Chapitre 45

137 5 21
                                        












~







ADAM.


Je fixe mon reflet.

Le miroir est fendu sur le côté droit, comme mon visage. Une longue cicatrice me traverse la joue, souvenir brûlant d'un jour où j'ai cru que la douleur me tuerait. J'ai survécu. Et depuis, chaque matin, je me regarde dans cette glace en me rappelant que rien ne m'efface.

Rien.

Je tiens le Glock dans ma main droite, les doigts enroulés autour de la crosse comme si c'était un prolongement de moi. Le poids est familier. Apaisant. Presque intime.

Je souris. Un sourire sans chaleur. Sans vie.

- Vous pouvez courir, Mais vous êtes trop prévisibles. Tous. Surtout toi, Kenan. Murmurais-je, les yeux rivés sur le miroir.

Je lève l'arme. Vise mon reflet. Tire à blanc, dans le silence. Juste le clic sec. Juste pour le plaisir du geste.

Je sais exactement où ils vont. Le vieux domaine, les routes de contournement. Les stations où ils s'arrêtent. Les gens qu'ils appellent "famille". J'ai même les plans de la cave où ils cachent les armes. Je n'ai rien eu besoin de forcer. Juste... écouter.

Là-bas, chez Kenan, quelqu'un parle trop. Quelqu'un me connaît bien. Très bien. Trop bien.

Je baisse l'arme, lentement. Mon regard glisse sur les éclats du miroir, sur cette cicatrice que même le temps n'a pas osé effacer.

- T'as toujours été lent, Kenan. Trop sentimental. Trop loyal. C'est ce qui te tuera.

Il ne me connais pas, mais moi, j'ai grandis avec sa photo encadrée.

Je réajuste ma chemise, passe une main dans mes cheveux. L'odeur du cigare flotte encore dans la pièce, mêlée au cuir et à la poudre. Dehors, un des gars m'attend, nerveux. Il sait que quand je parle seul, c'est jamais bon signe.

Mais je ne suis pas seul. Je ne l'ai jamais été. Parce que dans l'ombre de ton empire, Kenan, y'a une voix qui me raconte tout. Une voix douce. Fidèle. Je n'ai qu'à écouter. Et attendre.

Je glisse l'arme dans mon holster, ajuste mon blouson. Puis, calmement, je sors. La chasse commence. Et cette fois, je ne rate personne.

Je sors du bureau, le cigare encore fumant au bord des lèvres, et je descends les marches de fer rouillées. Les bruits de la ville sont lointains ici, étouffés par les containers et les carcasses de voitures mortes.

Eden est là. À l'ombre, capuche sur la tête, les bras croisés. Il se redresse dès qu'il m'aperçoit, un peu trop vite, comme un gosse qui veut qu'on le regarde.

- Jefe.

Je m'arrête face à lui, le détaille en silence. Vif. Loyal. Trop jeune pour comprendre le jeu, mais parfait pour y être jeté.

- T'as ce que je t'ai demandé ?

Il hoche la tête, me tend un carnet usé.

- Ouais. J'ai tout suivi comme t'as dit. Les allées et venues, les véhicules, les gens qui rentrent ou sortent. Y'a trois groupes distincts. Le plus actif, c'est celui du mec avec le blouson en cuir noir... Alex, je crois. C'est lui qui fait les repérages.

Je prends le carnet. Le papier est griffonné, les lignes tremblantes par endroits, mais l'info est là. Claire. Précieuse.

- T'as fait du bon boulot, Eden.

Il sourit, fier de lui. Ce genre de reconnaissance, ça se paie pas avec de l'argent. C'est plus fort. Ça crée une dette. Une loyauté vicieuse.

- J'peux faire plus si tu veux. J'ai vu qu'ils allaient bouger bientôt. J'ai entendu parler d'un convoi. Plusieurs voitures. Je peux les suivre.

TRUSTOù les histoires vivent. Découvrez maintenant