Journal de Anne Samedi 17 octobre

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Cher journal, quelle semaine chargée!
Les filles n'ont cessé de me taquiner pour Gil et moi. Encore heureux qu'elles ne savent pas ce qu'il s'est passé ce dimanche dans ce parc sinon je n'aurais plus jamais de repos! La vision qu'elles ont à présent de moi d'une demoiselle gentillement courtisée serait probablement quelque peu... galvaudée.
La lettre que j'ai reçu de Marilla m'a beaucoup touchée et surtout fait réfléchir. Celle de Miss Stacy par contre m'a apporté beaucoup de joie. Entre mes travaux pour l'école et mes livres à lire, je n'ai pas pris beaucoup de temps pour écrire à Gil et mon courrier de cette semaine fut plus bref qu'à l'accoutumée. À vrai dire, mes mots se sont surtout beaucoup attardés sur le mariage prochain de Sebastian et Miss Stacy et veillés à ne pas aborder ce qui me perturbe pourtant réellement.

En plus de tout cela, j'ai promis à Tillie de l'aider. Elle a quelques difficultés scolaires et semble apprécier mes conseils. Donc, dès que nous le pouvons, nous revoyons ensemble les matières qui lui sont les plus laborieuses.

C'est ce que nous faisions ce samedi dans la chambre de Diana et moi lorsque nos amies sont entrées telle une tornade de froufrous et de cris pour se rendre à notre grande fenêtre pour le maintenant traditionnel cérémonial des visites des prétendants. Je soupirais en regardant Diana sagement assise sur son lit. Aucune de nous deux ne devaient recevoir de visite aujourd'hui.

Les trois autres demoiselles piaillaient telles des perruches colorées en haut d'une même branche, épiant d'un regard curieux mêlé d'anxiété les potentiels prédateurs qui commençaient à poindre le bout de leur nez derrière la grande grille. Je souris en les observant, à peine honteuse de les avoir comparé, même si c'était uniquement dans ma tête, à des volatils.
Tillie, elle, hésitait entre consciencieusement continuer sa leçon et où aller rejoindre nos amies bien plus amusantes.

Je savais qu'il ne serait pas nécessaire de regarder à travers la vitre lorsque Ruby reconnaîtrait Moody, elle s'arrêterait de parler, écarquillerait ses yeux tout ronds et arrondirait sa bouche de contentement. Je souhaitais tellement que notre jolie Ruby puisse avoir encore aujourd'hui la visite de son soupirant.
Mais un cri de Josie retentit et héla Tillie avec peu de discrétion.
- Tillie, viens voir! Je pense que c'est Paul que je vois à la grille!
Et Josie avait raison, en place de Moody c'était bien Paul, le Paul de notre école d'Avonlea, intimidé et une boite dans les mains il se tenait tout penaud. Tous les yeux convergèrent cette fois vers Tillie dont le visage rougissant ne démontrait que de la surprise.

Notre pauvre Tille fut en proie soudaine à une crise de panique et d'excitation lorsqu'elle entendit son nom prononcé d'une voix claire et froide dans le couloir. Elle disparut alors derrière la porte dans un froissement de jupon peu élégant, nous laissant toutes dans l'expectative. Ruby était déçue, Jane et Josie semblaient jalouses.

Tillie remonta de son entrevue charmée et heureuse. Paul l'avait comblée d'amuse-bouches provenant tout droit de la meilleure pâtisserie d'Avonlea, celle de son père. Elle remit à Ruby une enveloppe et cette dernière n'attendit pas d'être seule pour l'ouvrir. C'était un mot de Moody. Il lui expliquait combien il était désolé de ne pas être présent. Quand ses parents ont appris pour les visites des prétendants du samedi, ils ont de suite deviné pourquoi il tenait tant à aller à Queens toutes les semaines. Les parents de Ruby s'en sont mêlés et Moody est désormais interdit de visite. La pauvre Ruby était en larmes et cela ternit la joie de Tillie qui n'eut plus rien d'autre à raconter.
Ruby s'inquiète désormais tant de la réaction de ses parents que de ne plus pouvoir voir son cher Moody.

Ce soir, nous avons discuté Diana et moi de tout ceci. Cela l'afflige également beaucoup. Diana est vraiment la meilleure amie que je puisse rêver et je remercie le ciel de me l'avoir donnée.  Nous nous comprenons tellement bien que parfois il n'est point besoin de paroles, et pourtant Dieu sait que ce n'est pas ce qu'il me fait défaut!

Bonne nuit mon cher journal, après cette semaine bien chargée et cette journée riche en émotions, j'espère que la nuit sera plus douce et demain dimanche chez tante Josephine sera agréable comme d'habitude.

Bonne nuit mon cher journal, après cette semaine bien chargée et cette journée riche en émotions, j'espère que la nuit sera plus douce et demain dimanche chez tante Josephine sera agréable comme d'habitude

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Anne avec un e - Lettres et confidencesDes histoires addictives. Découvrez maintenant