Epilogue

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Ma mère me serra fort contre elle en laissant exploser sa joie dans mon oreille gauche. Je grimaçais légèrement en lui rendant son étreinte.
— Je suis tellement heureuse !
Quelques heures auparavant, elle s'était unie à James officiellement, devenant ainsi sa femme. Lors de la cérémonie, elle avait réussi à contenir son bonheur, mais pas ses larmes. À présent que nous étions dans le parc de la salle qu'elle avait réservé pour célébrer son mariage, elle avait besoin de tout extérioriser.
— Je suis vraiment contente pour toi, maman, lui dis-je alors qu'elle s'écartait de moi.
Je lui adressais un franc sourire, heureuse de voir ma mère épanouie.
— Tu es ma petite fille chérie, toi. J'ai tellement de chance de t'avoir.
Elle avait les yeux brillants d'émotion et me caressait doucement la joue.
— Maintenant, tu as aussi James. Il est parfait pour toi. Il te correspond tout à fait.
— Tu veux dire qu'il sait canaliser ma folie ? demanda-t-elle en s'esclaffant.
— Exactement.
Nous nous mîmes à rire dans la pénombre de la nuit qui commençait à tomber.
Ma mère avait dû reporter son mariage, après les évènements qui étaient survenus quelques mois plus tôt.
Neil avait été dans le coma pendant presque trois mois et quand il s'était réveillé, après ma venue à son chevet, il avait dû rester à l'hôpital encore deux mois de plus, afin de se remettre sur pied. Même quand il avait pu revenir à la maison, il avait fallu prendre soin de lui car il était toujours un peu affaibli. Naturellement, mon oncle avait protesté quand on lui avait dit de ne pas reprendre son travail pour le moment. Rester en convalescence et tourner en rond dans la
maison ne lui convenait absolument pas. Mais il avait vite compris que ma mère et moi étions bien décidées à le surveiller et à prendre soin de lui, aussi, il avait finalement arrêté de râler et avait fini par accepter son sort.
— Ça va ? Tu veux t'asseoir ? me demanda soudain ma mère.
— Non, ça va. Je n'ai pas mal, la rassurais-je en lui souriant.
Depuis mon accident, comme nous l'avions fait croire à tout le monde, je souffrais de temps à autre d'une légère douleur dans le dos quand il m'arrivait de rester trop longtemps debout. Les médecins avaient dit que c'était tout à fait normal et qu'il était même fort probable que je souffre de cette douleur pendant de nombreuses années.
Il fallait admettre que Peter n'y était pas allé de main morte et m'avait laissé de nombreuses séquelles dont je n'étais pas encore tout à fait guérie, même après six mois. La plus importante étant la cicatrice qui me barrait la poitrine, juste au-dessus de mon sein gauche. Elle me rappelait constamment que j'avais bien failli me faire
arracher le coeur par un Waldren. Si un jour, dans ma vie, je me mettais à douter de leur existence, cette cicatrice était là pour me souvenir que ces créatures étaient bel et bien réelles.
— Je crois qu'il y en a un qui s'inquiète pour toi, me chuchota ma mère en regardant derrière moi.
Je me tournais pour suivre son regard et mon coeur s'emballa derechef en voyant Eden. Il m'observait de son regard pénétrant, éblouissant dans son costume en velours noir brodé. Il était littéralement à couper le souffle.
Tous les regards s'étaient tourné vers nous (enfin, vers lui, plus précisément) quand nous étions arrivé sur les lieux de la réception. Je savais que les invités se demandaient comment une fille aussi banale que moi pouvait être avec un homme
aussi beau qu'Eden. Mais je ne pouvais pas leur en vouloir de se poser la question, étant donné que je me la posais régulièrement moi-même.
Pourtant, ma relation avec Eden était, elle aussi, bel et bien réelle.
— Vous allez tellement bien ensemble, me souffla ma mère à l'oreille tandis qu'Eden, qui avait capté mon regard, s'avançait vers nous.
— Tu trouves ? demandais-je, les yeux rivés sur lui, comme la plupart des invités devant lesquels il passait.
— Ma chérie, tout le monde le pense ! dit-elle en roulant des yeux avant de se mettre à rire.
