Une drôle d'impression m'envahit. Désagréable et extrêmement douloureuse. Une sensation étrange de sentir mon esprit quitter progressivement mon enveloppe charnelle. Pourtant, si tel était réellement le cas, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose.
J'étais morte.
J'avais fini par succomber aux tortures que Peter m'avait infligé, et je me laissais partir, petit à petit.
Mais quelque chose clochait dans ce scénario. Si j'étais morte, pourquoi je ressentais toujours la douleur ? Et elle était encore plus saisissante que tout ce que j'avais pu endurer jusqu'à présent.
Au début, j'eus du mal à l'identifier. Mon corps tout entier me faisait souffrir atrocement, alors c'était plutôt difficile de savoir où j'avais le plus mal. Mais je finis par sentir des mains au niveau de ma poitrine, et c'est à ce moment-là que je fus
capable de dire que c'était mon coeur qui me torturait.
Un cri retentit soudain, me vrillant les tympans. Je tentais de me boucher les oreilles, mais des bras puissants emprisonnèrent mes poignets, m'empêchant de bouger. Le cri redoubla d'intensité.
Qu'est-ce qui était en train de se passer ?
Je tâchais de rester calme et de ne pas céder à la panique.
Soudain, des voix s'élevèrent à mes côtés, à l'intonation inquiète. Je ne comprenais pas ce qu'elles disaient, mais l'une d'elles emballa mon coeur et le hurlement se refit entendre.
J'eus alors l'impression qu'une bulle venait d'éclater dans mon cerveau et j'ouvris les yeux en grand. Je ne distinguais que des silhouettes, penchées au-dessus de moi, à cause de la pénombre.
Le hurlement n'avait pas cessé.
Mes yeux s'habituèrent peu à peu à l'obscurité et je crus percevoir les traits du visage qui se pencha vers moi.
Eden.
J'avais la sensation que mon coeur cherchait à sortir de ma poitrine, tellement il battait fort et tellement il me faisait mal.
Je compris soudain, avec horreur, que c'était moi qui était en train de hurler comme une forcenée sous la douleur, bien que j'étais incapable de comprendre ce qui m'arrivait.
La panique me gagna et je commençais à me débattre furieusement, accentuant la douleur dans chaque partie de mon corps, et criant à la mort.
Pourtant, je n'étais pas morte.
C'était la seule pensée rationnelle que je parvins à avoir. Même si, d'après mon état, il était fort possible que je ne m'en sorte pas, sinon, pourquoi aurais-je autant mal ?
Une sensation de froid m'envahit toute entière et je me mis à trembler violemment.
Je vis le magnifique visage d'Eden se décomposer. J'aurais voulu lui dire de m'achever. Je ne voulais plus souffrir, j'en avais assez de lutter contre la douleur qui me saisissait de toutes parts. Je voulais que cela s'arrête.
J'essayais de lui jeter un regard pour qu'il comprenne ce que je lui demandais, mais il détourna les yeux et les leva vers la silhouette qui se tenait à ma droite.
— C'est à cause de moi ? crus-je l'entendre demander d'une voix tremblante.
— J'en ai bien peur, répondit la voix féminine qui avait posé ses mains sur mon coeur.
Sur mon coeur. Littéralement.
Elle était en train, avec ses doigts, de palper mon organe vital qui s'affolait de plus belle.
Pourquoi pouvait-elle avoir accès à l'intérieur de ma poitrine avec ses doigts ?
J'imaginais soudain ma poitrine ouverte, laissant apparaitre mon coeur à la vue de tous. Mon estomac se souleva derechef et je me tournais sur le côté pour vomir.
— Tiens lui la tête, Eden, ordonna la voix féminine que je n'arrivais toujours pas à reconnaître. Et fais attention à son épaule.
Je sentis les mains d'Eden glisser doucement dans le creux de mon cou pour me soutenir la tête pendant que je me vidais.
— Elle vomit du sang, dit Eden, le ton encore plus paniqué qu'au début.
Je sentis ma tête devenir lourde, avant qu'Eden ne la repose doucement sur le sol.
— Rose, s'il te plaît, dis-moi qu'elle va s'en sortir, implora la voix d'Eden, que j'entendais moins distinctement, à présent.
C'était donc Rose qui était à mon chevet. Cela n'était pas très étonnant, elle avait été infirmière d'après Eden.
Elle lui répondit quelque chose, mais mon esprit était trop loin pour comprendre ce que c'était.
Je sentis des mains me maintenir fermement, tandis que d'autres m'attrapaient le bras à l'épaule cassée. Soudain, un craquement horrible retentit à mes oreille et je me mis à hurler de douleur.
— Ça va aller, Wendy, entendis-je la voix d'Eden à mon oreille. Je te promets que ça va aller. Rose t'a remis ton épaule en place.
Je sentis les larmes couler sur mon visage tandis que je gémissais de douleur.
— Il faut l'amener, maintenant, dit Rose. Sans perdre de temps.
On me souleva du sol et je me retrouvais dans les bras d'Eden qui s'empressa de se diriger vers la porte de l'entrepôt.
Le vent du dehors me fit frissonner, tandis qu'il tournait à droite, longeant la barrière de sécurité où, plus bas, les vagues de la mer s'écrasaient avec fracas contre les rochers.
Le souvenir de Peter jetant mon oncle par-dessus la balustrade me revint en mémoire et j'étouffais un sanglot qui me transperça le coeur, m'obligeant à me recroqueviller un peu plus.
— Tout va bien, mon amour, dit Eden en se penchant légèrement vers moi.
Je tournais mon visage contre son torse, à moitié consciente de ce qui se passait.
— Neil..., me lamentais-je faiblement tout en pleurant.
Je n'eus pas le temps d'entendre sa réponse, je perdis connaissance avant qu'il n'ait pu atteindre la voiture.
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Anmore Cove
ParanormalA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
