisse entrer. Pourquoi ? Je ne veux voir personne. Je ne supporte que la présence de mon amie. Elle me pose délicatement sur le canapé. A-t-elle peur que je me brise ? Je le suis déjà. Ne le voie-t-elle pas ? Ma vie vient de changer radicalement. Je l'ai perdu à tout jamais. Mais pourquoi ai je crié ?
L'homme brun demande poliment à ma copine de ramener un plaid. Elle s'exécute. Je réagis enfin et je la retiens. Je ne veux pas rester sans elle. Je ne veux pas rester seule, encore moins face à un inconnu dont le regard m'en rappelle étrangement un autre.
— Tout va bien se passer, me rassure-t-elle. Tu es frigorifiée. On ne peut pas te laisser comme ça.
Je la lâche à regret et n'arrive pas à détourner le regard de l'endroit où elle a disparu.
— Barbara, je suis Adrien, se présente-t-il d'une voix douce.
Je l'ignore. Si j'omets sa présence, il va peut-être disparaître.
— Aujourd'hui, Amaury devait nous faire rencontrer pour la première fois, continue-il sur le même ton.
Amaury, pourquoi parle-t-il de lui , de cet homme qui m'a trahie ? Tout ça , s'est de sa faute. Pourquoi est-il venu ? Pourquoi est-il rentré dans notre appartement ?
— Je pense que nous pouvons dire que ça a été un fiasco, conclue-t-il en omettant tous les signes qui montrent que je veux qu'il se taise. Je suis son grand frère. Vous avez rencontré ma femme ce matin. Je pense que Sidonie n'a pas dû vous faire la meilleure des impressions.
Mes mains tremblent. Ma tête tangue. Mes oreilles bourdonnent. J'ai du mal comprendre mais ces pupilles saphir, sa taille plus petite qu'Amaury. Non, il ne ment pas. C'est bien la silhouette de ce matin, celle du fond de la cour.
— Elle peut être très impressionnante quand elle est en colère et avec les hormones, c'est encore plus explosif. Mais je l'aime. Elle ne savait pas pour vous. En tant que médecin urgentiste, je suis rarement disponible alors avec mon frère, ça s'est décidé rapidement. Vous connaissiez déjà Alex et j'avais envie de rencontrer la femme qui avait fait changé autant Amaury. Il a eu une relation longue et difficile avant vous. Un premier amour très destructeur. Depuis, Alex et moi sommes très protecteurs. Quand nous l'avons vu rire, j'ai demandé aussitôt à ce qu'il vous présente. Je ne lui ai pas laissé le choix. C'est très égoïste de ma part. Vous deviez partir au soleil pour le week-end et moi, je devais aller rejoindre ma femme. Comprenez-vous ? Je l'ai vu tant souffrir. Je ne voulais pas que cela recommence, s'excuse-t-il.
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Emprises
Roman d'amourEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
