Chapitre 43

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RIVER.

Trois jours.

Trois putains de jours, que Kenan a disparu. Pas un appel, pas un message. Rien. Juste un silence lourd, les murmures des gardes, les messes basses des cousins qui séjournent ici. J'ai essayé de me convaincre que ce n'était rien, que c'était l'une de ses absences habituelles. Mais non. J'en oublie la cause. J'espérais qui reviendrait avec un sourire en coin et du sang séché sur la joue en criant victoire. Mais putain, c'est différent. Tout est différent.

Assise sur le canapé du patio, je serre mon verre entre mes doigts sans vraiment y toucher, Kenan m'aurait sûrement déjà interdit. La légère chaleur fait coller mes cuisses au cuir, et l'odeur de la viande qui grille sur le brasero me donne des hauts le cœur. Ça devrait être une soirée agréable. L'ambiance est festive, colorée, bruyante. Des guirlandes lumineuses s'entrelacent autour des colonnes, la musique de banda résonne à travers le jardin et les domestiques installent déjà les premières décorations de Noël.

Mais je ne pense qu'à lui.

Maritza est a coter de moi, une jambe repliée sous l'autre, les yeux rivés sur son téléphone. Elle a ce petit tic nerveux, ce froncement de sourcils à chaque fois qu'elle actualise ses messages. Je sais qu'elle s'inquiète aussi.

— Toujours rien ? Demandais-je la voix plus fine que je ne l'aurais cru.

— Silence radio. Souffle-t-elle sans me regarder.

Je me mord l'intérieur de la joue, et pose mon verre sur la table basse. L'angoisse commence à se transformer en colère. De l'autre coter du patio, Don Sebastian est installé dans son fauteuil en osier, l'air parfaitement détendu. Il sirote lentement son aguardiente, son chapeau légèrement incliné sur son front un sourire tranquille aux lèvres. Mais ce sont ses yeux qui me dérange. Il sait. Je le fixe un moment avant de me lever et de m'approcher. Il ne bouche pas quand je m'installe face à lui, il se contente de lever son verre dans ma direction, comme si on partageait un foutu moment de convivialité.

— Ou est-il ? Lâchais-je

Je n'ai pas envie de tourner autour du pot, il est le seul ici à avoir du pouvoir sur Kenan, et surtout, il est le seul à ne pas avoir l'air inquiet. Don Sebastian hausse un sourcil avant de poser son verre sur l'accoudoir.

— Bonjour à toi aussi, River.

— Épargne-moi ça, je sais que tu sais où il est. Dis-je en m'appuyant contre la table.

Il prend son temps. Lisse le tissu fin de sa chemise blanche, ajuste sa bague en or.

— Kenan est un grand garçon, il va bien. Répond-t-il d'un ton léger.

— Alors où il est ?

Son sourire s'élargit, mais il ne répond pas. Il se contente de tapoter l'accoudoir du fauteuil, comme si la conversation ne l'intéressait pas.

— Tu devrais profiter de ta soirée, mija. Noël approche, c'est une période pour célébrer, pas pour s'inquiéter. (Chérie.)

Ma gorge se serre. Il esquive, il me prend pour une conne.

— Pourquoi tu ne veux pas me le dire ? Demandais-je la voix plus basse.

Il attrape lentement son verre tout en me regardant, putain il a ce regard...Kenan a identiquement le même. Il fait tournoyer son verre entre ses doigts.

— Par ce que parfois, certaines choses ne concernent que les hommes. Souffle-t-il avant de porter l'alcool à ses lèvres.

Un frisson glacer me parcours le dos. Il sait exactement où est Kenan, mais il ne me le dira pas. Puis soudain, quelques éclat de rire annoncent l'arrivée de deux personnes. Une voix masculine, enjouée, un peu trop bruyante et reconnaissable. Suivie d'un léger rire, plus mature, plus doux. Je me redresse légèrement, le regard attiré par la silhouette qui approche. Alex. Son sourire est large, une énergie plutôt...débordante, comme d'habitude. Il claque des mains, fait tournoyer une bouteille de tequila entre ses doigts avant de la déposer sur la table.

TRUSTOù les histoires vivent. Découvrez maintenant