Je secouais la tête doucement.
— Tu exagères.
A mon avis, il n'y avait qu'elle qui pensait cela et éventuellement mon oncle qui avait davantage d'estime et de respect pour Eden depuis qu'il m'avait sauvé la vie.
— Même pas ! Je te signale que c'est mon mariage et que je connais très bien toutes les personnes présentes. Je peux t'assurer qu'ils m'ont tous dit la même chose, me répondit ma mère.
Je me tournais vivement vers elle, les yeux ronds.
— Que t'ont-ils dit, exactement ?
Elle m'adressa un sourire radieux.
— Que rien qu'à la façon dont vous vous regardez, il était évident que vous étiez très, très amoureux l'un de l'autre. Et tu sais, comme moi, qu'ils ont raison.
Je me sentis m'empourprer et m'empressais de boire une gorgée de mon verre pour me donner contenance et cacher mon malaise.
— Vous vous aimez à la folie, ça crève les yeux, rajouta-t-elle.
J'étais bien incapable de la contredire. J'étais complètement éprise d'Eden, cela ne servait à rien de le nier.
— Il a été tellement prévenant lors de ta rééducation, reprit ma mère. Il venait tous les jours à l'hôpital et était très attentif à tes besoins. Même quand tu as pu retourner à la maison, il ne t'a pas lâché une seule seconde. Je ne sais pas ce qui vous lie à ce point l'un à l'autre, mais il est clair que vous partagez quelque chose de fort, tous les deux.
Je ne pus retenir un sourire. Elle n'imaginait pas comme elle avait raison.
En l'espace de quelques mois, à peine, j'avais créé quelque chose avec Eden de profond et de solide, sans même m'en rendre compte au départ.
— Je suis profondément heureuse pour toi, Wendy, me dit ma mère, les yeux remplis de larmes. J'ai eu peur, au tout début, quand tu as décidé de partir vivre avec ton oncle, que tu étais prête à faire preuve de résilience et à rester à Anmore Cove même si tu ne t'y plaisais pas.
Je la regardais, ébahie.
— Vraiment ?
Elle hocha la tête.
— Je sais que tu ne serais pas revenue à Olympia de toi-même par peur de perturber ma nouvelle vie avec James.
Je baissais les yeux sur mon verre. Là encore, elle n'avait pas complètement tort.
— Mais quand je suis venue te voir à l'improviste, il y a quelques mois de ça, tu ne peux pas savoir comme j'ai été rassuré.
Je relevais les yeux vers ma mère qui me regardait avec tendresse.
— J'ai constaté de mes propres yeux que si tu restais avec Neil, c'était parce que tu te sentais bien là où tu étais. Pour une fois, tu ne faisais pas les choses pour les autres mais pour toi, pour ton bien-être. Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis heureuse que ma petite fille, que j'aime éperdument, ait enfin trouvé sa place.
Des larmes s'échappèrent de ses yeux et je sentis les miens me piquer. Oui, j'avais trouvé ma place à Anmore Cove. Je me sentais bien là-bas, bien mieux qu'à Olympia. J'étais toujours attachée à ma ville natale, bien sûr. Mais si Olympia représentait mon enfance et mon passé, Anmore Cove était synonyme de renouveau et d'avenir. Et
évidemment, ma rencontre avec Eden avait marqué profondément ma nouvelle vie ici.
Il m'avait apporté bien plus que ce que j'aurais pu imaginer.
Au travers de son propre passé, mais aussi de ceux de Judy, de Christian ou d'Elena, j'avais pris conscience que nous avions tous le choix de se laisser définir ou non par nos souffrances et notre famille. Chacun avait choisi de réécrire son histoire, à sa façon, pour qu'elle leur corresponde totalement et qu'elle soit fidèle à ce qu'ils étaient réellement au fond d'eux.
Ils étaient des Waldrens. C'était un fait et ils ne pourraient jamais changer cela.
Mais malgré leur condition, ils avaient réussi à prouver que l'humain était capable de prendre le dessus sur la créature. Ce n'était qu'une question de choix et de détermination.
