•• Arold's Lewis House
Ce centre commercial était l'un des plus anciens de la région et possédait plus de mille boutiques à l'intérieur où l'on pouvait trouver toutes sortes d'articles locaux et internationaux.
Son impact était considérable sur le plan financier et, jusqu'à présent, nombreux sont ceux qui n'ont pas toujours été en mesure de mettre un visage derrière son nouveau propriétaire. La précédente, Elisabeth Lewis, avait pris sa retraite depuis quelques années déjà après avoir effectué un travail remarquable.
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En traversant les marches d'entrée du centre commercial, je me sentais déjà mieux. Dépenser de l'argent avait toujours été l'une de mes activités favorites.
Nous avons commencé par le rayon moderne où l'on trouvait les dernières collections de robes des créateurs. Ma fille était enthousiaste. Elle s'épanouissait en faisant la sélection des articles venant de ses créateurs préférés. Quant à moi, j'étais un peu plus en retrait.
J'aimais avoir les éditions limitées, c'est pourquoi, après quelques minutes, j'ai demandé à l'une des responsables de la boutique de me fournir les pièces uniques qu'elles n'exposaient pas d'habitude.
Elle s'est montrée aimable et s'est exécutée juste après. Je me suis assise sur un divan et j'ai patienté en sirotant ma tasse de thé offerte gracieusement par la maison. Quand elle est revenue quelques minutes plus tard, elle m'a proposé trois pièces : une Vera Wang, une Coco Chanel et une Yves Saint Laurent. J'ai choisi celle d'Yves Saint Laurent car sa découpe était beaucoup plus intéressante.
_ Je la veux en bleu ciel !
_ Désolée, Madame, mais nous devons d'abord vérifier si vous êtes éligible pour cet article.
_ Pardon ?
J'ai eu du mal à déglutir.
_ Veuillez me fournir votre carte bancaire, s'il vous plaît.
J'étais très contrariée, car c'était bien la première fois qu'on me disait une chose pareille. Malgré tout, je l'ai fait et, l'instant d'après, je lui ai brandi fièrement au nez ma carte Black.
Elle l'a prise et s'est éloignée.
Léane : Un souci, maman ?
Moi : Rien de bien méchant ! Retourne à tes occupations.
Léane : D'accord, maman.
Elle est repartie et j'ai patienté que la gérante ne se ramène. Lorsque ce fut le cas, j'ai pu noter sur son visage un air soucieux.
_ C'est bon ?
_ Désolée, Madame, mais cette robe coûte 800 mille livres sterling.
Mon cœur a failli rater un battement.
_ Autant pour cette robe ?
_ C'est une pièce unique et, dans le monde, il y en a juste trois.
_ Je vois. Pas grave, je la prends tout de même.
_ Le plafond de votre carte est atteint, malheureusement. Vous ne pouvez pas vous l'offrir.
_ Comment est-ce possible ? Vous avez bien vérifié la carte ? C'est une Black Bach que vous avez en main !
_ Je l'ai remarqué, mais ça ne change rien. Il vous est impossible d'effectuer des achats actuellement au-delà de 100 mille livres sterling.
_ QUOI ?!!
J'ai hurlé, oubliant complètement où je me trouvais. Ma fille s'est rapprochée de moi en vitesse.
Léane : Que se passe-t-il, maman ?
Je lui ai exposé la situation.
Léane : Mais c'est impossible ! Vous savez qui était mon père ? M. Bell Collins ! Vous connaissez les entreprises Bell ?
_ Oui, Mademoiselle, mais je ne fais qu'exécuter mon travail.
Léane : Eh bien, faites-le correctement ! C'est une calomnie que vous êtes en train de nous faire là !
_ Veuillez m'excuser.
Elle m'a remis ma carte avant de fuir rapidement. Dès qu'elle a disparu, ma fille s'est assise près de moi.
Léane : Maman, que se passe-t-il ? Depuis quand avons-nous des limites sur nos cartes ?
Moi : Je n'en sais rien, toute cette histoire commence à me taper sur les nerfs.
Léane : Je ne veux pas devenir pauvre, maman.
Dit-elle en affichant un air abattu.
Moi : Ne dis pas de bêtises, ça n'arrivera jamais !!! Maintenant, arrange ton visage. Ce n'est pas le moment de se décourager.
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Une dizaine de minutes après, la gérante est revenue en compagnie d'un jeune homme doté d'une prestance majestueuse.
_ Bonjour Madame Bell, que pouvons-nous faire pour vous ?
Je me suis arrangée rapidement et j'ai affiché un sourire aux lèvres.
_ Je suis victime d'une situation malencontreuse et j'espère que vous pourrez m'aider à la résoudre.
Dis-je en lui tendant la main d'un air charmeur, mais il l'a ignorée ouvertement. J'ai eu honte et je l'ai rabattue rapidement.
_ Comme la dame vous l'a expliqué, votre carte n'est pas éligible pour ce type d'achat.
_ Que faire dans ce cas ?
_ Veuillez vous rapprocher de votre gestionnaire bancaire.
_ Je vois ! Merci de votre amabilité.
_ C'est la moindre des choses. Nous faisons juste notre travail.
_ Je vois ça, c'est très intéressant. En passant, pourrais-je connaître votre nom ?
Il a souri et sa réponse m'a refroidie.
_ J'ai bien peur de ne pas pouvoir être en mesure de vous satisfaire sur ce point.
Ma fille m'a murmuré quelques mots à l'oreille juste après. La seconde qui suivit, je me suis adressée à lui de nouveau.
Moi : Ne vous méprenez pas, jeune homme, si je vous ai demandé cela, c'est par rapport à ma fille ici présente. Elle semble être intéressée par votre personne.
Il est resté muet durant quelques instants avant de réagir.
_ Veuillez m'excuser.
Dit-il en se dirigeant vers une cliente.
Léane : Il est très hautain, tu ne trouves pas, maman ?
Moi : Si, mais mon intuition me dit qu'il n'est pas une personne ordinaire.
La gérante du magasin s'apprêtait à s'en aller à son tour lorsque je l'ai interpellée.
_ Un instant, s'il vous plaît.
_ Autre chose, Madame Bell ?
_ Qui est cet homme ?
Demandai-je en indiquant discrètement le monsieur en question.
Elle a souri faiblement avant de me répondre.
_ Désolée, mais on ne me paie pas pour répondre à ce type de questions. Si vous désirez effectuer d'autres achats en respectant votre marge financière, vous savez quoi faire. Veuillez m'excuser.
Je suis tombée des nues. Pour qui se prenait-elle au juste ?
