Lettre de Anne à Marilla

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Chère Marilla,
J'espère que vous et Matthew vous portez bien. Ainsi que Jerry, les animaux des Pignons verts et tous les habitants d'Avonlea. La nature qui vous entoure doit être si belle à cette période de l'année!

Tout va bien ici à Charlottetown. Je me porte comme un charme et je m'applique du mieux que je peux à mes études qui me plaisent toujours autant. Je prends toujours le thé le dimanche chez la tante de Diana où nous jouons aux cartes et parlons art et poésie. Je me fais de plus en plus de nouvelles connaissances.

Le vernissage dont je vous parlais dans ma précédente lettre a été une véritable découverte et un régal pour les yeux. Les tableaux du peintre étaient justes époustouflants.

Mais cette lettre n'est pas uniquement là pour vous raconter tout cela. J'ai sur le cœur un secret que je ne peux plus conserver et qui arrivera maintenant, j'en suis sure, très vite à vos oreilles. Alors je préfère que vous l'appreniez par mes mots plutôt que par Mrs Lynde ou Mrs Barry. Ne vous affolez pas, je n'ai pas commis d'acte répréhensible. Il s'agit d'une histoire de cœur, de mon cœur.

Vous vous souvenez, je suppose, de tout l'amour que je vous ai dit éprouver pour Gilbert Blythe et de la grande déception que je ressentis lorsqu'il partit rejoindre Winifred. Mon cœur était alors meurtri et je pensais que jamais il ne trouverait à battre pour un autre.  J'étais venue à croire que je resterais une demoiselle toute ma vie, la fiancée de la nature, celle qui apprendrait la lecture et l'arithmétique à des enfants qui ne seraient jamais les siens.

C'est dans cet état d'esprit que vous m'avez retrouvée à Charlottetown et m'avez apporté la plus belle preuve d'affection que peuvent offrir des parents adoptifs tels que vous: le livre de mes vrais parents! La preuve ultime qu'ils s'aimaient, mon saint Graal à moi. C'est cette journée-là également où ma fidèle amie Diana est venue nous rejoindre. Mais, étourdie par toutes ces bonnes nouvelles, je n'ai pas eu l'occasion de vous dire qu'une troisième surprise m'était arrivée toujours ce même jour, m'apportant un énorme ébahissement.

Gilbert! Gilbert Blythe est venu jusqu'à Charlottetown juste avant de repartir pour Toronto. Il m'a avoué qu'il m'aimait. Pouvez-vous imaginer pareille aventure? Je pensais qu'il avait sciemment ignoré le message que je lui avais laissé et je croyais, tout comme vous, qu'il avait déjà fait sa demande à la belle Winifred et s'apprêtait à partir avec elle pour Paris. Il n'en était rien! Gilbert a renoncé à tout cela, pour moi, alors qu'il ignorait tout des sentiments que je nourrissais pour lui. N'est-ce pas merveilleux?

Marilla, me voici à présent la jeune fille la plus heureuse et la plus comblée de tout le canton! Gilbert m'aime et je l'aime en retour. Certes, Toronto est loin mais peu importe le temps et l'espace qui me sépare maintenant de lui. Nous nous écrivons de longues lettres toutes les semaines et aujourd'hui il m'a même fait la surprise de venir jusqu'ici. Rassurez-vous, les visites ici sont très encadrées et il ne pourra réitérer un tel trajet fréquemment.

J'espère que vous ne m'en voudrez pas d'avoir joué les cachotières, j'avais besoin de garder cela pour moi. Mais maintenant que mes compagnes ont compris mon secret, il est fort à parier que tout Avonlea sera informée avant la quinzaine.

Je sais que vous, Marilla, aviez accueilli mes premiers aveux avec beaucoup de compréhension et m'aviez même poussé à aller tout avouer à Gilbert. J'imagine donc facilement la joie qu'une telle nouvelle pourra vous apporter. Mais qu'en sera-t-il de Matthew, pensez-vous qu'il acceptera cette situation?
Vous connaissez Gilbert Blythe, vous connaissiez même très bien son père. C'est un garçon sérieux, intelligent et honnête. Comment ne pourriez-vous pas l'apprécier?

Voilà je vous ai tout dit et je ne me sens que mieux. Je me rends compte désormais qu'il n'est vraiment pas bon de conserver des secrets aux gens qu'on aime surtout quand ces secrets ne peuvent apporter que de la joie. Alors j'espère que cette joie, vous la partagerez avec moi.

Je dois vous laisser car il se fait tard. Pardonnez-moi encore de tout ceci.
Je compte rentrer aux Pignons verts pour la trêve de Noel.
Je vous embrasse tendrement.
Votre Anne Shirley Cuthbert.

Anne avec un e - Lettres et confidencesDes histoires addictives. Découvrez maintenant