•• Manoir Bell
#Catherine
Je me lève ce matin d'un air dépité. Malgré toutes mes prières, la sorcière est de retour. Depuis que son père a appris la nouvelle, il est tellement joyeux et ne cesse de siffloter dans la maison.
Je n'arrive pas à croire que je serai obligée de la croiser en permanence dans cette maison. Comment ça va se passer ? Je suis angoissée. Quelque instant après m'être levée, je quitte ma chambre pour me rendre dans celle de ma fille.
Sans toquer, j'entre et la trouve encore endormie. La voir si insouciante ne fait qu'accroître ma mauvaise humeur. Je m'approche d'elle et tire l'oreiller sur lequel elle a posé sa tête, ce qui fait en sorte qu'elle se réveille en sursaut et panique pendant une fraction de seconde.
Je prends place sur le lit ensuite et l'observe d'un air dédaigneux.
Moi : C'est bon ? La nuit a été à ton goût ?
Elle pose son regard sur moi et fronce les sourcils en se levant à son tour.
Léana : Mamannnnnn, pourquoi tu as fait ça ?
s'exclame-t-elle d'un air grincheux.
Moi : Comment peux-tu dormir alors que ta sœur est de retour ?
Elle s'empresse de rétorquer.
Léana : Elle n'est pas ma sœur ! Je n'en ai pas et je ne souhaite même pas en avoir.
Je souris. J'aime cet état d'esprit venant d'elle.
Moi : Je sais, trésor, mais tu vois, ce genre de langage, tu devras t'abstenir de le prononcer devant ton père et surtout jouer le jeu.
Léana : Ça m'énerve !!!
dit-elle en rouspétant.
Moi : Il faut qu'on soit sur nos gardes maintenant et qu'on fasse très attention.
Léana : C'est compris, maman.
J'aime quand elle m'écoute ainsi. L'instant d'après, je quitte sa chambre pour me rendre à la cuisine.
— Bertha !
— Oui, Madame ! s'exclame la gouvernante.
— La fille de mon époux revient au pays en ce jour. D'ailleurs, je suppose qu'à cette heure, elle doit probablement déjà être là. Je voudrais que vous apprêtiez sa chambre et fassiez en sorte que tout se trouve à sa place. Aucun écart de conduite ne sera toléré !!!
— D'accord, Madame.
— Je compte sur vous pour passer le mot au reste du personnel.
— Soyez sans crainte, Madame, je le ferai !!!
— Bien.
Je tourne les talons et regagne à nouveau ma chambre. Dès que je traverse la porte, j'aperçois mon époux debout près de la fenêtre. Je me rapproche de lui et l'encercle de mes bras. Mon geste le prend de court ; il sursaute et se retourne pour me faire face.
Moi : Désolée, mon amour, je ne voulais pas te faire peur !
Collins : Pas grave...
Il semble être ailleurs et ça m'intrigue.
Moi : Tout va bien, mon amour ?
Collins : Ma fille m'a appelé...
L'évocation de son enfant fait renaître ma colère.
Moi : Elle sera là à quelle heure ?
Collins : Elle est déjà arrivée, elle ne va pas tarder...
Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Ça y est, d'ici peu je n'aurai plus l'attention complète de mon époux. Va-t-il se désintéresser de moi ? Pourrai-je encore me servir de lui pour m'offrir tout ce que je veux ?
Ces questions sans réponse parviennent à saper mon humeur. Il le constate et me questionne...
Moi : Je suis un peu nerveuse, chéri.
Collins : À quel sujet ?
Moi : Notre rencontre après toutes ces années. Va-t-elle nous accepter ou serons-nous obligés de vivre comme des inconnus ?
Collins : Ma fille n'est pas comme ça ! Lors de notre dernière discussion, elle m'a clairement fait comprendre qu'elle était passée dessus.
« Elle ment !!! » dis-je au fond de moi.
Je ne pense pas qu'elle ait pu me pardonner si facilement la mort de sa mère. Elle doit avoir quelque chose en tête.
Moi : Dans ce cas, ça me rassure !
Je réponds en affichant un faux sourire, car au fond de moi la colère a pris une puissance exponentielle vraiment troublante.
Juste après, il me prend dans ses bras et me rassure.
Moi : Merci, mon amour, tu as toujours été si bon avec moi.
Collins : Je t'aime et tu es ma femme.
Et dire que je l'avais rencontré en premier, mais cette salope avait réussi à avoir l'avantage sur moi grâce à sa famille.
Les Gilberts — qui ne les connaît pas dans la région ? Bizarrement, après son décès, on n'a plus entendu parler d'eux. À croire qu'ils n'ont jamais existé. Même venir réclamer leur petite-fille, ils n'ont pas été capables de le faire.
Comme c'est ridicule...
Au moins ça m'avait permis de souffler un peu durant toutes ces années. J'ai réussi à m'intégrer dans la haute société et y laisser ma marque par la même occasion.
Plus tard, je décide de me préparer en attendant qu'elle vienne. Je me dois d'être impeccable et surtout de renvoyer une image forte et puissante afin qu'elle comprenne que je suis LA MAÎTRESSE DES LIEUX... et qu'elle est uniquement la fille de mon époux.
Rien d'autre.
