Fanfiction épistolaire qui fait suite à la dernière saison de Anne with an E.
Les personnages sont issus du roman de Lucy Maud Montgomery et/ou de la série télévisée qui en est inspirée diffusée en trois saisons sur Netflix (2017-2020).
Illustration...
Au petit matin, je fus réveillée par le chant du coq. Je serais restée volontiers bien au chaud dans mon petit lit de jeune fille mais nous étions dimanche et de surcroît le dimanche de Toussaint. Je me sentais de bonne humeur, le soleil d'automne réchauffait ma chambre et j'en admirais les rayons qui traversaient ma fenêtre et créaient des motifs sur le sol en passant au travers de mes voilages crochetés. C'était une image enchanteresse!
Mais le grincement de la vielle pompe actionnée par la brave Marilla me sortit de ma rêverie. J'avais à faire aujourd'hui ! J'humais avec délectation l'odeur du lait frais, du pain grillé et des œufs. D'abord déjeuner puis me rafraîchir avant d'aller à la messe !
Nous nous rendîmes tous les trois à l'église en charrette, Marilla, Matthew et moi. Les roues laissaient des sillons dans la fine couche de neige fraîchement tombée et qui atténuait tous les sons de la nature. Tout Avonlea semblait s'être donné rendez-vous ce matin. Il faut dire que la Toussaint est une date importante pour qui a perdu un être cher et nous sommes nombreux dans ce cas. J'ai espéré que Gil puisse se placer à mes côtés sur le banc mais il arriva plus tard et ne put s'assoir que plusieurs places derrière moi. Il était venu seul. Je m'étais figuré voir Sebastian et la petite Delphine mais en écoutant le discours émouvant du révérend je compris que Bash devait avoir gardé une rancoeur envers celui qui avait refusé de célébrer son union avec Muriel. Je réalisais également que c'était ce même ministre du culte qui avait baptisé la petite Delphine et enterré la douce à Mary. Ce qui rendait son refus encore moins charitable.
Puis, comme à mon habitude, mes pensées vagabondèrent et je n'écoutais bientôt plus le prêche. Je pensais qu'en ce jour, j'aurais aimé me recueillir sur la tombe de mes parents. Puis je repensais à tous ceux qui sont partis, que j'ai connu ou non: le frère de Marilla et Matthew dont le portrait enfant orne toujours l'escalier des Pignons verts, les parents de Gil, Mary, le premier mari de Muriel...
La cloche tonitruante me fit sursauter et déjà tout le monde se levait. Je croisais subrepticement le regard de Gil parmi la foule mais, à peine sortie de l'église, une main m'agrippa et faillit me faire perdre l'équilibre. Cette poigne franche était celle de Tillie qui me happait hors de l'assemblée dans un coin plus reculé où nous attendaient ses parents et Paul. - Oh, Bonjour Mr et Mrs Boulters, Paul. - Bonjour Anne, fit la mère avec son sourire bon et généreux. - Alors? Fit Tillie impatiente, n'as-tu pas quelque chose à nous raconter? Je ne compris pas sur l'instant. - À vous raconter? - La soirée d'hier! Comment cela s'est passé ? Trépignait de plus belle Tillie, devant le regard amusé et plein de connivence de Paul. - Oh! Je saisis enfin ce à quoi elle faisait allusion et cherchais les mots les plus appropriés: Oui ce fut une excellente soirée hier et je vous remercie pour votre robe, Mrs Boulters. Je tacherai de vous la rendre dès que possible. - Ne t'inquiète donc pas pour cela, jeune fille! Dis-nous plutôt si IL a fait sa demande ! - Heu, non. Fis-je d'une petite voix en essayant de ne pas montrer de déception. Cela n'était pas à l'ordre du jour ! Ajoutais-je en souriant pour détendre l'atmosphère qui s'était soudainement rafraîchie. Ils semblaient tous désappointés, surtout Tillie et sa mère qui se jetèrent un regard triste. Tillie me prit les mains et les serra fort comme pour me donner du courage alors qu'en cet instant je n'en ressentais pas le besoin. - Patience, Anne. Un jour ce sera ton tour !
Au retour aux Pignons verts, nous prîmes un repas léger fait avec les restes de la veille. Je me mis à ranger et faire les quelques tâches ménagères qui me revenaient. Je rejoignis ensuite Matthew à l'écurie dans le but d'emprunter la jument pour me rendre chez Gilbert. Je fus surprise d'apprendre que Marilla était déjà partie avec la charrette et il semblait ignorer pour où. Je resserrai donc plus étroitement mon écharpe et enfonçai mon large bonnet gris pour m'y rendre à pied. Cela prit plus de temps mais que j'aime me balader dans cette campagne, peut importe la saison !
Devant la propriété de Gilbert, je découvris une silhouette féminine prostrée devant des tombes de Mary et de Mr Blythe vers lesquelles je me dirigeais également. Mon étonnement fut grand lorsque je reconnus de dos qu'il s'agissait de Marilla. Elle était en pleine conversation face aux deux croix. Je décidai de la laisser en pleine prière et de largement la contourner afin de ne pas la déranger. Sous l'auvent de sa maison, Gil était accolé à un poteau et l'observait. Il me fit un sourire en m'apercevant et attendit sans bouger que je le rejoigne. Il m'embrassa tendrement sur le front et répondit à mon interrogation intérieure: - Cela fait plus d'une heure qu'elle lui parle. - À Mary? - Non, je pense qu'elle parle à mon père. Devant mon air étonné, il continua: - Ce n'est pas la première fois qu'elle vient ici et lui parle longuement. J'étais de plus en plus interdite. - C'est d'ailleurs lors d'une de ces occasions où nous avons discuté elle et moi que j'ai pris ma décision de voyager, d'embarquer sur le premier rafiot pour partir à l'aventure... comme lui ! Je le regardais, il avait les yeux dans le vague en repensant à ce souvenir. Il me regarda et sourit. - Elle et lui ont été très proches dans leur jeunesse. Il lui a demandé de l'accompagner mais elle ne l'a pas fait. Le savais-tu? Me demanda-t-il. Je fis non de la tête. Mais soudain, je revins à penser à une certaine conversation que j'avais eu avec Marilla sur le mariage. - C'était lui? M'exclamais-je. Elle m'a raconté qu'elle avait eu un amoureux dans sa jeunesse mais qu'il n'avait pas réussi à la convaincre de le suivre. Elle avait préféré sacrifier leur amour pour s'occuper de sa famille ! J'étais éberluée par cette découverte. Voyant mon émoi, Gil passa son bras autour de mes épaules. Marilla releva la tête et nous salua. Gil lui fit signe d'entrer se réchauffer mais elle déclina. Elle remonta sur la charrette et repartit, tête basse.
- Comprends-tu ce que cela signifie? Dis-je tout à coup. Si Marilla avait épousé ton père, tu ne serais probablement pas né et moi je n'habiterais pas les Pignons verts ! Il me regarda en fronçant un sourcil puis soupira. - Mmhh, je n'avais jamais vu ça sous cet angle. - Imagine donc que c'est parce que Marilla a refusé de suivre ton père, son fiancé, que nous sommes tous les deux ensembles ! Après une pause, à méditer sur ces paroles en regardant tous deux vers la plaine enneigée, je repris: - Cela donne à réfléchir sur les conséquences d'un amour malheureux et qu'il faut peut-être parfois passer par là pour qu'un autre naisse. - Tu penses à Bash et Muriel? - Aussi, fis-je en hochant la tête. - Viens, entre. Il y a quelqu'un que tu rêves de revoir.
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