Si un Waldren décidait d'être bon et de faire le bien, il était capable de devenir meilleur que n'importe quel homme. Au final, il n'y avait pas tellement de différence entre un Waldren et un humain. Le plus important, c'était la condition du coeur.
Je me rendais compte que c'était cela qu'Eden m'avait permis de comprendre. Bien sûr, avec lui, j'avais aussi connu le plus beau sentiment qui puisse exister. Mais si j'étais tombée amoureuse de lui, ce n'était pas à cause de son physique,
pourtant très avantageux, ou parce qu'il possédait des pouvoirs hors du commun.
Non. Ce qui me faisait aimer Eden c'était sa personne intérieure. Tout ce qui le constituait et le définissait.
J'avais dû user de patience avant qu'il ne me fasse suffisamment confiance pour me révéler tous ses secrets. Mais quand il avait finalement briser la carapace qu'il s'était forgé, j'avais eu l'opportunité de découvrir le vrai Eden.
Un Eden qui était vulnérable et qui avait peur de reproduire les mêmes erreurs que son père.
Un Eden qui vouait un amour indéfectible pour sa mère et qui portait le poids de la culpabilité pour ce qui lui était arrivé.
Un Eden qui se remettait constamment en question pour savoir s'il était réellement quelqu'un de bien et qui était prêt à tout pour ne pas se laisser définir par son Waldren.
Un Eden qui devait lutter contre la haine et le dégoût qu'il éprouvait pour lui-même.
Un Eden qui condamnait les actions malveillantes de son propre frère, mais qui, pourtant, ressentait de la peine et de la pitié pour lui.
Un Eden qui avait cru, pendant longtemps, ne pas être digne d'être aimé par qui que ce soit et qui considérait, encore aujourd'hui, que c'était un cadeau précieux qu'on lui avait fait mais dont il ne se sentait pas légitime.
Un Eden qui était prêt à tout pour protéger ceux qu'il aimait et qui donnerait volontiers sa vie pour eux.
C'était de ces différents Eden et de leur complexité dont j'étais tombée amoureuse.
J'avais, effectivement, trouvé ma place. Non seulement à Anmore Cove, chez mon oncle, mais aussi aux côtés d'Eden et de sa famille.
Etrangement, j'avais la sensation que je laissais derrière moi l'ancienne Wendy pour revêtir entièrement la nouvelle. Cette image, quelque peu nostalgique, me procura un petit pincement au coeur. Mais je n'étais pas triste, pour autant. En vérité, j'avais plutôt hâte de découvrir de quoi serait fait mon avenir.
J'étais impatiente de le vivre.
Mon regard s'attarda sur Neil, qui était en pleine discussion avec Judy, un peu plus loin, et bizarrement, un flash de mon père me revint en mémoire.
Je me revis enfant, sur ses épaules, lors de notre sortie au zoo. La dernière fois où je l'avais vu.
Généralement, ce souvenir avait de quoi me compresser la poitrine et je me mettais à pleurer toutes les larmes de mon corps.
Mais pas cette fois.
Je pris conscience que si mon père n'avait pas décidé de partir, jamais je n'aurais eu l'idée de partir vivre à Anmore Cove, avec mon oncle. Jamais je n'aurais crée un lien particulier avec Neil et jamais je n'aurais rencontré Eden.
Mais plus important encore, je ne serais jamais devenue celle que j'étais aujourd'hui.
Finalement, c'était plutôt un mal pour un bien et je ne pouvais que remercier mon père d'avoir pris cette décision.
Une sensation de paix m'envahit toute entière tandis que l'image de mon père disparaissait progressivement de mon esprit, pour laisser la place à celui du feu de signalisation qui me tourmentait tant depuis des années.
Ce n'était plus le cas, désormais. J'avais enfin pris mon courage à deux mains et décidé d'enclencher la première pour vivre ma vie. Celle qui m'attendait aux côtés de tous les gens fabuleux que j'avais autour de moi.
Je posais mon regard sur Eden qui arrivait à notre hauteur. C'était lui mon avenir, à présent.
— Toutes mes félicitations, Rebecca, dit Eden de sa voix de ténor à ma mère qui essuyait discrètement le coin de ses yeux.
