Fanfiction épistolaire qui fait suite à la dernière saison de Anne with an E.
Les personnages sont issus du roman de Lucy Maud Montgomery et/ou de la série télévisée qui en est inspirée diffusée en trois saisons sur Netflix (2017-2020).
Illustration...
Cher journal, Ce matin, j'ai été réveillée par un rai de lumière forte et blanche qui vint titiller mon visage. Pensant qu'il avait neigé, j'ai bondi de mon lit et passé ma frimousse tachetée à travers les lourds rideaux. Point de neige à ma vue, hélas, mais un beau spectacle s'offrait tout de même à moi: Le gel matinal avait posé un voile immaculé sur chaque branche, chaque feuille encore présente sur les arbres majestueux du jardin de notre pension. Pas un bruit d'oiseau, probablement encore bien emmitouflés dans leurs plumes d'hiver. Ce spectacle m'apaisa par son calme et sa beauté froide qui annonçaient déjà les prémices de l'hiver. Bientôt je retournerai aux Pignons verts, bientôt il y aura le mariage de Sabastian et Muriel, bientôt je reverrai Gil. Qu'est-ce qu'il me manque! Je suis restée là, j'ignore combien de temps, perdue dans mes pensées, à dessiner des fleurs et des arabesques avec la buée que je répandais sur la vitre glaciale, jusqu'à ce que... Diana se mette à rire en me voyant. Cette journée se promettait d'être belle.
Dans l'après-midi, nous arrivâmes comme tous les dimanches chez tante Joséphine pour prendre le thé. Dans le petit salon, autour de délicieux biscuits à la cannelle, Cole, Diana et moi distrayions notre hôte par le récit de nos petites aventures du quotidien lorsque qu'elle s'est mise à pâlir et à pâmer. Cole s'est empressé d'appeler le majordome, Diana s'est accroupie auprès d'elle alors que j'écartais la table basse. Nous avons porté la dame encore inconsciente dans le sofa afin de l'allonger et on fit appeler un médecin. Quelques minutes seulement après on sonna à la porte, comme le majordome était occupé, c'est Cole qui alla ouvrir. Il parla un moment à un homme et referma la porte. Intriguée par le fait de ne pas le voir revenir avec le médecin, je le questionnais dans l'entrée, à l'écart des autres.
Cole m'informa que c'était John qui venait rendre une visite de courtoisie mais qu'il avait dû lui expliquer que ce n'était vraiment pas le bon moment. Ne comprenant pas la raison de son renvoi, John lui avait ensuite demandé si Diana était présente et si elle était la raison de ce refus. Cole lui a précisé qu'il s'agissait de la santé de la tante de Diana et que celle-ci était actuellement auprès d'elle. Déconfit et embarrassé, John s'est alors excusé mais l'a questionné malgré tout de quand il serait possible de la revoir. Devant l'insistance du jeune homme, Cole a soupiré et lui a recommandé de venir à la pension le samedi pendant l'heure des visites. Puis il l'a brièvement salué et lui refermé la porte au nez. - Tu ne lui as pas dit ça? Demandai-je spontanément. - Ben si, confirma Cole surpris et énervé par ma remarque. Par le regard sévère et les sourcils froncés de mon ami, je compris que ce n'était pas le moment de lui reprocher quoi que ce soit. Cole était dans le même état d'anxiété que nous tous dans cette maison. Tante Joséphine est presque une grand-mère pour lui, son mécène et son hôte depuis maintenant plus de deux ans. J'imagine en effet que de se retrouver face à John et sa visite inopportune alors qu'il s'apprêtait à accueillir le médecin, ne l'aidait pas à garder son sang froid.
On sonna alors à nouveau à la porte et je fis signe à Cole et au Majordome que je me chargeais de voir de qui il s'agissait cette fois.
À ma grande surprise, l'homme qui se tenait devant moi, chaudement habillé d'un manteau au col de fourrure, n'était personne d'autre que le Docteur Rose, le père de Winifred que j'avais croisé lors de la fête d'Avonlea. Il me toisa de la tête aux pieds alors qu'il tendait son chapeau et ses gants au majordome qui nous avait rejoint.
Nous laissâmes le praticien ausculter seul sa patiente qui était revenue à elle. Dans le hall, je réconfortais de mon mieux mes amis par une accolade sincère et des mots qu'ils n'ont probablement pas écoutés. Après de longues minutes, le médecin rouvrit la porte qui nous séparait et appela Cole, Diana et le majordome afin de les informer de son état de santé et des mesures à prendre. Je restais là pantoise à entendre ses directives par la porte restée ouverte. J'appris qu'il ne s'agissait que d'un simple malaise mais que vu son âge avancé il fallait être prudent. Il conseilla quelques remèdes, beaucoup de repos et moins de visites.
Le Docteur Rose avança alors dans le hall suivi du majordome qui l'aida à enfiler son manteau. Un peu intimidée mais afin de lui être polie, je le remerciais de sa visite. Il me toisa à nouveau. Je cru un instant qu'il ne me reconnaissait pas et voulus lui donner mon nom. - Je sais parfaitement qui vous êtes, Mademoiselle Anne Shirley, je n'oublie jamais un nom et un visage. J'avoue que ma fille avait raison lorsqu'elle m'a annoncé que vous présentiez mieux que lorsque nous vous avons rencontrés la première fois.
Puis il se retourna vers l'employé de la maison qui lui tendait à présent ses gants. Il l'informa du nom de son remplaçant. Il précisa qu'il serait absent à partir de la semaine prochaine parce qu'il devait se rendre à Paris pour une durée indéterminée. Curieuse, je lui demandais si il se rendait auprès de sa fille Winifred et si celle-ci se plaisait bien dans la ville lumière. D'une voix dédaigneuse, il confirma en effet qu'il allait rejoindre son épouse et sa fille. Puis il se retourna enfin face à moi et d'un air supérieur déclara que Winifred venait de se fiancer avec le fils d'un industriel français. Qu'il allait faire la connaissance du jeune homme avant de donner son approbation et rester à Paris jusqu'au mariage.
Sincèrement, je lui offris mes félicitations ainsi que pour sa fille. Et j'ajoutai maladroitement que Gilbert Blythe serait également ravi de l'apprendre. Il arrondit ses yeux gris. - Voila bien un nom que j'aurais volontiers aimé oublier. - Peut-être l'ignorez-vous, il poursuit ses études de médecine à Toronto. Lui répondis-je sans prêter attention à ses dernières paroles et si fière du parcours de Gil. - Ainsi donc vous continuez à fréquenter cette personne? - Heu... oui, effectivement. Dis-je en rougissant. Il me fixa en silence puis lâcha en remettant son chapeau et en se retournant vers la porte que lui ouvrait le majordome : - Au moins ma fille n'aura pas été malheureuse pour rien! Adieu Mademoiselle. Il fit signe à l'employé et la porte se referma derrière lui.
C'est dans un silence de plomb que nous sommes rentrés à la pension. Diana était si affectée par l'état de santé de sa tante que je n'ai pas jugé bon de lui raconter l'échange que j'ai eu avec le Docteur Rose et je trouvais le moment inapproprié pour lui annoncer la venue de John samedi prochain. Il faudra par contre que je la prévienne, plus tard dans la semaine.
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