Chapitre 51

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RIVER.

Une heure s'est écoulée depuis qu'on a quitté le hangar. Le camion secoue encore sur les routes de terre, mais le moteur ronronne plus doucement maintenant. Je sens mes muscles se détendre un peu, même si la peur reste collée dans ma poitrine.

Eden freine brusquement devant une station-service presque déserte. Quelques néons grésillent au-dessus des pompes. Une odeur d'essence flotte dans l'air froid de décembre.

— On fait le plein. Restez dans le camion. Je fais vite. Dit-il en coupant le moteur.

Maritza souffle, se redresse un peu sur le siège, l'air plus lucide.

— Je... je vais me rincer le visage. Dit-elle, la voix faible mais décidée.

— Fais attention. Murmure Eden.

Elle hoche la tête et descend, titubante mais fière. Je reste assise, les genoux serrés contre ma poitrine. Anthony est là, recroquevillé contre moi. Il tremble un peu, la pâleur toujours là, la tête penchée sur son bras.

— Je crois... je crois que ça va pas s'arranger. Murmure-t-il.

Je pose une main sur son épaule, hésitante. Mes doigts sont encore tremblants de peur et de fatigue.

— Tu vas t'en sortir. Lui dis-je.

Il ferme les yeux, mais je sens qu'il lutte. L'explosion, la poussière, la fumée... ça lui a pris plus qu'on ne pensait. Je serre la main sur son bras, pas trop fort, juste pour qu'il sente que je suis là.

Je jette un œil dehors. Maritza est déjà devant la pompe, le visage éclaboussé d'eau, la main sur sa joue, comme si elle essayait de se laver toute la terre et le feu de la veille. Elle inspire profondément et ferme les yeux.

Eden revient du côté conducteur, regard scrutant les alentours. Ses lèvres sont serrées. Le moindre bruit le met en alerte.

— Tout va bien ici ? Demande-t-il, la voix basse.

Je hoche la tête, mais mon regard reste sur Anthony. Je sens qu'il faut rester attentif, qu'on peut pas relâcher la garde, même une seconde.

Le vent souffle entre les pompes, glacé. Le camion est notre bulle fragile au milieu du désert. Et quelque part, au loin, Adam continue de rôder.

Je serre un peu plus Anthony contre moi. Et je murmure, plus à moi-même qu'à lui :

— On va y arriver. On doit y arriver.

Eden claque la portière en grognant quelque chose comme « j'vais pisser » avant de s'éloigner derrière le bâtiment, les épaules tendues.
Maritza, elle, avance jusqu'au petit banc rouillé près des pompes et s'y laisse tomber. Elle ferme les yeux, respire l'air sec, comme si chaque bouffée pouvait lui rendre un peu de force.

Anthony, contre moi, respire vite. Trop vite. Je garde ma main sur sa nuque, essayant de l'apaiser.

Puis... j'entends un grondement.
Un moteur. Trop vite. Trop nerveux. Je me redresse brutalement. Une voiture poussiéreuse déboule sur le parking, dérape presque avant de s'arrêter net.

La porte conducteur s'ouvre d'un coup. Je reconnais cette silhouette qui se redresse en grimaçant, béquille sous le bras, mâchoire serrée. Diego.

Le type qui, il y a encore quelques temps, faisait trembler mon sang rien qu'en prononçant mon prénom.
Le père d'Anthony. Le père qui a failli me tuer. Le père qui a détruit des vies.

TRUSTOù les histoires vivent. Découvrez maintenant