— Je t'en prie, appelle moi Rebby, lui dit-elle en s'avançant vers lui. Tu es de la famille, désormais.
Sur ces mots, elle le prit dans ses bras. Eden se laissa faire, un sourire à mon égard par dessus l'épaule de ma mère. Je le lui rendis, plus heureuse que jamais.
Ma mère en profita pour glisser quelque chose à l'oreille d'Eden et son sourire s'élargit. Il lui répondit, sans que je ne parvienne à entendre, et ma mère éclata de rire.
— Aucun doute à ce sujet, lâcha-t-elle, hilare. Bon, où est mon nouveau mari ? Je sens que c'est le moment idéal pour ouvrir le bal.
Elle s'éclipsa après m'avoir embrassé sur la joue et adressé un clin d'oeil. Je me tournais alors vers Eden, ma curiosité piqué au vif.
— Qu'est-ce qui vient de se passer, là ?
Eden affichait son petit sourire espiègle.
— C'est un secret entre ta mère et moi.
Il me prit la coupe des mains et but une gorgée, tandis que je le dévisageais.
— Je croyais qu'il n'y avait pas de secret entre nous, dis-je en levant un sourcil.
— Je ne voudrais pas trahir la confiance de ta mère. Elle a dit que j'étais de la famille.
Je levais les yeux au ciel, non sans me retenir de sourire. Eden se pencha vers moi et déposa un doux baiser sur mes lèvres. Même brefs, ses baisers avaient le don de me transporter et de me retourner le coeur.
— Tu ne vas vraiment rien me dire ? insistais-je, le regard suppliant, alors qu'il finissait mon verre.
Il tourna ses prunelles vers moi avant de soupirer. Je savais qu'il était incapable de résister quand je le regardais de cette manière.
— Tu es une manipulatrice, murmura-t-il.
— Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, dis-je innocemment en papillonnant des yeux.
Il plissa légèrement les siens avant de se détourner.
— Alors ?
Eden m'adressa un sourire charmeur avant de se pencher vers moi.
— Je t'ai déjà dit que tu étais magnifique ? susurra-t-il à mon oreille.
Je sentis des frissons me parcourir les bras et je ne pus m'empêcher de regarder autour de nous pour vérifier que personne ne nous épiait.
— C'est de la triche, soufflais-je alors que sa bouche effleurait lentement mon cou, juste sous mon lobe.
— Il n'y a aucune triche. Je pense sincèrement ce que je dis. Tu es la plus belle de la soirée. Et cette coiffure qui dégage ton cou, c'est extrêmement bien pensé, poursuivit-il en caressant ma mâchoire de son nez.
Une douce chaleur m'enveloppa entièrement, mais je continuais à balayer les alentours du regard, de crainte qu'on nous surprenne. Mais il n'y avait personne qui se souciait de nous. Ils s'étaient tous rassemblés autour de la piste de danse pour regarder ma mère et James ouvrir le bal. Personne ne faisait attention à nous, dans le
recoin des rosiers.
— C'est l'oeuvre de Judy, répondis-je en tâchant de réguler ma respiration.
Elle avait effectivement insisté pour que je la laisse dompter mes boucles pour l'occasion. Si j'avais été réticente au début, j'avais finalement céder et l'avait laissé faire. Quand j'avais vu le résultat, j'avais été moi-même choquée de mon reflet dans le miroir. Elle avait simplement relevé mes cheveux en un chignon ample, laissé
quelques mèches s'échapper pour plus de naturel, et avait glissé des petites fleurs par ci par là. Mais le rendu était vraiment très joli et s'accordait parfaitement avec la robe verte émeraude que ma mère et elle avaient choisi pour moi.
— Je penserais à la remercier alors, dit Eden en attrapant délicatement mon visage d'une main tout en m'attirant à lui de l'autre.
Sa bouche se posa sur la mienne et je fermais les yeux pour me laisser imprégner des sensations qui ne tardèrent pas à envahir tout mon être.
A chaque fois que j'échangeais un baiser avec Eden, plus rien n'existait autour de nous. Mon coeur était sur des montagnes russes et je perdais complètement le contrôle de moi-même. C'était complètement grisant.
