Lettre de J. à Cole

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Cole,
J'ai pris l'initiative d'envoyer ce message chez ta mère en priant que cela ne te causera pas de souci. Je ne sais même pas si tu as parlé de moi à tes proches. En fait, tu m'as rarement parlé de ta famille. En tous cas, j'espère que ton séjour à Avonlea se passe bien pour toi. J'avais une irrépressible envie de t'écrire et bien sûr te souhaiter un joyeux Noël et d'avance une très bonne année!

Comme tu l'auras deviné, Diana m'a bien fait passer ton mot par l'entremise de sa tante. Je dois dire que ton amie a réussi à conquérir toute ma famille! Mère ne parle que d'elle, de sa grâce, de sa beauté, de son maintien et de sa famille très respectable. Père n'arrête pas de m'importuner et de prendre exemple sur John, de me trouver, moi aussi, un « vrai » métier et une épouse. De mon côté, je dois bien avouer que je trouve Diana charmante. Elle est bien moins guindée ou stupide que les péronnelles que nos parents ont l'habitude de me présenter pour espérer un jour me voir « bien établi »! Quoiqu'il en soi, je ne serais pas surpris d'apprendre que Miss Diana Barry fasse bientôt partie de la famille en devenant ma belle-sœur. En fin de compte, mon frère a du goût et cela me plairait assez car elle sera toujours un excellent alibi à nos rencontres chez Miss Josephine Barry ou ailleurs!

Oh Miss Barry, quelle femme extraordinaire ! Un exemple pour beaucoup d'entre nous. Je dois t'avouer avoir été déçu d'apprendre que tu ne passeras pas le réveillon chez elle. Cela me prive de ta présence à Charlottetown encore quelques jours de plus. Tu ne peux pas savoir à quel point tu as de la chance d'avoir trouvé un mécène aussi inspirant ! Je rêverais d'avoir ta liberté. Chez elle, tu es libre de penser, libre de t'exprimer, libre d'être toi-même.  Que je t'envie! Certes, tu me diras que je mène une vie de pacha au crochet de mes parents, mais, tu t'en doutes, je n'y suis guère heureux. Les apparences, toujours elles...

Je rêve qu'un jour je puisse être celui que je suis réellement et non ce qu'on attend de moi. Je rêve de pouvoir exprimer en mots ce que je ressens, de peindre sur la toile tout ce que mon esprit torturé regorge. Je rêve de pouvoir aimer comme mon cœur me dicte et non les lois.
Mais tu me connais, je peux paraître si désinvolte en public, mais sache qu'en moi bouillonne un être plein d'émotions et de tourments. Je veux mais je ne peux pas. Mon père, à défaut de me dénoncer à la justice, me jetterait à coup sûr à la rue, coupant ainsi les vivres et mettant un terme à mes chères études. Ma mère me renierait en m'accusant de jeter l'opprobre sur sa sainte famille. Mon frère serait démuni, ne pouvant faire face à notre paternel qui est aussi son futur employeur.

Pardonne moi cette lettre, qui se voulait au départ chaleureuse et qui n'est au final qu'un amas d'amertume. Je ressens ce soir le besoin de t'avouer par écrit tout ce que je n'oserais probablement pas te dire de vive voix. Les mots me paraissent toujours plus faciles lorsqu'ils sont futiles et ne concernent pas les sentiments. Sache que ton absence me fait comprendre à quel point tu me manque, Cole. J'aime ta candeur et ta sensibilité toujours à fleur de peau, ton sens de l'observation, ta coquetterie, ta soif de vivre et ta franchise. À moi d'être franc maintenant, je te dois bien cela. Et ces mots, je ne les ai jamais écrits pour personne:
Oui, je t'aime aussi.

Je compte les jours jusqu'à ton retour.
J.

J

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Anne avec un e - Lettres et confidencesDes histoires addictives. Découvrez maintenant