36. La Porte

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  Cité-monastère d'Uthaïhadda.

Planète Acora.

Le visage du frère Kaurès, déjà austère à l'habitude, avait pris dans la lueur des flammes un air plus grave encore.

— Ceux de Subhuti viennent de le confirmer.

Le vieux Khesan ne pouvait le croire :

— Il faut qu'ils en soient certains.

— Ils le sont, Khesan. Une Porte s'est manifestée.

Le long moment de silence qui suivit sembla lier en une même étreinte les quatre êtres qui s'étaient réunis par cette nuit glaciale. Tous les quatre se posaient la même question. Et tous attendaient la même réponse.

— Quel est ton sentiment, Luodd ? demanda Khesan à celui qui se tenait immobile et silencieux depuis le début des échanges.

Le vieux Tebbek se leva et alla réchauffer ses mains au-dessus du foyer.

— Je ne peux encore me prononcer... Toutefois, notre lanceur de runes a vu en ce Semahad nommé Jaadhur les meilleurs signes. Je sens en lui beaucoup de force et de bravoure.

— Il est encore bien jeune, remarqua Kaurès.

— Nous l'avons tous été un jour, lui retourna Khesan en souriant.

Le sage Ioban prit la parole :

— Il se pourrait que ce soit lui.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? objecta Kaurès.

— La porte m'est apparue en songe la nuit où le Jathikan les a menés ici.

— Vous accordez trop d'importance aux visions prescientes et aux clairvoyants. Fions-nous à notre sagesse avant tout.

— Tu as entièrement raison, Kaurès le pragmatique, lui retourna Ioban en le toisant un peu. Si une Porte est apparue, quelqu'un devra la franchir.

— Oui, reprit Khesan, que ce soit lui ou un autre... quelqu'un devra franchir la Porte.

— Kaurès fait bien de se montrer objectif, dit le Tebbek. Cependant, tous les signes convergent vers cet humain semahad.

Khesan acquiesça :

— Nous devrons considérer cela aussi.

Le vieil Homme porta sa main à son front.

— Je ne situe pas bien...

— Thïa, répondit Ioban. Elle gravite dans le système de Noor.

— Ah oui, j'y suis. La galaxie Tamō. Elle a connu des jours meilleurs, si je ne me trompe pas.

— La Fédération intersystème de Tamō a beaucoup de mal à imposer son autorité dans ce système, expliqua Luodd. Il abonde de populations rebelles qui entretiennent de violentes guerres d'indépendance depuis des générations.

— « Ivad jïvo jabbka tahl d'redda »... Les portes s'ouvrent toutes dans le feu, cita Ioban.

Khesan lissait sa longue barbe, pris dans ses pensées. Il revint à lui soudainement :

— La première Porte est apparue avec la naissance de notre cosmos. Nous sommes à présent confrontés à une seconde Porte.

— Espérons que ce ne soit pas la dernière, dit le Tebbek.

— C'est un fait de la plus haute importance, reprit Khesan. Nous allons mandater deux émissaires en Tamō sans tarder.


Les Forêts d'AcoraOù les histoires vivent. Découvrez maintenant