Bash, mon frère.
J'espère que tout va bien à Avonlea et que toi et ta famille vous vous portez bien.
J'ai mis du temps à t'écrire car ma vie ici est bien remplie.
Comme je te l'ai déjà dit, vivre à Toronto est onéreux. J'ai le loyer de ma chambre à payer chaque semaine, l'achat de manuels et de matériel médical hors de prix, sans compter qu'il me faut manger. Tu serais horrifié en découvrant le prix d'une simple pomme alors que chez nous il suffirait d'aller dans nos vergers et de lever la main!
La plupart de mes condisciples s'en sortent bien mieux que moi financièrement. Ils ont de la famille, des parents bien établis qui subviennent à leurs besoins. Il y en a qui ont eux-mêmes un père ou un proche médecin, voir professeur d'université! Mais rassure-toi je ne me laisse pas abattre et je ne t'écris pas pour te demander plus d'argent. Tu as une fille et une mère à nourrir.
Afin de joindre les deux bouts, j'ai trouvé un petit travail dans une brasserie de mon quartier tenue par un ressortissant français. Le patron est généreux, sympathique, pittoresque même et à un accent plus que prononcé mais sa nourriture est excellente et son établissement ne désemplît pas.
Il m'a d'abord proposé du travail en cuisine mais tu connais suffisamment mes talents (ou plutôt mes non-talents) en la matière pour comprendre que j'ai vite écarté l'idée! Depuis, je fais la plonge et tous les menus travaux que d'autres ne veulent pas faire. L'ambiance y est chaleureuse et elle me permet de m'évader quelques heures le soir et le week-end de mes cours de médecine tout en arrondissants mes fins de mois. Cela me permet aussi me faire de nouvelles connaissances, plus simples que les fils à papa que je côtoie à l'université et qui n'ont de cesse de me juger comme le petit campagnard que je suis.
De plus, en fin de service, il n'est pas rare que le tenancier me propose à manger, ce que je ne refuse jamais! Je dois lui faire pitié car il ne me trouve pas très enveloppé!
À toi mon ami, je sais que je peux te le dire car tu ne me jugeras pas et que tu me comprendras. Tu es mon seul confident. Ces soirées chargées me permettent aussi, je l'avoue, d'ôter un peu Anne de mes pensées. Voilà des mois que je ne l'ai vue, et bien que nous nous écrivons chaque semaine, elle me manque terriblement. Elle ne sait rien de ce travail car je ne veux pas qu'elle me plaigne et sache combien cela peut être dur parfois. Je préfère la laisser me décrire longuement ses études et ses amies et ne pas m'apitoyer sur le temps et la distance qui nous séparent. Je n'ai pas à l'alourdir de mon fardeau. Bash, je n'aurais jamais cru qu'être loin de celle que j'aime puisse être si douloureux.
Je comprends un peu mieux ce que tu as pu vivre après le départ de Mary, et je suis enchanté que tu puisses à nouveau espérer. Je repense souvent à ce que tu m'as confié et me pose des questions à propos de la dame de tes pensées. Vous êtes-vous rapprochés depuis ta dernière lettre? Sait-elle à présent ce que tu ressens pour elle? Est-ce une dame d'Avonlea, de Charlottetown? Est-ce que je la connais? Pardonne-moi ces indiscrétions, si elles en sont, mais je serais si heureux si tu retrouvais une compagne de vie et une mère pour ta fille. Tu le mérites amplement.
Embrasse Delphine de ma part même si je doute qu'elle se souvienne de moi.
Prends soin de toi, mon frère.
Gilbert
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Anne avec un e - Lettres et confidences
FanfictionFanfiction épistolaire qui fait suite à la dernière saison de Anne with an E. Les personnages sont issus du roman de Lucy Maud Montgomery et/ou de la série télévisée qui en est inspirée diffusée en trois saisons sur Netflix (2017-2020). Illustration...