Mais en cet instant, j'étais consciente qu'il tentait de détourner la conversation. Or, j'étais bien décidée à lui rappeler qu'il n'avait pas répondu à ma question.
Je posais mes mains à plat sur son torse ferme, que je sentais sous sa chemise immaculée, et le poussais pour le forcer à s'écarter de moi. Il comprit le message et obtempéra, un sourire collé aux lèvres.
— Ma tentative n'a pas marché, on dirait, dit-il amusé.
— Je commence à te connaître, Eden, répliquais-je, à bout de souffle.
Il rit doucement, son front contre le mien.
— Ça valait quand même le coup.
Je ne pouvais pas dire le contraire.
— Tu vas me dire ce dont vous parliez avec ma mère, oui ou non ? m'agaçais-je avec un sourire.
— Elle m'a simplement remercié de prendre soin de toi et m'a demandé de continuer à le faire.
Je regardais au loin ma mère qui dansait avec son mari, les yeux plongés dans les siens, un grand sourire illuminant son visage.
— Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?
— Que je continuerais, jusqu'à ce que tu en aies marre de moi, me glissa-t-il avant d'embrasser ma tempe.
Je levais les yeux au ciel, comprenant mieux la réponse que ma mère lui avait donné en riant.
— Comme si ça pouvait arriver.
— On ne sait jamais.
— Bien sûr que si, on le sait ! ripostais-je en me tournant brusquement vers lui.
Je vis ses prunelles s'assombrirent en fixant l'autre côté de la piste de danse. Je suivis son regard et vis Judy qui nous observait, les lèvres pincées, avant de m'adresser un petit sourire. Je le lui rendis mais compris qu'il se passait quelque
chose qu'Eden ne m'avait pas encore dit. Avant que je ne puisse poser la moindre question, il glissa un bras autour de ma taille.
— Viens.
Il m'entraîna vers les jardins du domaine, nous éloignant progressivement de l'ambiance festive. Je sentis un poids alourdir mon estomac en imaginant ce qu'Eden allait bien pouvoir me révéler.
Nous arrivâmes dans un petit recoin arrondi entouré de rosiers aux roses rouges éclatantes. Un petit banc était disposé sur le gravier mais il n'y avait pas d'éclairage. Seule la lune, qui brillait au-dessus de nos têtes, suffisait à nous permettre de voir.
— Que se passe-t-il ? demandais-je sans attendre.
Eden n'avait pas desserré les mâchoires depuis qu'il avait croisé le regard de Judy.
Son expression soucieuse suffit à augmenter ma panique.
— Je ne voulais pas t'en parler parce que j'avais peur de t'en rajouter, me dit-il alors. Tu t'occupais de Neil et tu aidais ta mère pour les préparatifs de son mariage, ce n'était pas le bon moment.
Je le regardais attentivement. Ainsi, ce qu'il avait l'intention de me dire ne datait pas d'hier, mais d'au moins un mois en arrière.
— Eden, qu'est-ce qui se passe ? répétais-je, la peur me faisant trembler légèrement.
— Christian a découvert qu'une vieille connaissance était en ville, lâcha-t-il d'un coup.
— Une connaissance ? Tu veux dire un Waldren ?
Eden hocha la tête gravement. Si sa révélation m'avait quelque peu rassuré, l'expression qu'il affichait me disait que c'était plus grave que cela en avait l'air.
— Ce n'est pas n'importe laquelle, pour être tout à fait honnête, ajouta-t-il.
Il s'avança de quelques pas, son regard rivé au mien.
— C'est Franz.
Sa voix avait résonné comme un couperet. Une chouette hulula au-dessus de nos tête, alors que non loin de nous, j'entendais les invités pousser des exclamations de joie, signe que la fête se poursuivait toujours.
— Tu veux dire..., commençais-je avant de déglutir. Celui qui...
— A tué mon père, oui, termina-t-il à ma place.
Je tentais de déchiffrer son expression, mais n'y parvint pas, ce qui redoubla mon anxiété.
— Christian l'a flairé à quelques mètres de l'entrepôt.
— Qu...quoi ? m'exclamais-je, horrifie.
