1-26 | Neïss (Quartiers pauvres de Solaris)

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Je suis agenouillée à côté d'une femme blessée. Elle a reçu un poignard dans les côtes, la blessure saigne abondamment. Une petite fille en larmes lui tient la main, indemne elle. Sa mère a dû être touchée en la protégeant. Je souris à la petite fille.

"Ta maman ira bien, je dois juste lui enlever sa flèche et lui faire un pansement.
-C'est les méchants hommes rouges... ils ont voulu me taper, alors maman s'est mise devant moi et il lui on fait mal...
-Shh, les méchants hommes rouges sont partis tout va bien maintenant, je suis là et ta maman n'est plus en danger. Tiens, regarde ce que j'ai pour toi."

Je sors une noisette de ma sacoche et je verse dessus une goutte de fluide transparent. La petite fille ne se doute de rien et l'avale goulûment. À peine quelques secondes plus tard sa tête s'affaisse et sa respiration excitée se fait plus calme et régulière. Je n'aime pas avoir recours aux somnifères, surtout à l'insu des gens, mais je ne voulais pas qu'elle regarde la scène qui va suivre.
Je récupère le couteau que j'avais posé dans les charbons d'un brasero quelques minutes auparavant. Je serre les dents alors que la lame rougeoyante fouille la chair pour retirer la pointe effilée de la flèche. Une fois ceci fait, j'applique rapidement le plat de la lame sur la chair à vif pour cautériser la plaie, puis j'applique un onguent réparateur sur le tout, et enfin je lui noue un bandage autour des côtés.

Je range mes affaires dans ma sacoche et je me lève. Autour de moi, des scènes identiques se produisent. Les combats ont cessé depuis maintenant vingt minutes et les vivants doivent s'occuper des blessées et des mourants, ainsi que de l'évacuation des corps. La nuit promet d'être longue. Je remarque que la lumière a énormément baissé, malgré la lune sanglante, plus imposante que jamais, qui déverse sur nous ses rayons carmin. J'emprunte une torche à un groupe de survivants, mais même la flamme dansante ne donne assez de lumière que pour voir à quelques mètres devant moi. La noirceur qui envahit les rues semble être physique, comme une vague d'eau noire qui se répandrait dans la ville. Je resserre le col de ma tunique et je m'enfonce dans les ténèbres. Oui, la nuit va être longue, très longue.

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