J'ai passé la journée à préparer l'expédition. Des vivres, des habits et des armes sur deux chevaux de bât, cinq soldats choisis par mon père et un itinéraire précis qui passait par chaque village de la Thyslée. Le soir, j'ai moi-même préparé ma monture. Dressé pour la guerre, rien ne l'arrêtait, mon étalon pouvait littéralement traverser la foule. Nous sommes partis en fin d'après-midi pour atteindre à la nuit tombée le premier village de notre expédition, Tosca. Il se situait à l'est, à une demi-journée à cheval de Thysléem, la capitale. Nous dormirions à l'auberge du cheval blanc. L'expédition avait deux buts. Le premier était que le peuple puisse voir le seigneur de Thyslée et le soutient que je leur apportais. Le second et le plus important était d'aller interroger les gens. Les rebelles commettaient beaucoup de vols. Ceux qui avaient aperçu les voleurs en sauraient peut-être plus sur leur identités.
Nous sommes partis par le sud. Les chevaux marchaient lentement, ils n'aimaient pas s'éloigner de leur « chez-eux ». Il faisait déjà nuit quand nous sommes arrivés. L'auberge était agréable mais notre nuit fut courte. Le lendemain nous sommes partis interroger les gens du village. Comme les villages les plus rapprochés de la cité étaient les plus grands nous y sommes restés toute la journée. Répartis en trois groupes de deux soldats nous avons interrogé les citoyens sur la place publique et dans les grandes rues.
Nous n'avons rien trouvé à Tosca. Peut-être parce qu'elle était trop proche de Thysléem pour que les Rebelles osent s'y aventurer. Les villages les plus proches de la capitale étaient les plus grands et les plus sécurisés puisqu'ils avaient beaucoup de relations avec Thysléem. Nous avons dormi une seconde nuit à l'auberge. Le lendemain au levé du soleil, nous avons récupéré les chevaux dans l'écurie de l'auberge et nous sommes repartis. La prochaine étape de notre expédition a été Tézil, plus à l'est, à une demi-journée à cheval de Tosca. Nous n'avons rien trouvé non plus, pas mêmes des plaintes de vols étranges ou des histoires de cavaliers nocturnes. J'ai commencé à me demander si le peuple était réellement de mon côté. Nous sommes ensuite montés à Tibunn. Le voyage dura neuf heures. Le terrain était légèrement en pente, les chevaux commençaient à fatiguer et nous aussi. Tibunn avait été construite le long de la rivière, là où elle se séparait en deux. les gens avaient peu l'habitude d'y voir des soldats. De part sa situation géographique, très éloignée de la capitale, Tibunn avait peu de contacts avec celle-ci. Les villageois rentrèrent tous chez eux de peur qu'on soit venu pour les emmener à Thysléem. Par groupe de deux, nous sommes allés toquer aux portes. Plusieurs fermiers ont déclaré s'être fait voler des bêtes de petite taille et des objets agricoles. Le boulanger, qui avait son moulin vers la rivière nous expliqua que la rivière était beaucoup traversée à l'endroit du gué. Il pensait que certains hommes se réunissaient de l'autre côté. Il nous parla aussi d'hommes disparus soudainement plusieurs semaines auparavant. Mais quand je lui ai demandé des noms il a écarquillé les yeux.
« - Mais monseigneur vous voulez qu'je livre les gens de mon village ? M'enfin vous m'comprenez, ils me détesteront tous ! Déjà qu'on m'aime pas trop à Tibunn... Non Monseigneur, j'vous en ai dit assez. »
J'ai été surpris, jamais un seul citoyen ne m'avait dit non. Ils avaient trop peur. À ce moment j'ai compris que ma mission serait plus difficile que prévu. Le peuple quand il était uni, était plus puissant qu'un fils d'empereur. Le peuple faisait peur, plus que les autorités. Le peuple avait un pouvoir que je ne soupçonnais pas. Celui de réprimer, celui de faire taire et de sanctionner. A l'égale de certains gouvernement en fait.
