Chapitre 4 (1/3)

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Garance pénétra dans la cour en baillant. Ayant eu du mal à trouver le sommeil à la suite des révélations de son père, elle ne s'était finalement endormie que très tardivement dans la nuit.

Le soleil, qui trônait déjà haut dans le ciel, baignait la cour intérieure de l'hôtel Portelune de sa lumière. Contrairement aux jours passés, l'après-midi s'annonçait radieux. Quel dommage que la mage doive la passer six pieds sous terre dans les tunnels humides et sombres d'Agrisa.

Un nouveau bâillement s'échappa de ses lèvres. Elle joignit ses doigts et étira ses bras en les soulevant au-dessus de sa tête.

— Voilà ce qui arrive quand on préfère passer sa matinée à dormir, fainéante.

Sérion lui sourit. Vêtu du même uniforme en cuir noir, il passa à côté d'elle et se dirigea vers la porte charretière de l'hôtel, entrouverte la journée afin de permettre aux habitants de la cité et de ses alentours de venir soumettre leurs requêtes. Celles-ci allaient du simple exorcisme à des contrats de chasse plus importants comme ce loup-garou qui terrorisa l'année passée les bûcherons à la frontière sud de la forêt de Lugram. Walther et William avaient traqué la bête pendant six jours avant de pouvoir mettre un terme à ses attaques.

— Allez la marmotte, c'est l'heure de travailler.

Il lui fit signe de le suivre de la main puis passa les portes et salua les gardes en faction.

Sérion Altra était l'unique collègue de Garance à ne pas être humain. Cet elfe noir d'environ quatre vingt dix ans était l'un des plus anciens compagnons d'armes de son père. Avec son teint sombre proche du noir, et ses cheveux gris, il était loin de passer inaperçu au sein de la foule, déjà importante, qui parcourait les rues de la haute-ville. Le continent d'Alen était en grande majorité peuplé d'êtres humains. Pour autant, il n'était pas rare de croiser dans les royaumes et cités qui le composait nombres d'elfes, de nains ou de lycans.  

Garance secoua la tête et sourit. Tout comme son frère, Sérion ne perdait jamais une occasion de la taquiner. S'avançant pour le rejoindre, elle fut vite retenue par une autre voix masculine, celle de son père.

— Garance, un instant je te prie.

La jeune femme se retourna et lui fit face.

— Père ?

— Je constate que tu es de patrouille aujourd'hui.

Sinclair s'approcha d'elle. Il était vêtu ce jour-là du même uniforme que Sérion et sa fille à l'exception faite d'une étole en laine noire reposant sur ses épaules, brodée de pourpre et retenue d'une fibule en argent. Garance remarqua dans sa main droite un parchemin roulé.

— Oui, nous nous apprêtions à partir.

— A quel endroit Walther vous a-t-il assigné ?

— Au sud-est de la cité. La zone comprise entre le cimetière Saint-Valantois et le port. Des spectres y auraient été aperçut par les contrebandiers.

Il acquiesça de la tête.

— Dans ce cas, j'aimerai que tu fasses un détour par la Bibliothèque. Elle n'est pas loin de votre chemin de toute façon.

Sinclair tendit alors à Garance le vélin qu'il tenait dans sa main droite.

— Ce sera fait, répondit-elle tout en glissant le document dans une poche intérieure de son manteau.

— Je préviendrai Walther de votre retard en fin d'après-midi. Il serait dommage qu'il s'inquiète pour rien.

Garance croisa ses bras et haussa un sourcil.

Toi qui apportes la nuitOù les histoires vivent. Découvrez maintenant