— Il a été malin. Il est resté suffisamment à l'écart pour ne pas être repéré par Peter. Il doit savoir que son flair n'est pas aussi puissant.
Je le regardais, essayant de rassembler les pièces du puzzle.
— Tu es en train de me dire que Franz était là quand Peter me torturait ? demandais-je d'une voix blanche.
Eden pinça les lèvres tandis que je prenais conscience que la seule créature qui aurait pu arrêter Peter et venir à mon secours n'avait rien fait, mais s'était contentée d'assister au spectacle.
Un frisson me parcours l'échine et je me mis à trembler légèrement.
— Pourquoi est-il revenu ? finis-je par demander.
— Ça, c'est le mystère qu'on va tenter d'élucider avec Christian.
— Tu penses qu'il a quelque chose en tête ?
— Franz ne se déplace jamais sans raison, répondit-il de manière catégorique. Et même s'il nous a délivré du monstre qui me servait de père il y a des années de cela, je sais qu'il peut être très dangereux.
Une sueur froide coula dans mon dos. Eden constata mon trouble et apparu devant moi pour me caresser la joue.
— Ne t'en fais pas, me dit-il. Tout ira bien, je te le promets.
— Tu ne crois pas que Peter va finir par revenir pour se venger de lui ?
Eden colla son front contre le mien.
— Je te promets que je ne le laisserais plus t'approcher. Il ne te fera plus aucun mal, Wendy, je t'en donne ma parole. Je ne referais pas la même erreur.
Comme pour me convaincre de sa sincérité, il se pencha vers mes lèvres et les captura entre les siennes dans un baiser tendre. Je me laissais aller et finis même par le croire. Du moins, l'espace d'un instant.
Les machinations tortueuses que Peter avait inventé me revinrent en mémoire et je ne pus m'empêcher de me dire qu'il avait été à deux doigts de me tuer. Si Neil ne m'avait pas trouvé, par je ne savais quel miracle qu'il fallait encore éclaircir, je serais morte. Peter avait pu berner tout un clan de Waldren pour arriver à ses fins.
Il était fort, il fallait bien le reconnaître.
Je savais que ce qui s'était passé avait rendu Eden encore plus méfiant, encore plus vigilant. Il s'en voulait encore pour ce qui m'était arrivé et mettait un point d'honneur à me protéger. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de me dire que Peter reviendrait tôt ou tard pour finir ce qu'il avait commencé. Et que son plan serait encore plus machiavélique que le premier.
Eden rompit notre baiser et constata ma préoccupation.
— Wendy, je sais que ça te fait peur, chuchota-t-il. Mais il faut que tu me fasses confiance.
Je soupirais doucement.
— Je te fais confiance, Eden. Mais on ne peut pas passer notre vie avec cette épée de Damocles au-dessus de la tête. Je n'ai pas envie que vous soyez constamment sur votre garde pour me protéger, comme je n'ai pas envie de ressentir tous les jours cette angoisse de me faire attaquer par Peter à n'importe quel moment. C'est épuisant de vivre dans la peur.
Eden me caressa délicatement la joue.
— Je sais et je suis sincèrement désolé de te faire vivre tout ça, crois moi.
Il inspira profondément avant de reprendre la parole.
— C'est pour cette raison que j'ai pris une décision.
Je fronçais les sourcils tout en l'interrogeant du regard.
— Quelle décision ?
— Je vais me servir de la venue de Franz pour attirer Peter ici.
J'ouvrais de grands yeux hébétés. Eden s'était approché des roses qui nous entourait et en coupa une qu'il contempla un bref instant en la faisant tourner entre ses doigts.
— J'aurais dû prendre cette décision depuis un bon moment, dit-il gravement.
— Quoi ? Quelle décision ? demandais-je, craignant sa réponse.
Il revint vers moi et je posais mes yeux sur la fleur qu'il avait cueilli. Je reconnus aisément sa teinte de rouge si particulière. Un rouge d'aniline, particulièrement vif et éclatant, qui n'était plus très réputé car son pigment manquait de stabilité.
Eden prononça alors les mots que je redoutais, le regard brillant de détermination.
— Il est temps que j'élimine définitivement mon frère.

A suivre...

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