À la fin de la journée, après plusieurs jours à me laver avec des seaux, j'ai pris plaisir à me baigner dans la rivière. Après une nuit, nous sommes repartis en direction de Tull, au nord. Le village le plus éloigné de Thysléem et le plus petit de la Thyslée. Après presque une journée à transpirer sur nos chevaux et sous un soleil de plomb, nous avons enfin aperçu Tull. Petit, poussiéreux et pauvre. L'herbe y était verte, pas encore brûlée par le soleil de l'été. Tull ressemblait à Tibunn. Les deux étaient construites juste à côté de la rivière et avec la même architecture. Nous avons croisé très peu d'habitants. C'était sûrement dû à la dernière descente. Très récemment nous avions transféré une bonne partie des habitants de Tull à Thysléem pour repeupler la cité qui avait souffert de la guerre. J'avais été en charge de l'opération et les rares habitants qui me regardaient n'avaient pas l'air de l'avoir oublié. Un peu mal à l'aise, je suis parti avec mon binôme alors que nous nous dispersions en trois groupes pour les interrogatoires.
Les gens parlaient, mais de mauvaise grâce. Nous n'étions pas les bienvenus. Pourtant chaque mot marmonné paraissait les libérer du poids des non-dits. Ceux que l'on préfère enterrer sous son paillasson. Ainsi, j'ai appris que les vols étaient fréquents, de poules, lapins, cochons, de fourches, de faux, de couteaux... Des objets qui n'étaient jamais retrouvés dans le jardin du voisin. Juste disparu, comme les hommes de Tibunn. Le témoignage le plus intrigant vint d'une vieille femme :
« - Ho moi on m'a volé les animaux du voisin ! Je m'en occupais bien pourtant des bêtes. Une nuit comme ça, j'ai rien remarqué moi, je dormais !
- Quoi comme animaux ?
- Chèvres et chevaux, oh Monseigneur, moi je pense que c'est les Rebelles. Ils rôdent vers la rivière. Vous savez, la rivière elle enlève les traces. On peut plus les suivre après. Ho ces braves bêtes. J'espère que vous les retrouverez.
- Je l'espère aussi madame. Au revoir. »
Nous ne parlions peut-être pas de la même chose mais ce qui était certain, c'est que j'allais les retrouver ces Rebelles. Les chevaux ont une grande valeur.
Ils sont utiles dans trois cas. Le premier est pour les nobles de l'empire, le deuxième est pour l'agriculture, le troisième est pour l'armée. Les Rebelles ne sont ni nobles ni agriculteurs puisqu'ils n'ont pas d'endroit où établir une plantation. Ce qui signifie qu'il y a une possibilité qu'une armée soit en train d'être créée dans mon propre empire. Il fallait donc que j'envisage le risque que l'empire subisse un affront à ses autorités et donc au gouvernement. Mais qui, quand et où ?
À Tull nous avons racheté des vivres. Le village vide en avait à profusion. Nous avons dormi dans une auberge abandonnée. L'aubergiste avait dû être expatrié lors de l'arrestation. Le lendemain nous sommes arrivés en début d'après-midi à Touré, au nord-ouest de la capitale. Nous avons récolté les mêmes témoignages qu'à Tull et Tibunn. Des vols fréquents et des hommes qui disparaissaient des jours durant. La rivière qui longeait aussi Touré ne pouvait plus être une coïncidence. Ce devait être le point de centrage des Rebelles. Le dernier village visité fut Tarme. Installé à la lisière de la forêt personne n'avait à se plaindre de quoi que ce soit. Sa proximité avec Thysléem, située à une demi-journée à l'est, rendait Tarme à l'égale de Tosca, sûre et prospère.
Les chevaux semblaient avoir compri que l'on se dirigeaient vers Thysléem. Ils rentrèrent d'un bon pas. Ils paraissaient aussi heureux que nous d'être de retour. J'étais pressé de voir mon père, de lui raconter mon périple et les témoignages que j'avais pu en tirer. Je ne connaissais pas l'identité des Rebelles mais j'étais prêt à fouiller tout autour de la rivière s'il le fallait.
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Dhattûra
Lãng mạnDans une époque et une région qui n'est pas la nôtre, la guerre a fait de la capitale une prison. Alors qu'une jeune fugitive tante de retrouver sa famille, Le destin de l'empire tombe entre les mains du fils héritier. Les décisions qu'ils prendr...
