— Très bien, très bien. Comme tu voudras. Je suis désolée.
Berort leva les yeux au ciel. Il ne comptait plus le nombre de fois où elle s'était confondue en excuses de la plus insincère des façons. Elle regrettait rarement ce qu'elle disait et finissait toujours par recommencer. Au fil des ans, le sarcasme était devenu une seconde nature chez elle. Il savait pertinemment que si elle ne prenait pas garde, ses propres mots lui joueraient un mauvais tour un jour ou l'autre.
Garance se redressa et posa ses mains sur le dessus de ses cuisses.
— Bon, j'ai été ravie d'avoir cette petite conversation mais il va falloir que je rentre maintenant. Il se fait tard et j'ai un rapport à faire.
— N'oublie pas ce dont nous avons parlé Garance.
— Oui Maugran. Ne t'en fais pas. Une fois mon rapport fait, ce sera la première chose que je mentionnerai.
— Très bien, je te remercie.
— Sur ce,...
Elle se leva. La jeune femme s'inclina respectueusement puis tourna les talons en direction de la sortie. Berort la regarda quitter la bâtisse. Il espérait sincèrement que rien de grave n'adviendrait pour eux dans les jours et semaines à venir. En dépit de leurs divergences d'idées, et de leurs actions parfois brutales, il avait sympathisé avec les présents membres de la Légion. Ils n'avaient peut-être de chevalier que le nom, mais cela ne les empêchait pas de posséder un code d'honneur personnel auquel ils demeuraient fidèles. Il leur reconnaissait au moins cela. Il espérait seulement que quel que fût le véritable problème, celui-ci finirait de façon diplomatique et non en bain de sang comme ce fut le cas il y a quatre siècles. Il souffla. S'emparant d'une pile de parchemins à la droite de son bureau, il tâcha de mettre ses inquiétudes de côté. L'officier devait finir d'étudier l'inventaire de la caserne. Pour lui, la nuit était loin d'être finie.
Garance referma la porte plus doucement qu'à son arrivée. Inspirant profondément, elle remarqua que l'air s'était grandement rafraîchi. Elle sortit une paire de gants de cuir noir. Elle s'en couvrit les mains puis les frotta paume contre paume pour se réchauffer. La seule chose que la jeune femme trouvait appréciable à cette période de l'année était la teinte jaune-orangé que prenait les arbres. Le froid était une toute autre histoire. Elle n'était pas pressée de voir l'hiver poindre le bout de son nez. Rajustant son baudrier sur son épaule, elle prit ensuite la direction de l'hôtel Portelune, le lieux de résidence de la Légion en Essenie.
L'histoire de Berort l'avait certes interpellée mais dans l'immédiat ses pensées allaient vers cette mystérieuse galerie et ce groupe d'intrus dont les Beaumont avaient parlés. Ils se pourraient qu'il ne s'agisse que de pillards ou simplement d'autres contrebandiers mais dans tous les cas, comment ce groupe avait-il obtenu l'emplacement d'une galerie qui semblait avoir été volontairement dissimulée depuis des années ? Une telle information n'aurait pas du être à la porté de n'importe qui, en particulier si la Légion en avait la garde. Elle se hâta. Plus vite elle en parlerait à son père et plus vite cette question serait traitée.
Ne voulant pas perdre de temps, Garance décida de prendre un raccourci. Elle emprunta une série de ruelles adjacentes à la voie principale, toutes plus étroites et plongées dans la pénombre. Dès son entrée, elle perçut du mouvement dans les venelles proches. La jeune femme était loin d'ignorer l'insécurité qui régnait dans les rues de la capitale la nuit, même ici, au sein de la haute-ville. Les souterrains, déjà anciens à la naissance du royaume, avaient un rôle important à y jouer, offrant à tous cachettes et accès divers pour peu que l'on en connaisse correctement les lieux. Néanmoins, en dépit de cette liberté de mouvement, les malfrats et criminels de la capitale savaient pertinemment ce qui les attendaient s'ils avaient le malheur de se montrer un peu trop entreprenant avec la Légion. Les Chevaliers noirs ne les laissaient agir à leur guise que dans les souterrains.
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Toi qui apportes la nuit
FantasiaLes légendes parlent des Abysses comme d'une vision sombre et tordue du monde, comme d'un cauchemar éveillé dont nul ne pourrait s'échapper. Dans leurs sillages ne se trouvent que mort et désolation et les rares survivants qu'elles laissent derrière...