Journal d'Anne - Lundi 28 juillet

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Ceci est le journal de Anne Shirley, Anne avec un e.
Jeune fille d'un peu plus de seize ans, j'ai de longs cheveux couleur carotte et des taches de son qui parsèment mon visage, telles des grains de pollen emportés par le vent. Il y a peu, je me trouvais encore laide et sans attrait. Mais dorénavant je sais à qui je ressemble: à ma mère, et cela emplit mon cœur d'un bonheur infini.
Mon imagination est débordante et ma soif de lectures et d'apprentissages jamais assouvis. J'aime éclaircir les mystères, observer la nature et les moindres beautés qu'elle recèle. J'aide mon prochain du mieux que je peux même si je me sens parfois gauche et j'enchaîne les maladresses. Ma franchise a, plus d'une fois, causé du tourment à mes proches. Malgré tout cela, j'essaie de regarder la vie avec philosophie et enthousiasme.

Récemment, j'ai appris que mes parents étaient un couple de jeunes écossais qui s'aimaient tendrement et m'aimaient également. Ma mère était institutrice comme je souhaite le devenir à mon tour. Ils sont morts un peu après ma naissance et c'est ainsi que j'ai été confié à différentes institutions et familles adoptives. De cette période noire de ma vie je préfère ne pas m'épancher car son souvenir m'est encore douloureux.

Ma vie a fortement changé le jour où un frère et une sœur, Matthew et Marilla Cuthbert, ont décidé d'adopter un garçon pour les aider à la ferme. Au lieu d'un garçon courageux et travailleur, ils se sont retrouvés face... à moi! Une petite fille bavarde, sautillante et empotée ! Mais ils ont décidé de me garder et même de me donner leur nom. C'est ainsi que je suis devenue Anne Shirley Cuthbert des Pignons verts.

J'ai vécu des années magnifiques aux Pignons verts près de Avonlea, entourée de plaines sauvages et d'une nature revigorante. Matthew et Marilla m'ont apporté et m'apportent toujours un amour inconditionnel et, je peux le dire, presque maternel et paternel. Ils y vivent toujours auprès de notre vache Préjugé, des chevaux et des poules. Ils me manquent tous beaucoup.
J'adorais aussi notre petite école d'Avonlea, maintenant partie en cendre. Je m'y suis faite des compagnons, dont bien sûr ma plus grande et fidèle amie: Diana.

Diana, sans qui cette folle journée n'aurait pas été ce qu'elle fut.
Diana, qui m'a offert ce cahier sur lequel j'écris ces lignes.
Diana, qui a réussi à convaincre ses parents de poursuivre des études à mes côtés au lieu de devenir celle qu'ils souhaitaient qu'elle devienne: une dame du monde.
Et enfin Diana qui a, par je ne sais quel miracle ou quel sermon, réussi à faire comprendre à Gilbert la teneur de mes sentiments pour lui et le faire courir jusqu'à moi.

Gilbert. Que c'est étrange de penser à lui ainsi. De le trouver là hier, devant moi, essoufflé, alors que je m'apprêtais justement à le chercher. Puis ce baiser, inattendu, inespéré. Cette étreinte, c'était comme dans un rêve, beau, doux, qui a fait palpiter mon cœur. Même encore maintenant que j'y repense, j'ai envie de me pincer pour m'assurer que c'était bien réel.

Diana m'a raconté leur altercation dans le train. Ainsi, il n'avait pas lu ma lettre. Quelle idiote j'ai pu être de douter de lui! Que tout cela paraît bien plus beau que tout ce que j'ai pu lire dans les romans. Il n'est pas fiancé. Il a refusé de se lier à une femme bien plus belle, plus riche et plus accomplie que moi. Par la même occasion, il a renoncé à ses études à la Sorbonne et à une vie confortable à Paris. Tout ça pour moi? Alors qu'il ignorait mes sentiments? Je n'ose croire que cela soit vrai. J'ai besoin d'explications. J'ai besoin qu'il me dise ou m'écrive ce qu'il en est.

J'ai essayé de lui écrire une lettre hier, mais mes mots n'avaient pas le sens que je souhaitais leur donner. Et puis, je me suis rendue compte que je n'avais même pas son adresse! Il est parti si vite, pour Toronto. Il m'a promis de m'écrire et je vais donc devoir attendre son premier courrier afin de pouvoir comprendre et coucher ensuite sur papier tout ce que je n'ai pas eu le temps ou le courage de lui dire de vive voix.

Oh, quelle folle journée à été celle d'hier! J'en ai très peu dormi et plus rien n'est pareil aujourd'hui. Diana et son père m'ont juré de garder le secret. Je veux conserver cela encore pour moi un certain temps. Et, heureusement, au besoin, j'ai Diana à qui me confier.

Aujourd'hui, nous avons visité les classes et rencontré les autres étudiantes de Queens. Demain, commenceront nos premiers cours. J'ai hâte d'apprendre, hâte de remplacer mes pensées exclusives pour Gilbert et mes parents par de la nourriture intellectuelle. Hâte de devenir une bonne institutrice.

La vie peut être surprenante et nous faire de merveilleuses surprises.
Je te laisse, cher journal, car il fait nuit noire et Diana, qui partage la même chambre que moi, dort du sommeil du juste depuis déjà longtemps.

Anne avec un e - Lettres et confidencesDes histoires addictives. Découvrez maintenant