Paradis en Enfer

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Soleil bas, pluie battante, route déserte, essuie-glace enclenchés.

C'est comme ça que se déroulaient la plus part de leurs trajets, c'était devenu une habitude, une routine. Sam sur le siège passager, les yeux soudés à la carte et Dean, les doigts malaxants le volant, les yeux rivés sur l'infinité de l'asphalte. Le vombrissement singulier de la voiture, le clignotant venant chambouler ce silence.

-Tu tournera à droite à la prochaine sortie, disait son petit frère sans même regarder où ils allaient.

Sans broncher, le conducteur suivait les ordres, une confiance sans faille envers son pilote même si parfois ébranlée par les souvenirs se superposant dans leurs deux esprits si différents.

Un impatient et un intellectuel dans une voiture trop silencieuse, mais c'était la devise de la maison, le conducteur choisi la musique, le passager se tait.

Bon Jovi s'invita sur la banquette arrière. Il entama son titre avec sa vieille guitare, Dean tapa les premières notes sur le caoutchouc de Baby.

-Dean, rala son frère, il est tard et j'arrive pas à me concentrer.

Il allait baisser le son mais se prit une tape sur le dessus de la main.

-Détend-toi Sammy, profite de ce chef d'œuvre. On a toute la journée de demain pour trouver quelque chose.

-Justement non. Tu vas mourir dans 24 heures. On a pas tout le temps.

Ambiance plombée, air saturé. Volume augmenté.

-Chante avec moi Sam. A loaded six-string on my back!

Regard désabusé, moue dépitée, livre fermé dans un nuage de poussière, souffle exaspéré.

Une main passée dans les cheveux, Sam regardait le paysage, les genoux légèrement repliés, parce que trop grand pour les dimensions de la voiture, la respiration calée sur un rythme mental.
Les doigts qui tapent une cadence.

-I play for keeps 'cause I might not make it back! I been everywhere, still, I'm standing tall. I've seen a million faces...

-And I've rocked them all...

-Ouais Sam! C'est ça ! Montre ton timbre! I'm a cowboy, on a steel horse I ride!
I'm wanted...

-Wanted!

-Dead or alive!

Un coeur, une voix, un mélange de ton, l'union de deux frères que tout sépare mais uni à la fois.

-Dead or alive!

-Dead or aliivee.

-Dead or alive !

Les yeux qui clignent, un sourire qui s'efface, les pensées qui s'envolent. Un coeur qui panique, un homme qui comprend enfin.

-Dead or alive !

Une voix sur le siège passager, une crainte derrière le volant.

Dead or alive...

La mort qui frappe. À minuit, après 1 an d'attente, un marché qui se clos, un pacte qui est scellé, une promesse qui est tenue, un homme qui disparaît, sur le sol d'une salle à manger, le corps lacéré par ces griffes invisibles, les yeux ouverts, déployés sur le ciel, semblant voir des miliers de choses imperceptibles.

Des larmes, des regrets, un temps écoulé dans le coeur du frère qui avait échoué.

Une tombe creusée dans une forêt, une vieille croix de bois.

Quatre mois difficiles au dessus, quarante ans de torture au-dessous.

Les flammes, les mèches flamboyantes rouges et oranges, léchant le sol comme un tsunami, les sons, les visages qui viennent et qui partent, ceux qui restent et ceux qui blessent, les pleurs et les rires, le couteau ou la scie, les promesses et les regrets. La paix où la douleur.

Dans ces jours de doutes, où les heures deviennent des années et les années des siècles où les espaces se confondent, les sens se perdent.

Aucun espoir.

La routine sadique de la torture, les démons maléfiques, les craintes réelles, les souvenirs oubliés, la mémoire marquée à jamais.

Il faut tenir, il faut rester, ceux qui abandonnent sont damnés.

Mais l'homme n'est pas un héros, il n'est que poussière et son coeur, aussi brave soit-il ne peut savoir si ce qu'il fait est juste quand il ne connait plus la justice.
Que quelqu'un lui dise de patienter encore. Que la fin arrive, qu'on a envoyé la liberté à son secours, qu'elle est en chemin.

Mais dès le premier coup envoyé, c'est trop tard, et même lorsqu'elle arrive, dans un nuage céleste, avec un bruit calme apportant la paix, dans une lumière mortelle, dans un regard de pardon, quand il est trop tard, c'est terminé.

Même ce poids qui s'élève, qui le tire vers le haut qui le fait disparaître de ces montagne rocailleuses pour l'emmener vers la terre ne suffit pas. La mémoire s'efface, elle ne garde que quarante ans, l'apparition d'un ange est oubliée mais le contact est éternel.

Les événements suivants ne font que rapprocher ce contact, le rendre évident, presque prévisible, les acteurs jouent, les spectateurs regardent. On ne connaît pas le générique de fin mais l'histoire est écrite.

On ne prévois pas le début ni la fin, on ne retrouve pas les souvenirs on en compose juste de nouveaux qui seront meilleurs cette fois.

On pardonne, on oublie, on s'en veut et on se rejoins.

C'est une vie entière qui reforme ces quelques instants passés dans les abymes, un sourire échangé, un contact physique, une promesse, des mots.

Une âme déchirée, un cœur saigné, un corps fatigué contre une âme tourmentée, un devoir inexistant, une reconnaissance factice pour seules âmes soeurs.

Des réunions, des missions, des peurs, des morts, une totale amnésie et un besoin vital.

Une évidence bien assez évidente, un besoin, un désir charnel, une dépendance.

La séparation, la fin, la mort d'un, l'infinité de l'autre. Un oubli, des pardons, des peurs, des adieux.

Le réveil d'un dans un paradis.

Un paradis devenu un enfer dans lequel un ange pourrait une nouvelle fois plonger pour s'envoler avec lui vers la terre.




Fiiiinnn

Sauvez une pomme, lâchez un com'!

OS Destiel & MultiverseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant