Somewhere only we know #2

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L'échéance allait bientôt arriver à sa fin. Castiel fini d'enfouir ses affaires dans les derniers sacs poubelles et une fois fini, il s'arrêta, le temps de respirer, et de constater, que toute sa vie tenait dans six misérables sac troués. La caravane paraissait drôlement étrange maintenant que le moindre vêtement avait disparu du sol et que seule la poussière restait sur les quelques meubles. 

La tâche de café sur la table y était toujours, et le petit bout de papier pour caler le pied bancal y resterait encore longtemps, à moins qu'ils décident de la dynamiter. Ils allaient être déçus en entrant, eux qui espéraient secrètement mettre la main sur l'intrus et découvrir des preuves d'espionnage alors que Castiel n'avait jamais rien noté, il avait tout enregistré, jusqu'au moindre déplacement quotidien de chaque voiture de patrouille. Tout était enfoui au plus profond de sa mémoire. 

Il se souvenait encore de Dean, qui devenait fou quand Castiel lui récitait les cent premiers chiffres de pi sans même avoir à réfléchir alors que d'une main distraite, il faisait sauter quelques pommes de terre dans une poêle, un torchon sur l'épaule. 

Ses parents l'auraient tué s'ils avaient su que leur fils, voué à un destin merveilleux et rempli d'argent passait ses journées avec le gamin bizarre apparu subitement en pleine forêt pendant une nuit d'étoiles filantes. Ils avaient presque failli quand Dean leur avait annoncé s'être engagé dans l'armée. Castiel, lui, en avait rêvé, et il avait même espéré lui faire payer cette trahison en devançant les parents de Dean, mais il avait vu son visage, effacé et changé. Le jeune garçon était devenu une machine de guerre.  

Il déposa ses quelques sacs sur la banquette arrière de sa Mustang et après un dernier regard vers son ancienne installation, il démarra dans un nuage de poussière, laissant derrière lui, quelques souvenirs et quelques mois de son existence, qui de toutes manières, ne rimaient plus à rien depuis un moment. 

Il avait oublié à quel point la descente de Bald Mountain était désagréable derrière le volant, et il avait tendance à vouloir accélérer pour qu'elle se termine encore plus vite, mais la voix de Dean venait sans cesse la ramener à la raison. 

"Va moins vite! On va finir dans le décor. Arrête de faire l'idiot, tu vas nous tuer."

Il comprenait pourquoi il avait voulu s'engager, il aimait donner des ordres. Etre colonel devait lui en donner l'occasion, il avait bien choisi sa voie, même si ça signifiait délaisser Castiel. 

Il réprima sa rancoeur et se concentra sur la descente. Au bout du chemin qui menait vers l'avenue principale au pied de la montagne, il tourna rapidement vers le Loon's, le seul café du coin qui valait le passage. Les queues des billards étaient en mauvais état et le jukebox sautait toutes les deux secondes, mais la vue sur les ranchs du bookmaker Porter et l'air rural et serein de la bâtisse faisait fondre le coeur des touristes. Les quelques chambres d'hôtes à l'étage, où Castiel n'aurait sûrement jamais osé mettre les pieds, servaient surtout pour les vagabonds, ceux à qui on n'osait pas demander de papiers d'identités, ou les voyageurs en panne. 

Castiel gara sa voiture devant la barrière défoncée qui finissait dans un ravin et resta quelques secondes dans son siège à admirer la vue. Elle était si différente vue de là-haut, mais pas moins belle. 

En entrant dans le bar, quelques visages se tournèrent vers lui avant d'hausser un sourcil et de reconnaître un local, qui venait sûrement réclamer un café et un peu de compagnie. 

Castiel ajusta son chapeau et refit le col de sa chemise avant de s'avancer vers le bar et de lever la main. 

-Tu peux me mettre un latté macchiato Oli'? Demanda-t-il au type derrière le bar qui essuyait son verre en le dévisageant. 

OS Destiel & MultiverseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant