Les hommes sont si pervers que le seul espoir et même le seul désir de les corriger, de les voir raisonnables et honnêtes, est une absurdité, une idée romanesque, qui ne se pardonne qu'à la simplicité de la première jeunesse.
Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort
XXX
Rien dans l'appartement n'a bougé. Mon mot attend sagement. Je le chiffonne et au moment de le jeter dans la poubelle, j'entends derrière moi la porte s'ouvrir.
Il n'est que minuit. Pourtant, le balancement du corps d'Owen m'informe que la soirée a déjà bien trop durée pour lui. Le colis qu'il porte m'indique pourtant qu'il n'en a pas fini. Il s'immobilise, scrute autour de lui, plisse le nez et enfin, m'aperçoit. Sa façon de me regarder nappée d'alcool est désagréable. Je frissonne sous ma doudoune.
- Tu partais à ma recherche petite sœur, dit-il d'une voix pâteuse. Quelle gentille personne que voilà ! J' ai de la chance.
Titubant, il s'approche. Son haleine m'atteint avant ses lèvres qu'il dépose brutalement sur ma joue. Pour maintenir son équilibre, sa main s'appuie lourdement sur mon épaule. Avec l'autre, il m'adresse quelques légères tapes sur ma tête tel un maître récompensant son fidèle chien.
- Bonne petite fille, s'amuse-t-il.
Comme si j'avais soudain disparu de sa vue, à grandes enjambées, il rejoint le canapé, dépose avec précaution son pack de bières et sa bouteille de Whisky sur la table basse. Un long soupir d'aise se fait entendre quand il s'affale sur l'assise.
- Arrête de me mater comme une groupie et viens me rejoindre ! se marre-t-il sans prendre la peine de tourner sa tête vers moi.
Conscient que je n'ai pas en face de moi le vrai Owen mais son double maléfique, je décide de ne pas prendre le risque de faire monter inutilement la tension et m'assoie à ses côtés. Il attrape la télécommande et une musique Métal fait vibrer la chaîne. Je ne savais pas qu'il aimait ce genre de musique. Sa tête bouge au rythme des basses. Il me tend une bière. Je la refuse mais son attitude peu avenante m'indique que ce n'est pas une suggestion. Choisissant la paix à la guerre, le liquide amer coule dans ma gorge. Je grimace de dégoût à son plus grand plaisir.
- Un vrai bébé. T'as pas appris à avaler, se moque-t-il en attrapant sa bouteille et en la buvant cul sec en guise de preuve de sa supériorité.
Contrairement à ce qu'il pense, je ne suis pas si naïve que cela et je ne suis pas dupe du jeu de mot pourri qu'il vient de me faire. Ma mine outrée provoque son hilarité.
- J'ai choqué bébé Barbara, s'amuse-t-il.
En dodidant de la tête, il commence à frapper le rythme sur ses cuisses et semble soudainement m'oublier. Apercevant une porte de sortie,j'en profite pour tenter de m'éclipser. Sa main entoure mon avant bras stoppant mon élan. Je vacille et tombe sur ses genoux. Ses bras m'emprisonnent et j'intercepte deux pupilles complètement dilatées qui me dévorent. Il resserre sa prise ne laissant que quelques centimètres entre nous. Ses pouces caressent lentement le bas de mon dos et son regard me sonde.
- Tu veux que je t'apprenne ? propose-t-il sérieusement.
- A quoi ? demandé-je tout en tentant de dénouer ses doigts.
- A avaler.
Bon sang, il n'a pas osé. Mon cerveau a disjoncté. Dans ma tête, c'est le vide complet. Le black out. Il n'a pas pu. Sa main remonte jusqu'à mes lèvres, et ses yeux rivés à ma bouche s'assombrissent. Il est clair qu'on ne parle plus de bière et ma réponse est non.
- Ne refuse pas si vite ! Chaque bière est différente. Tu pourrais en adorer certaines et une en particulier, susurre-t-il.
Alors là, je suis outrée. Son analogie entre le sexe et la biere s'empire. Et notant bien qu'il n'y a pas tant de « bière particulière » dans cet appartement, il n'y a aucun doute, mon frère vient de me proposer une fellation. Profitant de ma surprise, il me bascule sur le canapé et ses lèvres à porter de mon cou se posent et s'imposent.
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Emprises
RomansaEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
