Fanfiction épistolaire qui fait suite à la dernière saison de Anne with an E.
Les personnages sont issus du roman de Lucy Maud Montgomery et/ou de la série télévisée qui en est inspirée diffusée en trois saisons sur Netflix (2017-2020).
Illustration...
C'est le cœur tout retourné et l'esprit embrumé que je suis rentrée aux Pignons verts, seule sur le destrier de mon prince Gil. Le pas de son cheval me berçait et m'apaisait. Son départ avait été déconcertant et bien loin de ce à quoi je m'étais attendue. Au vu de son comportement de la veille, je t'avoue, cher journal, que je doutais qu'il fasse sa demande. Ensuite, il y a eu les paroles de Bash, qui m'ont fortement bouleversées. Tantôt Gil est si proche et si aimant, tantôt je le vois hésiter à s'engager. Un moment il me taquine puis il se fait jaloux.
Ou bien est-ce moi qui ne comprend rien? Après tout, pendant des mois, voir des années, je n'avais pas remarqué qu'il m'aimait, ou du moins une partie de moi ne voulait pas le voir. Et puis, aujourd'hui, je n'ai pas su lui parler, ou plutôt il n'a pas voulu m'entendre et je ne me suis pas imposée, de peur de gâcher ces derniers instants avec lui. Trottent en moi à présent les mots que j'aurai tant aimé lui dire, de vive voix.
Je suis arrivé à l'écurie où Jerry s'est empressé de m'aider. Jerry a changé. Il a encore grandit et s'est un peu musclé aussi. Soudain je réalisai que je n'ai pas consacré un seul instant à lui parler et demander comment il allait. Ce que je rattrapai illico. Je lui ai posé quelques questions et il semblait heureux que je m'intéresse un peu à lui. Je l'ai taquiné sur sa mystérieuse petite amie. Il a rougi et, avec le sourire, m'a parlé avec empressement de sa Lucette, arrivée il y a quelque mois avec ses parents dans le hameau des français.
Il m'apprit que la jeune fille avait déjà passé le brevet et lui prête régulièrement des livres en français. Jerry s'est rendu compte qu'il avait plus facile à lire dans sa langue maternelle qu'en anglais, ce que je peux aisément comprendre. J'aurai du y penser plus tôt.
Il me demanda ensuite, le regard triste, si Miss Stacy allait effectivement partir. J'acquiesçai, étonnée qu'il connaisse Muriel et que son départ l'affectait à ce point. Il me raconta que, en cachette, Miss Stacy lui donnait régulièrement des cours d'anglais, de français et de mathématiques. Je trouvais l'idée fabuleuse et me désolais que son apprentissage prenne ainsi fin. Encore une preuve que Muriel est vraiment une personne généreuse et pleine d'empathie.
Avant que je rejoigne Matthew et Marilla, Jerry me posa une dernière question: - Est-ce que Miss Diana va bien? Je lui répondit par l'affirmative et qu'elle se trouvait en ce moment avec ses parents à Charlottetown. Il voulut me faire promettre de ne rien lui dire au sujet de Lucette. Je compris qu'il avait peur de la blesser. - Ne t'inquiète pas pour Diana, elle sera heureuse d'apprendre que tu courtises une charmante demoiselle. Il rougit à nouveau. - Est-elle fiancée? Hésita-t-il. - Non, mais je pense que son cœur est prit! Il me sourit, visiblement soulagé.
En entrant dans l'office, Whickam me fit la fête, sauta, glapit et agita sa queue touffue. Je pris le temps de caresser son pelage soyeux. Je fis ensuite ma valise puis mes adieux à la maison, aux arbres et aux animaux.
Matthew et Marilla m'accompagnèrent en chariot jusqu'à Avonlea. Nous avions prévu de faire un crochet jusque chez les Boulters pour rapporter la très jolie robe soigneusement empaquetée. Alors que je la remerciais chaleureusement, Mrs Boulters refusa de prendre le paquet et ordonna à Tillie de remonter à l'appartement. Celle-ci redescendit avec un air espiègle et une grande boîte que je reconnus de suite. - Tiens, c'est pour toi Anne, me fit mon amie en me tendant la boîte. - Non, je ne peux accepter! Dis-je vigoureusement. Marilla ne comprenant pas, me questionna du regard. C'est Mrs Boulters qui lui expliqua: - Ce sont mes anciennes robes, celles que je portais avant mon mariage. Elles ne me vont plus depuis longtemps, ainsi que pour ma Tillie. Pour le reste je n'ai que des fils... Je serais donc heureuse de savoir qu'Anne leur donnera une seconde jeunesse! Je voyais bien que Marilla lutait, elle aussi, à accepter mais, sous les insistances cordiales de Mrs Boulters, nous nous inclinâmes à son désir de me les offrir de bon cœur.
Nous remerciâmes encore longuement mon amie et sa généreuse mère. Je leur promis de rassembler soigneusement les affaires de Tillie restées au pensionnat et de donner en main propre les deux enveloppes qu'elles m'avait confiées, l'une destinée à l'administration de Queens et l'autre à Mrs Blackmore. Tillie avait fait son choix et souhaitait rester à Avonlea pour préparer son mariage.
Ensuite nous reprîmes la route pour la gare. Matthew insista pour payer le billet, me donnant l'ordre de garder mes sous pour revenir pour Noël. Il savait que je ne pouvais imaginer passer les fêtes ailleurs qu'aux Pignons verts. Nos adieux furent touchants, remplis de recommandations toutes maternelles de la part de Marilla. Mes amies et leur famille faisaient de même sur le quai.
Je fis donc le trajet retour avec mes petites perruches qui racontèrent chacune leur séjour. Elles parlèrent tout naturellement des fiançailles surprises de Tillie et je perçus une pointe de jalousie dans la voix de Jane et de Josie. Elles me questionnèrent sur Miss Stacy qu'elles n'avaient que peu vu. Je leur confirmais son départ inéluctable tout comme sa décision.
Jane nous annonça que son frère Billy avait intégré l'école de gendarmerie il a plusieurs semaines. Ce dernier refusait obstinément de prendre part à l'affaire familiale, au grand dam de son père, ce qui engendrait de nombreuses disputes entre les deux hommes et alourdissait fortement l'ambiance familiale chez les Andrews. - Billy n'a jamais été fait pour rester assis derrière un bureau, se moqua Jane. Il a toujours été médiocre à l'école et préférait la chasse au calcul. Père aurait dû s'en rendre compte il y a bien longtemps ! - Je te trouve injuste, répondit Josie d'une petite voix et à l'étonnement général. S'il n'est pas fait pour les études ou les affaires, il pourrait devenir, par contre, un très bon Mounties.
Ruby changea vite de sujet en parlant de 'son' Moody et je regardais en biais Josie qui semblait pensive. Aurait-t-elle changé d'avis sur Billy Andrews?
Tout ce tohu-bohu m'occupa l'esprit durant le trajet, m'apportant ainsi une distraction bienvenue et me faisant dévier agréablement mes pensées de Gil et de sa non demande.
Arrivée dans ma chambre, j'ai été déçue de ne pas y trouver ma chère Diana à qui j'ai tant à confier et aussi beaucoup à apprendre sur son week-end. Je suppose qu'elle dort chez sa tante cette nuit.
Bonne nuit cher journal. J'ai eu beaucoup à écrire ce soir et demain sera déjà le début d'une nouvelle semaine.
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