Chapitre 48

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RIVER.

Le jour se lève, lentement, comme si le soleil hésitait à se montrer dans cet enfer. Je n'ai pas bougé. Pas une fois.

Je suis toujours assise sur ce foutu canapé, les poignets engourdis, les jambes endolories, la joue enflée par sa gifle. Je ne sais même plus si j'ai pleuré ou si mes yeux sont trop secs pour ça. Le téléphone est toujours sous moi, coincé dans le tissu. Invisible. Ma seule arme.

La musique s'est arrêtée, à un moment de la nuit. Le silence est presque plus insupportable.

Puis... un bruit. Une voiture.

Je redresse lentement la tête, mes muscles protestent. Mon cœur se met à cogner plus fort. Une voix féminine s'élève, lointaine, légère, puis de plus en plus proche. Des pas. Deux paires.

La porte s'ouvre dans un grincement familier. Adam. Et une fille. Elle entre juste derrière lui, fine, jeune. Peut-être mon âge. Des cheveux sombres attachés vite, des baskets poussiéreuses, un t-shirt trop grand. Elle rit à quelque chose qu'il dit, puis elle me voit. Et elle s'arrête net. Ses yeux se figent. Son sourire s'éteint. Son visage perd toute couleur. Adam continue d'avancer sans se retourner.

- Assieds-toi. Lui dit-il simplement.

Elle obéit. Lentement. Comme un automate. Elle s'installe sur la chaise près de la fenêtre, les mains sur les genoux, le dos droit. Et elle me regarde plus.

Adam jette un léger coup d'œil à la pièce puis, s'éclipse aussi vite qu'il est venu.

J'observe la fille. Elle ne me regarde surtout pas. Je sais ce que c'est. Je connais cette peur. Cette servitude silencieuse. Je glisse, difficilement :

- Aide-moi. S'il te plaît...

Elle ne bouge pas.

- Il va me tuer. Il tue des gens. T'as vu ce qu'il fait. Tu le sais, tu sais que je dis pas de conneries.

Toujours rien. Juste sa mâchoire qui se serre. Et un léger tremblement dans ses épaules.

- S'il te plaît... juste un message. Juste... n'importe quoi.

Elle se lève d'un coup. Pas brusquement. Comme si ça faisait trop mal de rester assise.

Elle me regarde enfin. Et là, je vois tout. La terreur. La résignation. Et une douleur immense, contenue derrière ses yeux noirs.

- Je suis la copine d'Adam.
Alors je t'aiderai pas. Ne me regarde pas. Murmure-t-elle, presque sans voix.

Ses yeux se remplissent de larmes, mais elle les ravale. Elle se détourne. Fixe le mur. Et moi, je reste là. Bouche ouverte. Poitrine en feu. Elle est piégée aussi. Comme moi. Comme tous ceux qu'Adam touche. Et soudain, ce n'est plus seulement ma survie qu'il faut sauver. C'est aussi la sienne. Je la regarde partir, ses larmes coincées comme des éclats dans sa gorge. Elle ne peut pas m'aider. Elle ne veut pas. Mais moi... moi, j'ai besoin d'elle. Besoin que quelqu'un, n'importe qui, me tire hors de cet enfer.

Je rassemble mes forces, chaque fibre de mon corps hurle de douleur, mais ma voix sort, rauque, brisée.

- S'il te plaît...

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