Le cocher la regarda longtemps, comme s'il cherchait dans son visage une raison de la dissuader encore. Il n'en trouva pas.
— Très bien, dit-il enfin. Montez.
Elle n'hésita pas. La calèche s'ébranla dans un claquement de sabots, et Paris glissa derrière eux comme une toile que l'on déroule à l'envers. Les boulevards larges, les façades haussmanniennes, puis les rues qui rétrécissent, les becs de gaz de plus en plus espacés, et enfin la colline, noire contre le ciel.
— Je m'appelle Édouard Lissac, dit le cocher sans se retourner. Si l'on vous retrouve, vous ne me connaissez pas.
— Je m'appelle Ndi Go'o.
Un silence.
— Vous avez de la famille à Paris, mademoiselle Ndi Go'o ?
— Ma sœur. C'est pour ça que je suis là.
Il n'ajouta rien. Les roues crissèrent sur le pavé humide.
Sainte-Odile n'avait pas l'allure d'un sanatorium... Ce n'est qu'en revenant ici que Ndi go'o y prêta plus attention.
C'était une grande bâtisse de pierre blanche, presque élégante, nichée entre deux rangées de peupliers. Des fenêtres à croisillons. Un portail en fer forgé, discret, sans écriteau. Dans la lumière pâle de la lune, on aurait pu la prendre pour une pension de famille convenable, pour un couvent, pour n'importe quoi d'ordinaire.
C'est cela qui fit froid à Ndi Go'o. L'ordinarité.
— Je ne peux pas entrer avec vous, dit Lissac à voix basse. Ma calèche est connue ici. Si on me voit stationné...
— Je comprends.
Elle descendit. Ses bottines s'enfoncèrent légèrement dans la terre détrempée.
— Il y a une entrée de service, côté nord, reprit-il. La troisième fenêtre à partir du coin est toujours mal verrouillée. Je l'ai remarqué lors de mes livraisons.
— Pourquoi aidez, Lissac ?
Il garda les yeux fixés droit devant lui.
— Parce que j'aurais dû le faire il y a six ans. Allez.
***
La troisième fenêtre était, en effet, mal verrouillée.
Ndi Go'o se glissa à l'intérieur avec moins de bruit qu'elle ne l'aurait cru. L'obscurité sentait l'éther, le camphre, quelque chose d'acide qu'elle ne sut pas nommer. Un couloir s'étendait devant elle, éclairé par de petites lampes à huile accrochées à intervalles réguliers. Des portes numérotées de chaque côté. Un silence de drap épais, comme si l'endroit retenait son souffle.
Elle avança.
Juma. Elle pensa au prénom de sa sœur à chaque pas, comme une boussole. Juma. Juma. Je suis là.
Au bout du couloir, une porte entrouverte laissait filtrer une lumière plus forte. Elle s'en approcha.
Des voix.
— ...le sujet du numéro quatorze montre une résistance inhabituelle. C'est intéressant, très intéressant. Le Docteur Verneuil voudra le savoir.
— Et si elle parle ?
Un rire bref, sans chaleur.
— Qui l'écouterait ? De toutes façons ses jours sont comptés. Je m'étonne qu'elle ne soit pas encore morte. Si elle attend un signe il serait temps qu'il arrive. Dans le cas contraire elle sera disséquée plus tôt que prévu. D'autres spécimens arrivent.
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La peau noire
Fiksi SejarahDans le Paris des années 20, Ndi go'o Mukaté, une jeune femme d'origine camerounaise, rêve de révolutionner le monde de la mode. Avec son talent de couturière et sa vision unique de la mode, elle souhaite mêler l'élégance parisienne à ses racines af...
