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RIVER.
Le moteur tourne toujours. Depuis notre départ, je ne cesse de serrer cette arme contre moi, comme si elle était une garantie pour ma vie. Mais c'est elle qui me tuera sûrement.
- Miguel, tu sais quand est-ce qu'on va arriver ? demandais-je, essuyant mes mains moites.
Cette arme repose maintenant sur mes cuisses, seule. Anthony jette un rapide coup d'œil sur celle-ci, avant de remonter sur mes mains, que je tente bien que mal d'essuyer contre mon haut.
- Je pense que d'ici dix minutes on sera arriver. Répond Miguel les yeux sur la route.
Je hoche la tête, tout en reprenant l'arme à contre cœur. Je n'ai jamais tuer, et j'espère sincèrement ne jamais avoir à le faire.
Le silence dans la voiture devient de plus en plus pesant, comme si chaque mètre parcouru nous rapprochait de quelque chose que personne n'ose nommer.
La route devient plus étroite. Le goudron laisse place à la terre battue, irrégulière et poussiéreuse. On ralentit à l'approche d'une petite maison à moitié cachée par les arbres secs et un vieux portail rouillé qui bat mollement dans le vent.
Miguel coupe le moteur. Plus un bruit. Sauf celui du vent qui fait craquer les branches. Maritza est la première à descendre. Ses yeux scrutent la bâtisse, comme si elle s'attendait à ce qu'elle s'écroule d'un instant à l'autre. Elle s'avance de quelques pas, puis s'arrête net.
- C'est bizarre, y a quelque chose qui va pas. Souffle-t-elle.
Et je ressens cette sensation aussi. Je sors à mon tour, tenant toujours l'arme contre moi, sans vraiment savoir comment m'en servir. Anthony suit, plus calme que moi, mais je vois à sa mâchoire crispée qu'il sent la même tension. Maritza se trouve vers nous, ses cheveux sont tirés à l'arrière. Son regard est dur.
- Restez sur vos gardes, vous m'entendez ? Quoi qu'il se passe, vous courez dans le sens inverse. Et River... garde ton doigt proche de la détente.
Je hoche la tête sans répondre. Mon estomac se serre.
La maison semble abandonnée, mais quelque chose dans l'air me dit que ce n'est pas le cas. Les volets sont entrouverts. La porte est légèrement entrebâillée. Et pourtant... pas un bruit à l'intérieur. Pas même un craquement.
- On entre... doucement. Murmure Miguel.
Le bois du perron gémit sous nos pas. Je sens mon cœur cogner contre mes côtes comme une alarme silencieuse. L'arme tremble dans ma main. Je respire à peine. Ce silence ne semble plus exister, il est tellement sourd, qu'il m'oppresse.
Quand la porte s'ouvre en grand, il n'y a toujours personne. Juste un couloir sombre, des murs aux papiers peints délavés, et cette odeur... une odeur métallique, lourde.
- Du sang... murmure Anthony à mi-voix.
Je sens mes jambes faiblir. Maritza lève la main, nous indiquant de rester derrière elle. Quelque chose nous attend à l'intérieur. Et ce n'est pas un accueil.
Un pas. Deux pas. Maritza avance dans le couloir sombre, arme en main. Anthony reste juste derrière elle, moi à quelques mètres, à l'affût du moindre son. Le silence est si profond qu'il devient irréel.
Puis soudain...
Mon corps est projeté à l'arrière avec une force brutale. Je n'entends plus rien, juste un sifflement aigu, perçant, obsédant. Comme si mes tympans s'étaient déchirés. Je touche violemment le sol, dos contre le bois du perron éclaté, souffle coupé. Ma vision est floue. Des éclats de poussière dansent autour de moi comme des cendres. Des morceaux de murs sont éparpillés, des éclats de verre plantés dans le sol.
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TRUST
RomansaPerdue sur la côte mexicaine, River Mendes cherche juste à survivre. Rejetée, seule, elle décroche un job dans un bar de nuit connu pour ses secrets : La Casa. Un bordel déguisé. Une façade. Derrière le comptoir, Kenan Reyes règne. Froid, intouchabl...
