Fanfiction épistolaire qui fait suite à la dernière saison de Anne with an E.
Les personnages sont issus du roman de Lucy Maud Montgomery et/ou de la série télévisée qui en est inspirée diffusée en trois saisons sur Netflix (2017-2020).
Illustration...
Mon ami, Bash, Quel potache et cachotier tu peux être!
Quelle ne fût pas ma surprise en te lisant et en découvrant l'auteur du feuillet qui était joint au tien! Au début, je t'avoue, j'ai cru à une mauvaise plaisanterie de ta part. Il m'a d'ailleurs fallu plusieurs heures pour réaliser et me faire à l'idée d'une union entre toi et Miss Stacy, Muriel devrai-je dire. Jamais je ne me serais imaginé, moi qui vous connais tous deux plutôt bien.
Mais plus j'y pense, plus je trouve l'idée judicieuse. Etonnante, certes, mais merveilleuse. Vous êtes, de fait, très différents et venez tous deux de milieux opposés mais, moi qui vous côtoyais journellement, je comprends mieux ce qui peut vous plaire et vous correspondre chez l'autre.
Quel sacré veinard tu fais! Mon vieux, tu as décroché la perle d'Avonlea et je pense que tu es en droit de t'enorgueillir! Muriel est une femme pleine de vitalité et d'esprit, elle est ouverte au monde et excessivement moderne. Elle pourra te secouer et combler rapidement le vide qui s'est inséré dans ton cœur d'artichaut! Et elle sera, à n'en pas douter, une mère formidable pour Delphine! De même, je peux imaginer que ton côté patient et drôle puisse l'avoir séduite. Sans compter que tu es un homme qui sait se gérer seul et ne cherchait pas une femme d'intérieur.
Oui, maintenant, j'ai compris quel couple formidable vous allez former et je m'en réjouis sincèrement. Bien évidemment, j'accepte d'être ton témoin et ferai mon possible pour être présent en ce grand jour. J'espère que ta mère prendra bien la chose, je me souviens de son comportement face à moi, elle me prenait sans cesse pour ton maître blanc!
Qui aurait pu croire il y a quelques mois que de nous deux tu serais le premier marié? Mon ami, je dois te dire que je t'envierai presque. En fait, oui je t'envie. Car de mon côté, je me ronge les sangs et j'aurai bien besoin de tes conseils en la matière.
Tu le sais, je me suis rendu à Queens pour voir Anne et un heureux concours de circonstances à fait que j'ai pu la voir plus longuement le lendemain. Lors d'une promenade dans un parc, nous avons pu nous éclipser derrière un arbre un court instant. Ne te moque pas de moi je t'en prie, mais la voir là, si proche de moi, m'a remué bien plus que je ne l'aurai cru. Alors que j'étais plongé dans son regard, j'ai bien failli mettre un genou à terre et faire ma demande! J'ignore si elle s'en est rendu compte.
Mon amour pour elle est si grand, Bash, et j'ai dû faire appel au peu de volonté qu'il me restait pour me ressaisir et me contenter de l'embrasser. Depuis je ne cesse d'y penser. Que dois-je faire?
Oui, je le sens, Anne est la femme de ma vie. Elle est celle avec qui j'ai envie d'être et de vivre, la seule avec qui j'ai envie de fonder une famille. Mais sommes-nous prêts? Est-elle prête? Malheureusement je crains que la réponse soit non. Bash, comprends-moi, je ne suis pas dans la même situation que toi. Nous sommes si jeunes et Anne et moi vivons présentement dans deux villes différentes. J'ai entrepris de longues études et de son côté elle poursuit les siennes.
Si je lui fais ma demande et qu'elle l'agréé, que puis-je lui offrir actuellement? Suis-je en droit de lui demander d'abandonner Queens où elle vit son rêve pour venir vivre ici à Toronto? Même si les curiosités du lieu pourraient l'enchanter un moment, je sais pertinemment qu'Anne est une fille de la campagne et ne s'épanouirait pas ici. Je vis pour le moment dans un chambre minuscule dans un établissement réservé aux jeunes hommes. Il nous faudrait trouver un appartement et l'aménager mais avec quel argent? Celui que je gagne ne peut faire vivre deux personnes décemment. Je sais que les Cuthbert ne roulent pas sur l'or, je ne veux rien recevoir d'eux. Et je ne veux pas offrir à Anne une vie de misère ni l'obliger à faire de sales besognes pour gagner quelques pièces. Je sais qu'elle n'est pas de ces dames qui demandent le luxe et qu'elle se contente de peu mais elle a déjà connu des moments difficiles dans son jeune âge et je ne veux plus cela pour elle. Anne mérite mieux, beaucoup mieux.
J'ai une autre chose à te confesser qui me trotte dans la tête depuis un moment. En place de la médecine, c'est la recherche pure qui me tente. Mon ambition est grande. Plus que soigner quelques malades, je rêve de pouvoir trouver des remèdes qui pourraient soigner des centaines, voir des milliers de personnes. Mais ces études sont longues et fastidieuses. De plus ce genre de métier ne s'exerce que dans des laboratoires prestigieux qui se situent tous en ville, dans les grandes villes, bien loin de l'île du Prince Edward.
Voilà mon dilemme, Bash, et il est cornélien. J'ai deux rêves mais ils ne sont pas compatibles. Je ne suis pas égoïste au point d'imposer à celle que j'aime une vie de disette, l'empêchant de vivre ses rêves pour pouvoir poursuivre les miens. D'un côté, je ne peux me résoudre à faire une croix sur elle. Et d'un autre côté, je serai presque tenté d'abandonner mes études mais je sais d'avance qu'elle m'en empêcherait. Muriel en est témoin, Anne a toujours été la première à me pousser à les faire.
Par ailleurs, trop peur de la perdre, j'ai songé à de longues fiançailles, le temps de finir nos cursus respectifs et trouver ensuite une solution, mais est-ce correct d'imposer des années d'attente à une demoiselle aussi extraordinaire qu'Anne et l'empêcher ainsi de trouver ailleurs le bonheur?
Que me conseilles-tu l'ami? Je suis perdu. J'ignore ce que Anne penserait de tout ceci, si elle est prête et si elle souhaite même se marier. C'est un sujet délicat pour lequel je n'ai aucun exemple ni aucune autre personne à qui demander conseil, à part toi. Anne est loin de moi et aborder avec elle le sujet par écrit me semble délicat. Je ne voudrais pas qu'elle interprète mal mes paroles. Nous avons déjà eu un quiproquo à la suite de lettres perdue ou incomprise et la dernière chose que je voudrai, ce serait de la blesser.
Voilà mon ami. Pardonne mon épanchement d'émotions qui n'est pas ordinaire. Sache que je reste néanmoins sincèrement content pour toi et Muriel et aspire être à Avonlea le grand jour. J'aurais peut-être une solution à mon dilemme d'ici-là.
Bien à toi, Bash. Tous mes vœux de bonheur. Bons préparatifs à vous deux et soyez heureux.
Gilbert.
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