L'immeuble entier doit l'entendre. J'ouvre la porte afin qu'il arrête son cirque.Le verrou est à peine levé. Il s'engouffre, me bouscule et je tombe lourdement sur le lit. Malgré le matelas, j'ai mal et je masse mon épaule gauche endolorie. Mon téléphone percute mes cuisses.
Amaury s'inquiète.
Quand je lève le nez, Owen les bras croisés sur son torse nu, me toise. Sa colère fait tressauter ses muscles et cela n'a rien de sexy. L'aura qui émane de lui est dangereux.
Mesdemoiselles, vous réviez de badboy. En voilà un sous vos yeux ! Il est bien loin de mes personnages préférés de romances. Certaines admettent qu'elles fantasment sur ce genre de mec mais qu'au grand jamais, elles ne voudraient en rencontrer un pour de vrai. Ces mecs doivent rester au stade imaginaire. Ils sont bien trop dangereux dans la vraie vie.
Mais où est passé mon demi-frère, mon ami, mon crush ? Il n'y a qu'un démon en face de moi. C'est irréaliste. Comment a-t-il pu changer autant en si peu de temps ? Qu'a-t-il bu ? Qu'a-t-il fumé ? Quelle drogue a-t-il pris pour ne plus me voir ?
— Calme-toi ! tenté-je mais mes mots provoquent l'inverse.
Dans le salon, les notes de Loves the ways you lie d'Eminen raisonne comme un avertissement.
— Qu'est ce mec te veut ?
— C'est le frère d'Alex, dis-je espérant l'adoucir.
— Le frère d'Alex, hurle-t-il en démarrant de dangereux allers-retours. J'y crois pas. T'as rien trouvé de mieux pour me faire chier. Qu'est ce que je t'ai fait ? Théo puis lui. Je me démène pour qu'on soit bien. Je bosse comme un malade pour que tu ne manques de rien. Je ne t'ai pas demandé un euro depuis que tu es ici. Je fais tout pour que tu réussisses tes études et toi, tu passes ton temps à traîner avec eux .
Je me relève pour le prendre dans mes bras. Je veux le rassurer mais il me balance sur le matelas. Je rebondis tombant à terre. J'évite de peu la table de chevet. Le parquet n'est pas tendre. Sous l'impact, un cri sort de ma bouche. Brusquement, il s'accroupit et je lève les bras pour me protéger.
— Bébé, je ne voulais pas, s'adoucit-il. Où as-tu mal ? Je vais aller te chercher des glaçons. Le matelas aurait dû amortir ta chute. J'ai oublié que tu étais si fluette. Mon pauvre ange ! Tu n'as vraiment pas eu de chance.
Les larmes me montent aux yeux et je n'arrive pas à le cacher malgré mon avant-bras protecteur. J'ai mal.
— Bébé, ne pleure pas ! Je t'en prie. Ne pleure pas ! Tu es ma petite sœur. Ne pleure pas ! J'étais si énervé. Delalandes n'est pas quelqu'un de bien mais tu ne pouvais pas le savoir. Tu mérites tellement mieux.
Il m'encercle, me cajole, tente de me consoler. Mes larmes s'intensifient. Les flots sont lâchés. Plus rien ne les retient. Je suis fatiguée, malheureuse. Je n'aspire qu'à la paix. Il me dépose sur le lit et épuisée, toute habillée, encore maquillée, je m'endors pour oublier. Ce n'est qu'un cauchemar et je n'ai vraiment pas eu de chance. Vraiment pas.
Au réveil, si je n'avais pas tant mal au coccyx, j'aurais cru avoir fait un mauvais rêve. Owen n'aurait jamais pu me faire cela et une fois, n'est pas une généralité. Je me drape de mon plus beau déni. Je sais qu'il ne faut pas laisser passer, qu'on ne doit pas accepter mais "on", ce n'est pas moi, ce n'est pas nous. C'est un trop plein de tout. Ses multiples échecs ont mis à bout sa patiente.
Et puis, j'étais fatiguée par ma semaine à la fac, par la soirée avec Amaury. Je ne tenais plus vraiment sur mes jambes. J'aurai très bien pu me faire cela toute seule. Mon père me disait toujours que j'étais maladroite. Plus agile, je n'aurai pas chuté. Il n'aurait pas dû s'énerver, c'est sûr. Mais c'est la faute à pas de chance, une addition de mauvaises conséquences mais cela ne remet pas en cause notre relation.
Rassurée, je respire mieux. L'orage est passé. Il ne recommencera plus à tonner. Le soleil arrive toujours après le beau temps.
Quand cette pensée s'incruste en moi, la porte s'entrouvre sur Owen portant un plateau petit-déjeuner digne d'un palace. L'odeur du croissant au beurre embaume toute ma chambre. L'homme qui entre me rappelle l'adolescent bienveillant. Cet homme-là , je n'en ai pas peur. Pour cet homme-là, je donnerai tout pour m'avoir permis de supporter l'abandon d'un père. Cet homme, je peux lui pardonner d'être parfois borderline.
XXX
" Je me sentais capable de tout supporter pour lui. J'étais son roc, son phare. Il était la lame de fond, l'ouragan. Il s'acharnait sur mes fondations. Je restais immobile, calme, persuadée d'être indestructible pour nous-deux, ignorant les fissures que chaque mot provoquait.
J'étais si forte. Il avait tant besoin de moi."
Barbara- Aujourd'hui.
XXX
Quel est ton ressenti sur ce passage ?
Dans ce chapitre, tu as enfin appris que l'emprise d'Owen sur Barbara est forte et a pris ses racines depuis longtemps. Il a très vite repris le contrôle sur sa petite soeur car elle garde en mémoire sa bienveillance et lui, ses failles. Pour mieux la comprendre, je t'ai ajouté son témoignage quelques années après.
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LPR
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Emprises
CintaEnfant, Barbara a subi de plein fouet le divorce de ses parents. Au cœur de ce chaos, elle croise le chemin de son demi-frère, Owen. Il se montre glacial, humiliant, presque cruel. Mais une fois les portes closes, il devient son seul abri. À peine l...
