Journal d'Anne - 18 novembre

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Mon cher journal,
Voilà des jours que je t'ai délaissé.

La vie a repris son cours ici à Charlottetown.
Notre chère Tillie partie, nous avons rassemblé ses affaires afin de laisser la place à une nouvelle pensionnaire. Elle s'appelle Emily. C'est une jolie brune qui vient d'une famille très respectable. Ses yeux ont la couleur des châtaignes et elle a la prestance d'un héron cendré avec son cou gracile et blanc. Comme elle partage sa chambre avec Josie, il est donc tout à fait normal qu'elles deviennent amies, et j'en suis heureuse pour elles. Mais cela a pour conséquence que Josie se détourne de nous, trouvant sa nouvelle compagne bien plus intéressante et plus citadine que nous.
Qu'il en soit ainsi.

Les saisons passent et l'hiver tout proche a déjà fait ses premiers assauts. Les arbres ont perdu leur panache mais restent fiers et droits, prêts à supporter l'éternel cycle de la vie. Le ciel est très changeant et je profite, tel un chat paresseux, de ce dernier rayon de soleil que je sens traverser notre fenêtre jusque dans mon dos. Ce sera mon premier hiver loin des Pignons verts depuis bien longtemps. Mon calendrier se noircit chaque jour davantage, ne laissant de libre que les jours nous séparant encore de Noël.
J'ai hâte d'y être. Hâte de retrouver mon chez-moi et mes proches.
Et chaque jour j'espère que Gil pourra m'y rejoindre.

Notre vie ici est devenue routine. La semaine est studieuse et le samedi il y a toujours les visites. Ruby a revu Moody une seule fois. Je suppose qu'il est difficile pour lui de faire régulièrement le trajet. Les perruches se sont lassées de jacasser.

Diana et moi passons nos dimanches chez sa tante où parfois les McDonald viennent rendre visite. Diana s'épanouit de plus en plus au contact de John et je remarque que c'est réciproque. C'est bien, ils prennent le temps de se connaître et de s'apprivoiser tels deux animaux sauvages et effarouchés.
La tante Joséphine est une chaperonne des plus sensationnelles car elle joue son rôle de garde barrière d'une manière subtile et délicate, bien loin de ce que ferait Mme Barry si elle était là ! Et puis, la maîtresse des lieux n'a peu à craindre de sa nièce. Diana et John semblent bien plus raisonnables que Gil et moi puissions l'être. Moi surtout! Avec ma fougue et mon tempérament!
Je me remémore parfois non sans une certaine honte à mon entrée fracassante dans ce salon alors que j'y découvrais Gil que je le croyais parti depuis la veille.

Gil, qui me manque toujours davantage.
Tillie, Marilla, Matthews et Whickam aussi!

Tillie, Marilla, Matthews et Whickam aussi!

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Anne avec un e - Lettres et confidencesDes histoires addictives. Découvrez maintenant