Le puits de guerre #5

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Ce n'était plus qu'un vague souvenir, comme une feuille, balayée par le vent vers une destination inconnue. Ca s'était évaporé aussi vite que de l'eau bouillante, aussi brûlante que les flammes léchant les corps étendus en enfer.

C'était redevenu l'enfer. La paix, qui pourtant était ici hier, paraissait avoir disparue depuis des siècles, et même ceux qui comptaient, avaient du mal à se souvenir de leur vie d'avant, des jours qui défilaient, des mots de leurs proches.

C'était le cas de Castiel, allongé dans la crasse, les yeux se noyant de larmes salées, une main sur la poitrine, il fixait le ciel, attendant avec impatience mais redoutant l'instant où il verrait le missile pointer vers son visage. Il n'était plus le même qu'hier, il avait à nouveau perdu espoir, la guerre avait reprit avec une violence comme jamais il n'en avait vue, et de vingt-trois, ils étaient passés à sept.

Donnie, Richard, ils étaient envolés, éparpillés par delà les barbelés, les yeux ouverts, fixant une lumière vide pour eux comme le blanc de leurs yeux, ravagés par la cataracte. Le jeune soldat sentait encore le tabac de la pipe en bois de Victor avant qu'il ne perde sa main en un battement de cils.

C'était arrivé plus vite que l'orage. Comme un éclair foudroyant et électrocutant tout sur son passage ne laissant que des effluves de fumée et d'odeur de chair carbonisée.

Eclair qui zébra le ciel dans un grondement camouflé par tout le reste autour. Il ferma les yeux, terrifié et les ouvrit sur le visage concentré et tailladé d'Albert.

"-Réveille-toi mon petit! Ce n'est pas l'heure pour toi!"

D'une main il l'attrapa par l'aisselle et le souleva. Castiel ne pesait pas grand chose, il était plus léger qu'un cabot, le peu de mie de pain qu'il avait avalée n'était qu'un vague souvenir. 

Castiel s'appuya difficilement sur ses talons, réprimant un gémissement en sentant son mollet lui bruler à travers le treillis.

C'était comme-ci on lui avait fait un lavage de cerveau. Il avait l'impression d'être dans un décor irréel.

Les nuages avaient des visages, ils observaient, tristes et honteux du massacre sous leurs pieds tandis qu'ils couvraient les arbres d'une atmosphère menaçante et chargée de pluie. Ces arbres, dont les feuilles avaient pleurées comme la pluie, était nus, maigres et insultants, ils pointaient du doigts les amoncèlement de corps, fièrement dominés par les corbeaux croassants et criant leur victoire.

Les tranchées étaient tremblantes, elles semblaient sur le point de s'effondrer à chaque secondes mais pourtant, elles tenaient bon, comme un radeau, balancé par les vagues, mais dont la voile, unique vestige, continuait à faire son travail.

Castiel était ce radeau, il ne restait plus rien de lui, sauf une voile, qui le maintenait sur les flots. C'était un désir de vivre, une envie de parler avec une personne ou même de la revoir qui le poussait à continuer de se battre.

Il se releva, fût prit d'un vertige, Al le retint.

"-Tu vas bien gamin?"

Il hocha de la tête et se dégagea de son soutient pour revenir dans les rangs.

L'obus qui s'était écrasé dans leur tranchée l'avait propulsé dans les airs comme un pantin désarticulé, et il avait perdu connaissance quelques secondes avant d'ouvrir les yeux sur le ciel.

Sa jambe lui faisait terriblement mal, mais il était envahi par l'adrénaline qu'il ne s'en rendit même pas compte.

Albert resta à ses côtés tandis qu'ils tenaient tous leur casque d'une main, collé à un pan de terre, attendant le passage interminable des formations aviatrices larguant leur chargement sur leurs têtes.

OS Destiel & MultiverseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant