Chapitre 42

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River.


Mes muscles sont raides, mon corps en miettes. L'odeur du mezcal et des plats encore chauds me soulève le cœur. Je ne peux pas rester ici, je me sens sale. Je n'écoute plus Maritza parler, je n'écoute plus personne. Je me lève, mon corps protestant à chaque mouvement. Je me dirige vers le couloir. Kenan ne dit rien. Mais je sais qu'il me regarde avec précision, analysant chacun de mes gestes.

— River.

Sa voix résonne. Comme un fil de rasoir. Je l'ignore tout en traversant le couloir, mes jambes tremblent sous l'effort. Et j'atteins rapidement la chambre sous des pas précipités. Je me presse d'entrer et de retrouver la douche. Je ne perds pas une seconde et laisse glisser chaque vêtement sur le sol.

L'eau ruisselle brûlante sur ma peau, je la frotte jusqu'à ce qu'elle rougisse, mais rien n'efface la sensation d'être toujours couverte de lui. De son putain de monde.

Après quelques minutes sous l'eau, je décide de sortir, plongeant la serviette sur mes bras pour m'essuyer. Après quelques pas dans la chambre, ma tête tourne légèrement. Trop de fatigue. Trop de tension. Nonchalamment, j'ouvre un tiroir les yeux mi-clos à la recherche d'un t-shirt. Mes doigts s'agitent, ne trouvant qu'une surface épaisse. Je me fige. Des photos. Une pile soigneusement rangée dans le coin à côté d' dizaine de paquets de cigarettes. Je les attrape, mon cœur s'arrêtant net dans ma poitrine.

C'est moi.

Nue.

En sous-vêtements.

Sous la douche.

Allongée dans un lit qui me paraît familier, mon corps offert à l'objectif. Des clichés pris sous différents angles. Mais je ne me souviens de rien. Le sang quitte mon visage, mes mains tremblent subitement. Je veux croire que ce n'est pas moi, que ce n'est pas réel. Pas mon corps, ma peau, ma présence. 

Un léger bruit dans mon dos me fit sursauter, je me retournai violemment, faisant tomber les photos au sol. Kenan est dans l'embrasure de la porte, il me regarde impassible. Et il sait.

— Tu fouilles dans mes affaires? lâche-t-il.

Je le fixe, incapable de dire quoi que ce soit. Mon estomac se tord.

— T'es tombé dessus par hasard?

Il avance lentement, et chaque pas fait augmenter la tension dans la pièce. Il me regarde, un sourire en coin, comme s'il savourait chaque instant. Je déglutis, ma gorge serrée comme si je pouvais à peine respirer. Rapidement, je récupère les photos, prenant soin de cacher ma nudité dans le creux de ma main. Elles restent dans mes mains, brûlantes, alors que mon esprit s'embrouille. Une part de moi veut protester, mais une autre me dit que c'est futile. Que protester, n'a jamais été une option. Pas avec lui.

Kenan se rapproche encore, chaque pas plus lourd, plus pressant. Je suis acculée, prise au piège. Il n'a même pas besoin de parler, son regard fait tout. Je vois la menace dans ses yeux, cette dominance silencieuse qui m'enserre, m'empêche de bouger. Il se penche, son souffle effleurant ma peau, mes mains tremblantes autour des photos. Est-ce que c'est normal? Est-ce que ça doit être ainsi, cette sensation de vertige, de malaise mêlé à une étrange attirance? Je n'arrive plus à trier mes émotions, à comprendre si cette situation est saine ou déviante.

Je me redresse, mais mes jambes sont molles, mes pensées en tourbillon. Il me regarde, attentif, comme s'il attendait que je trouve les mots. Mais je ne le fais pas.

— Tu ne sais pas ce que tu veux, River. Alors je vais t'aider, d'accord?

Il parle doucement, sa voix basse et grave, enroulée de cette chaleur inquiétante qui me fait frissonner. Je n'ose pas bouger, j'ai l'impression d'avoir les jambes clouées au sol. Pourquoi est-ce que je le laisse faire?

TRUSTOù les histoires vivent. Découvrez maintenant