Le sol pavé de la cathédrale est recouvert de paillasses de fortune sur lesquelles sont allongés les rescapés. La taille, la solidité et l'isolation de cet immense bâtiment en pierre en ont fait le lieu idéal pour établir un hôpital temporaire dans lequel nous pouvons nous occuper d'un maximum de blessés, qu'ils soient anges, démons ou simplement des humains pris dans la tourmente. Partout dans la grande nef, des braseros ont été allumés, mais leur lumière diffuse se noie dans les rayons carmin de la lune rouge, qui semble remplir le ciel à elle seule, et qui braque son regard sanglant sur une Solaris exsangue. J'évolue entre les paillasses, en tenant à deux mains un panier rempli de bandages propres. Tous atours de moi, des gémissements, des pleurs, qui se mêlent en un chœur dans lequel des centaines d'âmes expriment leur désarroi et leur impuissance face à des événements qui les dépassent. Qui me dépasse.
Je chantonne une berceuse en bandant le bras d'un enfant, il me sourit malgré la sueur qui perle sur son front, il me fait confiance. Je l'envie, moi je n'ai personne pour effacer mes doutes et mes appréhensions.
