Fanfiction épistolaire qui fait suite à la dernière saison de Anne with an E.
Les personnages sont issus du roman de Lucy Maud Montgomery et/ou de la série télévisée qui en est inspirée diffusée en trois saisons sur Netflix (2017-2020).
Illustration...
Cela faisait des mois que je n'étais plus rentré dans la maison des Blythe. Elle était pour moi un livre ouvert à pleins de souvenirs, les meilleurs comme les plus tristes.
Bash se leva en nous voyant entrer dans la pièce centrale qui sentait les épices et le feu de bois. Il s'avança vers moi et me prit les mains avec une sincère joie de me revoir, emprunte d'une certaine nostalgie. Je me remémorais la première fois que je me suis retrouvée face à lui, lors d'un repas de Noël aux Pignons verts. Je m'étais alors exclamée sur la couleur de sa peau, mettant tout le monde très mal à l'aise.
Mais l'homme devant moi ne ressemblait plus au Sebastian de ce temps-là. Assis en face de lui, je pus observer ses traits tirés, son air triste et son teint sans brillance. Il me semblait même qu'il avait même perdu du poids. Mon petit cœur d'artichaut me réclamait de le prendre dans mes bras pour le soulager du poids de son affliction. Mais il suffisait de jeter un œil vers la mère de celui-ci qui inspectait tous mes faits et gestes pour me dissuader de faire un telle démonstration de fraternité.
Mrs Lacroix est une de ces personnes envers qui je n'ai jamais su comment réagir, et pourtant il me faut beaucoup pour me décontenancer! Un peu comme avec Elijah, je n'arrive jamais à entretenir une conversation avec cette matronne au yeux perçants. Elle ferme systématiquement à double tour la porte de la communication entre elle et le monde extérieur. Il me faut faire une raison.
Nous parlâmes, Gil, Bash et moi, de tout et de rien. Sebastian prit des nouvelles des Cuthbert et je lui transmis leurs compliments. Nous avons évidemment parlé de notre douce amie Mary, beaucoup moins de Muriel. Puis, Bash se retourna et demanda à sa mère de nous ramener sa fille. Elle grimaça, rouspeta sur le fait qu'il n'est pas bon d'interrompre sa sieste et quitta la pièce avec une lenteur et bouderie.
Bash profita de son absence pour nous regarder tous les deux avec insistance. Il nous prit à chacun une de nos mains. - Maintenant, écoutez-moi vous deux. La vie est courte. Trop courte. Et croyez-moi si je vous dis qu'on ne sait jamais ce qu'elle nous réserve. Alors vous allez arrêter de tourner autour du pot tous les deux ! J'ai connu l'amour avec ma tendre Mary et elle m'a donné le plus beau des cadeaux : Delphine. Et chaque jour je bénis le ciel de retrouver en elle le regard de sa mère. Si j'avais attendu, si j'avais tardé à la marier, jamais je n'aurais connu cela. Contrairement à Muriel et moi, rien d'insurmontable ne vous freine alors qu'est-ce que vous attendez, bon sang ? Il s'était levé en même temps que sa voix, nous laissant tous les deux pantois.
C'est alors qu'arriva la mère de Bash avec dans ses bras la princesse couleur ébène qui gigotait afin que sa geôlière la dépose à terre. Qu'elle avait changé et grandi ! La dernière fois que je l'avais vue elle n'était encore qu'un poupon, maintenant c'était une vraie petite fillette qui marchait et commençait à parler. Elle courut maladroitement jusque dans les bras de son père en criant « Dada »! Puis, voyant qu'il y avait de la visite, elle disparut de notre vue dans le but de faire le tour de la table et de se diriger vers moi. Elle cria en riant : « Mu'iel » mais se stoppa net en voyant que je n'étais pas celle qu'elle espérait.
Un silence gênant s'installa et je décidais de le rompre en tendant mes bras vers la petite avec le plus beau de mes sourires. Elle hésita, fit un pas en arrière, regarda son père afin d'avoir son aval puis se dirigea vers moi. Elle avait laissé sa curiosité l'emporter. Je la pris dans mes bras et Delphine put alors scruter chaque centimètre carré de mon visage, chaque tache de rousseur. Nous nous apprivoisâmes, ainsi, doucement.
Tout en lui parlant, je me dirigeais dans le salon afin de m'extraire du regard inquisiteur de sa grand-mère. Je lui racontais que j'étais une amie de sa mère en lui montrant un cadre doré sur la cheminée. - Mama! S'exclama t-elle en voyant la photo. Je souris, émue en repensant à Mary qui craignait que sa fille ne l'oublie. J'avais à présent la certitude qu'elle ferait toujours partie de sa vie. Puis, j'expliquais à Delphine que j'étais aussi une amie de Muriel. - Mu'iel ! S'écria-t-elle à nouveau avec un grand sourire. Nous parlâmes ainsi chacune avec nos mots jusqu'à ce que... - Dada ! Fit-elle en regardant par dessus mon épaule. Je n'avais pas vu que Bash et Gil nous observaient depuis l'encadrement de la porte. Bash avait les yeux humides et Gil semblait pensif. Bash s'approcha avec un petite carte en main et me la tendit. Je reconnus Mary et Delphine sur une photo prise lors de la fameuse fête de Pâques. - C'est pour toi, en souvenir... Elle est un peu floue, s'excusa t-il. Touchée, je le remerciai sincèrement. - Et je voulais te demander si... tu serais d'accord pour être sa marraine. Je suis sûre que Mary l'aurait voulu. Je repensais à nos vies parallèles, Delphine et moi. Nous étions devenues deux orphelines à un âge très jeune et j'avais promis, au décès de sa mère, de la prendre sous mon aile. J'acceptais avec émotion. Je regardai Delphine, maintenant ma filleule. - Hé bien mademoiselle Lacroix, je serais dorénavant votre marraine la bonne fée ! La petite, pour toute réponse, se mit à bailler aux corneilles. Cet interlude humoristique eut le mérite de détendre l'atmosphère un court instant.
Puis Gil se racla la gorge et signala qu'il allait bientôt être l'heure de prendre son train. L'instant présent refaisait surface d'une manière bien abrupte. Bash proposa de l'emmener en calèche mais Gil semblait hésitant. - Non, je vais plutôt prendre le cheval. Anne, tu restes ici ou... - Oh heu... Je regardais ma filleule « toute neuve » qui lutait pour ne pas fermer les yeux et je tendis l'enfant à son père. - Je vois qu'elle n'a plus besoin de moi, je t'accompagne. Je demanderai à Jerry de vous ramener le cheval demain ajoutai-je à Bash. - Non, laisse. Elijah viendra le chercher aux Pignons verts, fit Bash.
Gil fit ses adieux à Bash et sa famille. Sebastian lui rappela combien Mary l'avait remercié de vivre une telle relation fraternelle entre eux que peu de gens peuvent comprendre. Leur étreinte ressemblait en effet à ce qui devait, je suppose, être celle de deux frères.
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