•• Redford Office
#Catherine
Depuis le départ de cette peste et de mon époux, je suis libre comme le vent. Libre de faire tout ce que je désire, et la première chose qui me vient à l'esprit ce matin, c'est ma rencontre avec le notaire de mon époux afin que nous puissions discuter de certains détails concernant son héritage.
C'est ainsi qu'après avoir quitté le manoir très tôt ce matin, je me suis rendue à son cabinet privé, situé à cinq cents mètres du manoir.
À mon arrivée, j'ai dû patienter qu'il vienne, et lorsque ce fut le cas, sa secrétaire m'a fait signe. Je suis entrée dans son bureau sans tarder.
Moi : Monsieur Redford, bonjour !
Simon : Bonjour, Madame Bell, prenez place, s'il vous plaît.
Moi : Merci.
Je me suis assise en face de lui juste après et, sans passer par quatre chemins, je lui ai fait part de l'objet de ma venue.
Moi : J'espère que cela pourra être résolu dans les plus brefs délais.
Simon : Je crains que vous ne deviez patienter, car vous n'ignorez pas l'impact qu'a eu la diffusion de vos photos sur les réseaux.
Je fronce directement les sourcils.
Moi : De quoi parlez-vous ?
Simon : Les actions des entreprises Bell ont subi une chute drastique en bourse après ce scandale, et actuellement, le conseil d'administration doit siéger pour élire le nouveau PDG afin de rétablir l'ordre et de redonner de l'assurance aux différents partenaires financiers et investisseurs.
J'ai l'impression d'halluciner. Comment est-ce possible ?
Moi : Pourquoi voter un PDG ? Pourtant, en tant qu'épouse légitime de mon défunt époux, j'ai pleinement le droit d'occuper ce poste.
Il a souri faiblement.
Simon : Ça ne se passe pas comme ça, en fait ! Ils tiendront une réunion extraordinaire la semaine prochaine et, à l'issue de celle-ci, ils nous feront part de la décision finale.
Moi : Hum... et concernant les biens de mon époux ?
Simon : Il vous faudra attendre que son enterrement soit passé avant d'aborder son testament.
Moi : Dans ce cas, cela doit se faire dans les plus brefs délais, dis-je d'une voix ferme et autoritaire.
Simon : Avez-vous des nouvelles de Ruby Bell ?
Je fronce les sourcils à l'évocation de ma belle-fille.
Moi : Bien sûr, c'est ma belle-fille. Elle se porte bien, pourquoi cette question ?
Simon : Nous avons un rendez-vous en suspens. J'attends toujours son coup de fil.
Moi : C'est à quel sujet, si je peux me permettre ?
Simon : Des affaires personnelles qui n'ont rien à voir avec vous, malheureusement.
Moi : Je vois... De toutes les façons, je lui transmettrai le message.
Simon : Merci bien !
[ Un silence gênant s'installe ensuite... ]
Je décide de le rompre la première.
Moi : J'ai une doléance à vous faire, Monsieur Redford.
Simon : Je vous écoute...
Moi : Lors d'un échange avec ma belle-fille, elle m'a fait comprendre que le manoir était au nom de sa défunte mère. Est-ce vrai ?
Simon : En effet, il appartient à la famille de sa mère depuis des générations.
Moi : Y a-t-il un document légal qui puisse attester cela ?
Simon : Où voulez-vous en venir, Madame Bell ?
J'affiche un sourire espiègle avant de lui répondre.
Moi : Juste pour savoir, rien de plus.
Simon : D'accord, dans ce cas, je vais vous répondre. Le manoir Bell revient de droit à sa fille uniquement si elle se marie avant l'âge de vingt-cinq ans. Dans le cas contraire, il appartiendra à l'État.
Moi : Que... que dites-vous ? Est-ce que mon époux était au courant d'une telle chose ?
Simon : Bien évidemment, c'est l'une des raisons qui l'ont poussé à demander à sa fille de revenir au pays.
Je pâlis à l'écoute de ces informations.
Moi : Et Ruby, le sait-elle ?
Simon : Je lui ai juste fait savoir qu'elle était la propriétaire du manoir selon les écrits, mais le reste des informations ne lui est pas encore parvenu. C'est la raison pour laquelle nous nous étions fixé un rendez-vous pour en discuter.
Moi : Hum... Si elle ne se marie pas, nous serions dans l'obligation de quitter le manoir, c'est ça ?
Simon : Exactement. Vous irez vivre ailleurs, et il deviendra la propriété exclusive de l'État.
Moi : Bon Dieu !
Je suis dégoûtée.
Il le remarque et me questionne directement.
Moi : C'est juste que... je ne sais pas si ma belle-fille prévoit de se marier, vous voyez ?
Il sourit.
Simon : Quand elle sera au courant, elle le fera. Sa mère l'a fait, et le processus doit suivre normalement.
Moi : C'est compris.
J'essaie de garder mon calme, et bien des minutes après, on se sépare. Je suis déboussolée. Il n'y a aucune issue possible. Même si elle était encore avec nous, elle n'aurait jamais permis que nous entrions en possession du manoir. Et vu qu'elle n'est plus là, nos jours sont comptés dans cette demeure. À moins que je sois obligée de trouver une alternative.
Je me mets à réfléchir. Mon cerveau ne tient pas en place après avoir reçu toutes ces informations.
