Chapitre 9 (1/2)

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Sinclair se laissa tomber dans son siège. Les yeux fermés, il se pinça l'arrête du nez tout en laissant s'échapper un long soupir. A ce moment précis, malgré ces bonnes nouvelles, il se sentait démuni, presque impuissant. Il avait grande hâte que Walther et les autres rentrent. Sans les informations qu'il leur avait demandé de récupérer, ils ne pourraient pas faire grand-chose de plus dans les souterrains. Sa visibilité était réduite et il ne souhaitait pas mettre inutilement ses hommes en danger même si gérer les contrebandiers était loin d'être un problème. Non, ce qui l'inquiétait étaient les inconnues que constituaient les probables intrus et abyssaux, plus bas dans la cité souterraine. Il devait en savoir plus, impérativement, et cela impliquerait de devoir prendre des risques.

Du temps où il était encore commandant de la Forteresse Kaarina, il avait déjà eu des attaques d'abyssaux à gérer à plusieurs reprise. De plus, par talent ou par chance, Sinclair n'avait eu à déplorer aucune perte, que se soit du côté des légionnaires ou celui des Chevaliers noirs. Il connaissait les hommes et les femmes sous ses ordres et leur faisait confiance. Une des raisons pour lesquelles il avait été choisi pour remplacer le Grand commandant Hadrien de Traymaux à sa mort, au Haut-conseil de la Légion. Sinclair se savait capable de faire face à ce type de situations, aussi délicates qu'elles puissent être. Mais un monolithe et un Archonte ? Jusqu'à aujourd'hui, jamais n'avait-il eu à y songer sérieusement. Et par les dieux, comme il espérait se tromper.

Avec la confirmation que des abyssaux rôdaient bel et bien dans le cinquième sous-sol, la prochaine étape était maintenant de s'assurer ou non de la présence de la Souillure. Au sein de l'ordre, chacun savait que ces créatures étaient capables de subsister sans elle ; son absence les rendaient simplement plus faibles et dans l'impossibilité de la propager, faisant d'eux des cibles bien plus faciles à abattre. D'ailleurs, concernant ce dernier détail, le cadavre du nain avait montré des signes de corruption ; alors, comment interpréter tout cela ? Il était impératif qu'ils obtiennent une réponse. Mais une telle tâche s'avérerait dangereuse, très dangereuse, car à l'exception de Kaerolyn et de son groupe, personne depuis treize ans n'avait mis les pieds dans les profondeurs d'Agrisa. Impossible donc de dire comment la situation avait évolué en-dessous.

Et pour en revenir aux Noirelames, Baalthur feignait l'ignorance mais Walther et Morga avaient l'intime conviction qu'il cachait quelque chose. Peut être avait-il déjà eu à faire aux intrus ? Peut-être ne souhaitait-il pas voir la Légion se mêler de cela ? Mais dans ces cas, pourquoi ?

— Père !

La voix de son fils perturba le fil de ses pensées. Il ouvrit brusquement les yeux et se leva d'un bond.

De retour si tôt ?

Il sortit de son bureau à grandes enjambées. Essoufflé, son fils se tenait à mi-chemin dans le couloir.

— William ?

— Père, nous avons mis la main sur l'un des subordonnés de Baalthur. Il faut que tu entendes cela.

— Qui exactement ?

— Un de ses bras droit, Shaelo Clagia.

Sinclair acquiesça en silence. Il claqua des doigts pour éteindre l'ensemble des chandelles du bureau puis ferma la porte. Il rejoignit très vite son fils. Ils avancèrent jusqu'au hall principal dans lequel Garance venait tout juste d'entrer en courant.

— Je peux savoir ce qu'il se passe ? ! Et c'est quoi cette histoire avec les Noirelames ? !

— Viens avec nous. Je t'expliquerais sur le trajet, lui répondit simplement son père.

Garance ne se fit nullement prier. Elle le rejoignit, ainsi que son frère, et entama avec eux la descente de l'escalier qui menait au premier sous-sol de l'hôtel. Sinclair marchait en tête, les autres derrière lui.

Toi qui apportes la nuitOù les histoires vivent. Découvrez maintenant