Chapitre 49

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EDEN.

Je ne sais pas comment River a pu connaître Kenan, mais je referme la porte derrière moi, prêt à suivre ses plans. Un courant d'air froid me frappe en plein visage... l'hiver ici n'a rien de doux. Décembre au Mexique, c'est la poussière mêlée au vent sec, et la sueur qui colle quand même à la peau.

Je respire fort. Faut que je me calme. Faut que je fasse comme si de rien n'était. Je descends les trois marches du perron, et je le vois, là, adossé contre sa vieille camionnette noir mat.

Adam. Un café à la main, une cigarette coincée entre les lèvres, le regard tranquille. Trop tranquille.

— ¿Ya terminaste con tu hermanita? (Tu as fini avec ta petite sœur ?)

Sa voix fend l'air comme un couteau. Je serre la mâchoire. Un sourire forcé s'étire sur mon visage.

— Sí, patrón. Elle parle pas beaucoup. Elle a peur.

Il hoche lentement la tête, souffle la fumée par le nez.

— Normal. Les femmes comme elle, elles ont la peur dans le sang.

Il se tourne vers moi, ses yeux brillent sous le soleil froid.

— Mais toi, Eden... toi t'as pas peur, pas vrai ? Murmure-t-il comme un poison sur sa langue.

Je ravale ma salive, hausse légèrement les épaules.

— Non, señor.

Il ricane, un rire sec.

— Mentiroso. (Menteur)

Il s'avance, lentement, jusqu'à être à un souffle de moi. Son parfum mélange de cuir, de tabac et de poudre me prend à la gorge.

— J'vois tes mains, chico. Elles tremblent. Tu veux la sauver, ta petite sœur ?

Il tapote ma joue du bout des doigts, presque tendre. Je le regarde sans rien dire. Je sais que chaque mot de travers peut signer ma fin.

— Ce serait con, hein ? Parce que j'pourrais très bien la mettre sur ce vol toute seule. Ou... pas du tout.

Il sourit, mais ses yeux restent vides. Le vent souffle entre nous, glacé. Une cloche tinte au loin, quelque part dans le village. Décembre. Le mois où tout meurt un peu. Je garde le regard fixe.

— Je ferai ce que vous me direz.

Adam hoche la tête, satisfait.

— Bien. Alors tu vas aller chercher le camion. Route nord, deux caisses. Ce soir, on bouge. Et oublie pas ton téléphone cette fois, ¿sí?

Je hoche la tête.

— Sí, patrón.

Il sourit, tape sur mon épaule.

— T'as de la chance d'être de la familia, Eden. Si c'était un autre, j'l'aurais déjà enterré derrière la grange.

Je ris faiblement, mais mes doigts se crispent dans ma poche.

— Gracias, señor.

Il se détourne, entre dans la maison en sifflotant. Je reste dehors, le cœur battant à m'en crever. Je lève les yeux vers le ciel gris. L'air sent la poussière, la pluie qui ne vient jamais, et la peur.

Je sors mon téléphone, celui qu'il m'a laissé. Rien. Pas de réseau. Mais j'ai mon vieux, caché dans ma botte. Je devrais attendre de m'éloigner, trouver un point plus haut. Je murmure, les dents serrées :

TRUSTOù les histoires vivent. Découvrez maintenant