Journal d'Anne - 4 décembre

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Cher journal,
Aujourd'hui j'ai eu une visite des plus étonnantes.

Alors que je rentrais de Queens avec mes compagnes et me défaisais de mon manteau et des mes gants, Mrs Blackmore me héla et m'ordonna d'entrer dans son bureau. Diana me regarda, aussi surprise que moi.

Je n'étais pas très à l'aise, je dois t'avouer, car lorsqu'une pensionnaire est appelée dans l'antre de la directrice c'est qu'elle a une remontrance à faire ou un sujet sérieux à aborder. Je cherchais en vain ce qu'elle pouvait me reprocher. Avais-je commis un impair? Fais quelque chose d'incorrect? Ma tenue ou mon comportement n'était-il pas conforme à ses attentes?

– Miss Shirley, entrez et fermez la porte, je vous prie. Me lâcha-elle en s'asseyant sur son fauteuil derrière son large bureau.
J'obéis, encore plus inquiète.
– Je dois vous informer que vous avez eu de la visite cet après-midi lorsque vous étiez en classe.

Stupéfaite par cette annonce, je restais coite, ne sachant si je devais répondre quelque chose ou la laisser continuer. Je cherchais mentalement qui pouvait bien vouloir me rendre visite en semaine et en pleine journée. Heureusement, mon silence sembla la satisfaire.
– Vous connaissez les règles de cette maison, Miss Shirley, aucune visite n'est autorisée en dehors des heures prévues à cet effet.
J'acquiesçai, penaude.
– Puis-je savoir de qui il s'agissait, Mrs Blackmore? Osai-je.
– Vous l'ignorez? Hum! Il s'agit d'un homme, mademoiselle. Et bien plus âgé que vous!
Dans ma tête, c'était comme si mon cerveau était en ébullition. Un homme? Plus âgé? Qui cela peut-il être? Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle continua:
– Il n'a pas voulu donner son nom et voulait s'entretenir qu'avec vous. Vous pouvez comprendre que je n'accepte pas ce genre de comportement !

Je continuais à la regarder, les yeux ronds sans rien comprendre à cette histoire en hochant la tête machinalement pour lui lontrer que j'entendais bien ce qu'elle me disait.
– Il m'a donné ceci pour vous, dit-elle en me tendant une enveloppe. Il paraît que cela vient de votre tutrice, Mademoiselle Cuthbert. Je vous prierai de l'ouvrir devant moi.
Tremblante, je pris l'enveloppe sur laquelle je reconnu l'écriture et la décachetai.

Ma chère Anne,
Ceci va te sembler bien surprenant, comme cela a été pour moi.
C'est moi qui ai donné les coordonnées du pensionnat,
j'espère que cela ne posera pas de problème.
Le monsieur qui te donne cette enveloppe vient de loin et il a un colis à te donner en mains propres. Je pense qu'il attend une réponse de ta part.
Je t'embrasse affectueusement.
Marilla.

– Alors?
J'en étais à ma troisième lecture du mot de Marilla, lorsque je sursautai à l'exclamation de la directrice.
– Heu, en effet, il s'agit bien d'un mot de ma tutrice qui m'informe que l'homme qui a apporté ce mot voulait me remettre un colis. Résumai-je, hésitante.
– Hum, ce n'est pas très habituel. Puis-je voir ce message? m'ordonna t-elle.
Je lui tendis distraitement alors que milles pensées se percutaient en moi.
Elle me le rendit d'une main lasse.
– Bon, puisque votre tutrice est d'accord, j'accepte « exceptionnellement » que vous ayez une entrevue avec cette personne mais uniquement en ma présence. J'ai dis à cet homme de repasser avant le souper. Elle se leva et le sujet fut clôt.

Diana m'attendait inquiète dans notre chambre. Je lui résumais l'entrevue sans trop comprendre moi-même. Un homme du journal, un colis, une réponse.
Elle s'exclama, posa d'autres questions dont je n'avais aucune réponse, fit des suppositions.
Je la priai de ne rien dire à personne tant que je n'avais pas rencontré la personne en question et ouvert son fameux colis. Elle accepta et trouva ma réaction étonnamment sage.

Comme convenu, un peu avant l'heure de passer à table, on me demanda au bureau. J'entrai, fébrile, partagée entre la curiosité et l'appréhension. Et là, je le reconnus.

Anne avec un e - Lettres et confidencesDes histoires addictives. Découvrez maintenant